Ressent-il le fœtus les émotions de la mère et comment cela influence le développement?

Pendant les neuf mois de la grossesse, vous ne faites qu’un avec l’enfant qui grandit en vous. A ce titre, vous vous demandez peut-être si le bébé ressent vos émotions. Est-il impacté quand vous pleurez ou quand vous êtes triste ? Que ressent-il à son tour ? Petit à petit, votre bébé va partager vos émotions. Tout au long de la grossesse, les différents sens de l’enfant vont se développer : le toucher, qui lui permettra de sentir vos gestes et caresses, l’ouïe, pour percevoir les sons du monde extérieur, le goût mais aussi la vue. Le bébé entretient un lien privilégié avec sa mère et vit en totale communion avec elle. Il perçoit donc ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Particulièrement sensibles, on dit parfois que les fœtus et les bébés sont de véritables éponges à émotions.

Des études montrent que le fœtus est capable de ressentir les émotions négatives de sa mère. En cas de stress, le corps de la future maman libère une hormone bien connue, le cortisol. Des scientifiques ont établi que le cortisol passe la barrière placentaire et peut se retrouver en quantité importante dans le liquide amniotique. Face à cette hormone, le rythme cardiaque du fœtus est susceptible de ralentir. Les sautes d’humeur pendant la grossesse sont fréquentes et tout à fait normales. Elles sont principalement causées par les fluctuations hormonales, notamment l’augmentation des niveaux d’œstrogène et de progestérone, qui influencent directement le cerveau et les émotions. A cela s’ajoutent des facteurs physiques et psychologiques : fatigue, nausées, stress lié aux changements corporels et à l’anticipation de l’arrivée du bébé. Ces variations émotionnelles peuvent se manifester par des pleurs faciles, irritabilité ou euphorie soudaine, parfois même pour des situations du quotidien. Bien que souvent passagères, il est important d’en parler à un professionnel de santé si elles deviennent trop intenses ou difficiles à gérer.

Infographie: Interaction fœtus-mère et hormones du stress

Les pleurs sont un mécanisme naturel permettant à la maman de se libérer des tensions et des émotions négatives. Il n’est pas rare de pleurer pendant la grossesse, car les hormones ont tendance à mettre à mal l’équilibre émotionnel des femmes enceintes et à exacerber leurs sentiments, qu’ils soient négatifs ou positifs. Des chercheurs ont étudié les conséquences du stress sur le métabolisme du bébé et sur son bon développement. Leurs études montrent que les fœtus sont généralement plus petits. En cas de stress maternel important, le nombre d’accouchements prématurés augmente, avec des chances de survie moindres pour le bébé. L’état psychologique de la future maman est important et influence la croissance du bébé. Ainsi, le fœtus ressent votre joie comme votre tristesse pendant toute la période de la grossesse.

Schéma: Voies de transmission hormonale et effets sur le fœtus

Chez l’homme comme chez bien des espèces animales - que ce soit parmi les oiseaux, les crocodiles ou les mammifères - le fœtus est capable de percevoir des stimuli externes, et en particulier des sons, au moins à la fin de son développement. Les sons perçus peuvent être naturels (comme la voix de la mère), ou artificiels (musique). Et le fœtus fait la différence entre ceux qui lui sont ou non familiers. Cette expérience sensorielle prénatale est naturellement mémorisée. Il y a donc transmission « transnatale », c’est-à-dire du stade fœtal au stade postnatal. Et c’est vrai pour différentes modalités sensorielles. Un exemple ? De tout jeunes rats dont les mères ont été placées en apesanteur pendant la gestation présenteront des perturbations de l’équilibre. Capable d’apprentissage par association - en mémorisant le lien entre un stimulus et son ressenti - le fœtus est donc sensible aux émotions ressenties par sa mère. Mais jusqu’à présent, aucune étude ne permettait de rapprocher ces deux processus.

  1. Jusqu’à quel point le fœtus peut-il associer des stimuli perçus en même temps que les émotions ressenties par sa mère, puis mémoriser cette association ?
  2. Pour y répondre, nous avons choisi un modèle animal : le cochon. Avec l’idée de tester si des sons diffusés à la mère pendant la gestation, tout en lui faisant vivre des expériences plus ou moins positives sur le plan émotionnel, pouvaient ensuite avoir un impact sur les réactions des petits à l’écoute de ces mêmes sons.
  3. Ayant une audition très développée et des capacités cognitives reconnues, tout en faisant l’objet d’élevages et en se laissant facilement manipuler, le cochon constituait le modèle idéal.

Nous avons donc fait la lecture de textes diffusés par haut-parleurs, tout en y associant des expériences émotionnelles positives ou négatives chez des truies gestantes. Au total, pendant le dernier mois de gestation, 38 truies ont ainsi été soumises quotidiennement à 10 minutes de caresses ou autres sources d’émotions positives le matin, puis à 10 minutes de gestes brusques ou autres sources d’émotions négatives l’après-midi. Trois groupes ont été constitués. Dans deux groupes « test », composés de 10 truies chacun, ces traitements étaient associés avec une voix humaine particulière (voix A pour le traitement positif et voix B pour le traitement négatif pour le groupe 1, voix B pour le positif et voix A pour le négatif pour le groupe 2). Enfin dans un groupe « témoin », comprenant lui aussi 10 truies, ces mêmes traitements étaient appliqués sans que des voix soient diffusées. Après leur naissance, les porcelets ont été soumis à des tests de séparation sociale de cinq minutes, étant alors placés seuls dans une pièce. Une telle situation les amène en général à pousser des « cris de détresse » qui indiquent leur niveau de stress. Troisièmement, enfin, les porcelets étaient plus stressés par une voix associée par leur mère à une émotion négative que liée à une émotion positive. In fine, ces résultats sont la première démonstration d’un apprentissage in utero par association entre un stimulus sensoriel et l’état émotionnel de la mère.

Résultats expérimentaux: apprentissage in utero par association

Et ils devraient avoir des retombées majeures. D’abord, parce qu’ils mettent en lumière le potentiel impact de la voix des soigneurs sur les mères gestantes d’espèces domestiques ou captives. Ensuite, parce qu’ils peuvent être élargis à l’humain. On pourrait s’en inspirer pour apaiser les nouveau-nés en situation difficile - par exemple en cas de naissance prématurée - en leur faisant écouter certaines musiques. La réponse doit être précise car il est clair que si l'on fait des chatouilles à la maman, ce n'est pas bébé qui va rire, et si la mère regarde un film triste, le bébé ne pleurera pas. Cependant, l'état d'esprit du moment peut avoir un impact sur le bébé que les femmes portent. Surtout si cet état d'esprit dure.

En effet, les différentes études qui se sont intéressées à cette question apportent une réponse sans appel : oui, les événements vécus très tôt, c'est-à-dire pendant la grossesse, influenceront la santé future et le comportement du bébé. Que ce soient des évènements positifs ou négatifs. Dans ce dernier cas, pas d'inquiétude, nous verrons aussi qu'il existe des méthodes pour venir à bout du stress « gestationnel » !

L’anxiété de la maman influence le comportement jusque dans la petite enfance

Dans une étude (O'Connor et al., 2003), c'est une cohorte de près de 10.000 femmes qui furent suivies pendant leur grossesse, ainsi que leurs enfants jusqu'à 80 mois après leur naissance. On évalua l'anxiété et le stress des femmes enceintes grâce à des questionnaires qu'elles devaient remplir à six occasions (pendant la grossesse, puis après l'accouchement à 2 mois, 8 mois, 2 ans et 3 ans). Les mamans devaient aussi dire 47 et 80 mois après l'accouchement comment elles percevaient leur enfant sur différents plans (inattention, hyperactivité, comportement, problèmes émotionnels), également à l'aide de questionnaires.

La très grande majorité des enfants ne présentait pas de problèmes psycho-pathologiques. On remarqua cependant que les enfants, dont les mères avaient été exposées à de hauts niveaux de stress en fin de grossesse (3e trimestre), présentaient beaucoup plus de troubles comportementaux et émotionnels à l'âge de 6 ans que les enfants des autres mères. Cet effet était comparable à celui obtenu aux 4 ans de l'enfant, suggérant que ce lien est persistant. Cette étude montre que le stress et l'anxiété anténatale ont un effet sur le fœtus et que cet effet dure pendant de nombreuses années. Il est probable que les hauts niveaux de cortisol (hormone dite « du stress ») de la mère, dans ces périodes de stress, soient transmis au fœtus. Le foetus ressent-il le stress de sa maman ? Celle-ci va également mettre en évidence que les tourments rencontrés pendant la grossesse vont entraîner des problèmes de comportement du type agressivité, instabilité ou dépression chez l'enfant.

Mais quels sont ces événements stressants vécus pendant la grossesse et pouvant influencer la santé mentale des enfants jusqu'à l'âge de 2 ans ? Eh bien, il s'agit de la mort du conjoint, de la séparation du couple, d'un licenciement de la maman ou du papa, de problèmes d'argent, d'un déménagement, de tabagisme ou pire encore : de la famine, de tremblements de terre, etc.

Autres psychologues (Rice, 2007) ont eu l'idée de faire une synthèse de tous les travaux dans ce domaine et leurs conclusions sont les suivantes : les mères qui ont vécu des stress importants dans le dernier trimestre de la grossesse ont des enfants qui ont davantage de problèmes émotionnels et ces problèmes peuvent également perdurer à l'adolescence et à l'âge adulte. Ainsi, des chercheurs (O'Connor, 2003) ont démontré que les femmes ayant vécu des stress gestationnels avaient des enfants présentant un syndrome d'hyperactivité entre 4 et 15 ans plus important que les autres. En fin de grossesse, le cerveau est en plein développement ; il est donc possible que, sous l'effet prolongé des hormones du stress, il y ait une altération dans le processus de structuration de cet organe. Ceci entraîne alors un risque accru de psychopathologie chez l'enfant plus tard.

Il est difficile de savoir si ce lien entre anxiété de la maman et problèmes psychologiques chez l'enfant ne tient pas d'une explication génétique. Ainsi, certains gènes transmis de la mère à l'enfant seraient en même temps responsables de l'anxiété de la mère et des troubles chez l'enfant. Quoi qu'il en soit, et bien que ce mécanisme ne soit pas bien connu, ce qui est certain en revanche, c'est bien le lien entre le stress de la maman et les problèmes psychologiques de l'enfant.

Diagramme des réseaux biologiques impliqués dans le stress maternel et le développement fœtal

Les résultats vont prouver que les deux types de relaxation réduisent de façon significative l’état d’anxiété et la fréquence cardiaque des femmes. Futures mamans : reposez-vous ! Certains psychologues (Teixeira, Martin, Prendiville et Glover, 2005) ont alors eu l'idée de chercher une solution à ce problème. Ils soumirent 58 femmes enceintes à deux méthodes différentes. Dans un cas, il s’agissait de « relaxation active » : sous la direction d'un expert dans ce domaine, les femmes étaient invitées à se détendre en imaginant des scènes ou en écoutant un récit induisant un sentiment de confort important. L'autre méthode, dite de « relaxation passive », consistait simplement à s’asseoir tranquillement dans un fauteuil confortable équipé d'un repose-pieds pendant 45 minutes et à lire un magazine de mode féminine. Les chercheurs prélevèrent également deux échantillons de sang à chacune de ces femmes. Un premier avant l'expérience, un autre juste après. On mesura également différentes constantes (tension, pouls, etc.).

Les résultats vont prouver que les deux types de relaxation réduisent de façon significative l'état d’anxiété et la fréquence cardiaque des femmes. Cependant, l'effet a été significativement plus important avec la première technique. Les spécialistes ont remarqué que les taux de noradrénaline et de cortisol des futures mamans avaient considérablement baissé après l'expérience. On préconise aux femmes de se reposer. Des études précédentes (Field et al., 1999) ont démontré un effet bénéfique de la massothérapie sur la réduction de l'anxiété et l'amélioration de l'état d'esprit des futures mamans. Cette étude ajoute une nouvelle technique permettant de réduire le stress gestationnel.

Tableau synthèse des interventions anti-stress gestationnel

« Est-ce que mon bébé sent ce que je ressens ? » Les hormones du stress, de la joie, de la peur ou de la tendresse traversent la barrière placentaire. Ces mémoires ne sont pas figées. En séance, dans un cadre sécurisé, nous explorons les mémoires prénatales, transgénérationnelles et émotionnelles. Nous dénouons ce qui ne vous appartient pas. Et souvent, nous rétablissons un lien profond, juste et apaisé de vous à vous en travaillant pour votre enfant intérieur mais aussi entre vous et votre bébé lors des accompagnement autour de la périnatalité. L’objectif n’est pas d’être parfaite. C’est impossible. Les grosses fluctuations du stress durant la grossesse seraient aussi dues aux émotions négatives ressenties par le bébé. Les femmes enceintes qui ont leplus de variations de stress sont aussi celles qui donnent naissance aux nourrissons ressentant le plus de sentiments de peur, de tristesse et de détresse à trois mois. C’est ce qu’observe une nouvelle étude de l'université Northwestern, publiée dans la revue Infancy. De ce constat, les chercheurs émettent l’hypothèse que ces fluctuations du stress plus importantes seraient liées aux émotions que le bébé peut ressentir dans le ventre de sa mère.

Schéma: corrélation entre stress maternel et émotions du nourrisson

Le stress suivi en temps réel pendant la grossesse: Les chercheurs ont mesuré le stress des femmes enceintes jusqu'à quatre moments différents par jour pendant 14 semaines à l'aide de questionnaires envoyés aux téléphones des participantes. Ils ont identifié trois types de stress : le stress lors de la première évaluation (« stress de base »), les niveaux de stress moyens sur la période des 14 semaines et le niveau de variation du stress entre chaque évaluation (« labilité »). Ils ont ensuite mesuré les émotions négatives des bébés via un questionnaire donné aux mères trois mois après l’accouchement. Elles ont répondu à des questions sur le niveau de tristesse, de détresse et de peur de leur enfant. Cela a formé un niveau moyen global d'émotion négatives ressentis.

Autres recherches sont encore nécessaires. Même si des précédentes recherches avaient déjà montré que la détresse des femmes enceintes était liée au tempérament et au comportement du nourrisson dans leur ventre, il s'agit de l'une des premières études à mesurer les variations du stress de la mère en temps réel tout au long de sa grossesse. Les auteurs de l'étude soulignent le manque de compréhension de l'impact du stress et de l'environnement gestationnel sur le développement du fœtus.

Graphique des étapes du tracking du stress maternel

Applications et implications pratiques

  • Adapter l’environnement prénatal pour minimiser le stress maternel et favoriser un développement harmonieux.
  • Utiliser des interventions de relaxation et de soutien émotionnel durant la grossesse pour réduire les niveaux de cortisol et leurs effets sur le fœtus.
  • Explorer des approches non pharmacologiques pour apaiser les futures mamans en situation difficile et prévenir des répercussions comportementales à long terme chez l’enfant.

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