De Cendres et de braises: portrait poétique et politique d’une banlieue ouvrière en mutation

De Cendres et de braises est un portrait poétique et politique d’une banlieue ouvrière en mutation, invitant à écouter les paroles des habitants des cités des Mureaux près de l’usine Renault‑Flins. La narration nous conduit du passé au présent, en associant des images d’archives et des témoignages vivants qui éclairent les luttes et les rêves des habitants.

La face A du livre évoque l’histoire des cités HLM des Mureaux et les luttes politiques qui s’y sont déroulées depuis les années 1960, résonnant avec l’ensemble de l’histoire populaire française. Le film, tourné en noir et blanc, met en lumière les détails lumineux qui ponctuent les récits nocturnes: flammes, étincelles, bougies et lanternes volantes percent l’obscurité et accompagnent les histoires des habitants.

La réalisatrice Manon Ott, cinéaste et chercheuse, s’est immergée dans la ville pendant des années et y a habité un an, construisant le film avec les habitants. Le film présente une ville qui demeure en grande part dans la nuit, tout au long du déroulé narratif, reflétant une temporalité qui oscille entre mémoire et présent.

Structuration et voix des habitants

Les récits de vie et les rêves des habitants dessinent un portrait choral marqué par l’énergie collective, prête à jaillir lorsque les conditions le permettront. Yannick, Yezy OG le rappeur, Fabienne, Jamaa et Antoinette, chacun apporte une voix singulière - poésie, amour, combats et mémoire - qui éclaire la dynamique de la banlieue et ses aspirations.

La mémoire des luttes et des travailleurs est portée par des images fortes : les feux et les flammes des palettes des grévistes de 68, la bougie éclairant les photographies de militants, les braises et la fumée des barbecues improvisés par des ouvriers retraités, ou encore le feu qu’un homme allume cherchant la solitude. Ces motifs lumineux accompagnent les passages de l’histoire à la vie contemporaine, et rappellent que « de cendres et de braises » peut renaître une énergie collective.

Le film juxtapose les souvenirs des militants et ceux des jeunes générations, qui aujourd’hui cherchent un avenir parfois en dehors de l’usine. Les enfants et jeunes adultes, témo-ins de la transition, apportent une perspective nouvelle - des voix qui hésitent entre persistance dans l’emploi et options professionnelles alternatives.

Images et direction artistique

La nuit enveloppe la ville et se déploie comme cadre dramatique, où les façades et les fenêtres éclairées permettent d’entrevoir des silhouettes et des vies en mouvement. Les extraits retracent l’histoire liée à Renault‑Flins, et l’extrait du film de Jean‑Pierre Thorn « Oser lutter, oser vaincre - Flins 68 » est présent pour rappeler ce passé fébrile et déterminé.

La continuité entre passé et présent est marquée par l’absence de transition chromatique lorsque l’action revient au présent: les images révèlent des ouvriers pressés contournant le micro d’un syndicaliste et dénonçant les 1500 emplois précaires, réclamant des CDI. Cette continuité visuelle et narrative contribue à montrer comment les luttes passées éclairent les luttes actuelles et les enjeux d’emploi et de sécurité économique.

Dimensions humaines et horizons

La narration privilégie les gestes et les échanges simples, qui, par leur répétition, prennent une charge universelle: l’éclairage d’une table avec une bougie, les souvenirs dans les photographies, les conversations qui donnent sens à une communauté. Les mots d’Aimé Césaire, réintroduits dans le récit, renforcent l’idée d’une voix citoyenne qui résonne en filigrane dans les nuits et les matins des Mureaux.

La conclusion est ouverte ou, mieux, suggérée par l’image de Yannick, veilleur de nuit, qui regarde la ville s’éveiller. La phrase poétique et politique qui traverse le film - que « la braise peut se rallumer » - réaffirme l’espoir et la continuité des luttes, même lorsque la cendre semble dominer le paysage.

Production et crédits: Manon Ott en collaboration avec Grégory Cohen; TS Productions et Flamme en coproduction avec CNRS Images; durée 1 heure 13 min; image noir et blanc; distribution DOCKS 66. Distinctions: Prix du Jury au Festival Les Ecrans documentaires 2018; Prix de la restitution du travail contemporain au Festival Filmer le travail 2019.

Infographie: arborescence des luttes et trajectoires
Éléments du récit Régistre visuel Rôle
Grèves de 68 Palettes en flammes Énergie collective
Récits des habitants Visages et paysages nocturnes Témoignages et mémoire
Paroles des jeunes Voix et musique contemporaine Perspective d’avenir

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