Fabrication des farines monastiques et leur place dans l’économie des abbayes

Documentaire. Dans les monastères, on prie et on travaille aussi. Chocolats, cosmétiques, farines... Céline Destève a enquêté sur le marché florissant des produits monastiques. Pourquoi vous être intéressée aux produits monastiques ?Je trouvais captivant de pouvoir entrer dans des communautés que l'on connaît mal. Ce sont des endroits mystiques dans lesquels on imagine peu qu'il puisse y avoir une activité commerciale. C'était d'autant plus intéressant que le marché des produits fabriqués au sein des monastères est en pleine croissance. Il est évalué à 75 millions d'euros. On trouve de tout : des couettes, des sandales, des tisanes... Comment expliquer ce succès ?C'est un commerce qui véhicule des valeurs, comme la quête d'authenticité. Beaucoup de consommateurs m'ont expliqué qu'ils achetaient ces produits, même plus chers, car, pour eux, c'est une valeur refuge. Ce marché n'est pas nouveau...Il existe une économie monastique depuis le Moyen Âge. La tradition veut que les bénédictins et les cisterciens prient et travaillent. Mais aujourd'hui, les communautés sont plus réduites. Par exemple, en Alsace, l'abbaye d'Oelenberg comptait 200 moines au siècle dernier. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une dizaine. À l'époque, ils travaillaient tous. C'était une petite ville en autarcie.

Les produits sont-ils toujours issus d'un savoir-faire traditionnel ? À Oelenberg, la recette des pâtes alimentaires qu'ils commercialisent a été élaborée par des moines il y a un siècle. Il existe également un label...Oui, le label « Monastic ». Il a été créé il y a vingt ans, à l'époque où le fromage Chaussée aux moines est arrivé sur le marché. Les moines craignaient la concurrence déloyale. On découvre que de nombreuses abbayes s'appuient sur des laïcs pour fabriquer leurs produits...C'est la tendance. Car les moines sont moins nombreux et vieillissants et, parce que le monde professionnel évolue, il faut s'adapter aux normes, aux modes. Lorsque l'on est enfermé dans un monastère, il est compliqué d'être au courant. S'entourer de personnes qui font le lien avec le monde extérieur est nécessaire. Est-ce compatible avec leur activité religieuse ?

Les moines font du commerce, mais ils ne font pas de fric. Il n'y a pas de fonds secrets. Une partie des bénéfices sert à payer la rénovation des bâtiments, l'autre partie leurs repas, leurs frais et les salaires des laïcs qui travaillent pour eux. Les trappistes de Notre-Dame d’Oelenberg, dernier monastère d’hommes en Alsace, transforment leur blé en farine et en pâtes depuis deux siècles. La veille de mon arrivée à l’abbaye d’Oelenberg, je décide de suivre à Mulhouse, à 10 km de l’abbaye, la demi-finale de la Coupe du monde entre la France et la Belgique. Après la victoire, les Mulhousiens, euphoriques, klaxonnent bien après la nuit tombée.

Le contraste ne pouvait être plus fort avec la quiétude de l’abbaye située à Reiningue (Haut-Rhin), que j’atteins à pied le lendemain matin après avoir attendu, en vain, le seul bus qui s’y rendait. L’harmonieux monastère est lové entre des champs de blé et de maïs, avec les Vosges pour horizon. Le père abbé, dom Dominique-Marie Schoch, confesse que les moines sont restés à distance des effusions de joie en l’absence de télévision. « Nous nous tenons au courant de l’actualité grâce à L’Alsace et La Croix », s’excuse-t-il presque.

Ces moines trappistes, de l’ordre cistercien de la stricte observance, ont d’autres priorités. Heureuse coïncidence : j’arrive le jour de la Saint-Benoît, jour de fête pour les moines du monde entier. Ce 11 juillet, ils adoptent les horaires des dimanches. À 10 h 15, j’assiste à l’eucharistie, ainsi qu’une vingtaine de personnes. Les huit religieux, dont un postulant, prennent place dans les stalles. Le père abbé porte sa crosse pour l’occasion. L’encens recouvre la nef d’une nappe de brume, conférant au lieu une beauté que les chants des moines ne font qu’exhausser.

Une maladie de dos l’a cloué à l’hôpital pendant un an lorsqu’il était jeune. Il se déplace aujourd’hui le dos ployé. Et pourtant, à 78 ans, il travaille toujours avec autant de volonté. Il arrache les haricots brûlés par le soleil et les trie à la vitesse d’un virtuose du piano rompu au même répertoire depuis des années. Les moines étaient encore une quinzaine il y a vingt ans. L’abbaye en a compté jusqu’à 180. Les bâtiments sont désormais trop vastes. Ils nécessitent toujours plus de travaux, et donc d’argent. « Il nous faut refaire la toiture de l’église. Cela coûte un million d’euros », constate dom Dominique-Marie.

Récemment, l’abbaye a dû changer son système d’assainissement. « Nous n’avons pas d’argent mais nous avons du blé », plaisante dom Dominique-Marie, avant de reprendre son sérieux : « Sans nos salariés, nous ne serions plus là. » Par manque de moines, l’activité économique a en effet été confiée à des laïcs, 17 en tout. La question du déménagement des moines s’est posée. Devaient-ils se grouper avec d’autres trappistes dans un autre monastère ? Ils ont décidé de rester. Parce que les habitants et les moines sont profondément attachés à cette abbaye - les trappistes y demeurent depuis 1825 - et parce qu’il s’agit du dernier monastère d’hommes en Alsace. Trois nouveaux postulants sont attendus à l’automne, ce qui remplit de joie le père abbé.

Philippe Lizier, le laïc responsable des activités économiques, perçoit sa mission ainsi : préserver les moines et le monastère. « Je le répète aux salariés, me raconte-t-il. Nous ne sommes pas là que pour toucher un salaire. Nous maintenons quelque chose de beau. Je n’accepterais pas que nous les abandonnions. »

La farine que produit l’abbaye grâce à son moulin et à son propre blé est réputée jusqu’en Allemagne. Une fois les charges et les salaires payés, l’argent gagné revient au monastère et donc à son entretien. La noblesse de sa mission aide Philippe Lizier à travailler dur et à se motiver ; il ne subit d’ailleurs presque aucune pression des moines. « Je ne sais pas si l’on peut trouver une telle bienveillance chez d’autres patrons », sourit-il. La farine d’Oelenberg est réellement exceptionnelle.

Mais d’où vient cette qualité ? 1/3 vient de l’abbaye. 2/3 vient d’autres agriculteurs du coin. La chaîne de fabrication est bien plus lente que la moyenne du secteur. La marque Monastic garantit « l’engagement total de la communauté monastique dans le contrôle de toutes les étapes de la vie du produit ». Plus récemment, la présence de la marque « Savourez l’Alsace Produit du Terroir ® » pour les farines d’Oelenberg affirme plutôt son identité alsacienne forte !

Ainsi, les plus grands consommateurs de la farine d’Oelenberg sont les boulangers, pâtissiers et grands distributeurs d’un côté, mais aussi particuliers et visiteurs de l’autre ! Philippe Lizier explique : « Nous écoulons tout. Nous n’avons quasiment pas de stocks ». Voilà qui résume bien cette partie sur la qualité des farines d’Oelenberg. Mais au fait, ce sont des farines de quel(s) type(s) ? Eh oui, car on parle beaucoup de “la” farine d’Oelenberg, mais en réalité, l’abbaye produit plusieurs types de farine, selon la finesse du grain et les mélanges possibles de céréales.

La farine type 45 (000) est le petit bijou de l’abbaye, ou en tout cas son produit phare ! Le type 45 “triple zéro” signifie que cette farine est la plus fine que l’on puisse trouver sur le marché. La farine “complète” de l’abbaye contient le son et le germe du grain de blé. Le son de blé est obtenu en séparant le blé de son enveloppe. La semoule de blé tendre est une sorte de « farine granuleuse ». « La farine a été le premier aliment qui a fait connaître le moulin de l’Oelenberg. Ses dérivés augmentent aujourd’hui sa notoriété » précise Philippe Lizier.

Les pâtes d’Oelenberg sont sans doute le produit issu de la farine d’Oelenberg le plus connu. Et c’est tout ! À Oelenberg, par souci de conserver une qualité incroyable, l’abbaye a fait le choix de conserver une production des pâtes la plus artisanale possible. Ce sont des pâtes fabriquées avec des œufs de la région cassés à la main. En plus des pâtes, l’abbaye d’Oelenberg a développé tout une flopée de pâtisseries, fabriquées sur place: tarte de Linz, meringues, et autres délices fabriqués à la main avec douille.

abbaye depiction et moulin

Découvrez notre sélection de farines bio issues des cultures de l’Abbaye et moulues avec soin par la Ferme REY à Simorre (32). Nos farines sont disponibles en formats 500g à 25kg, produites dans le respect des traditions monastiques et artisanales. Chaque grain est moulu sur pierre pour préserver ses qualités nutritives et gustatives. Riche en fibres et en nutriments, notre farine de blé semi-complète est idéale pour pains et pâtisseries. Moulue à l’Abbaye, notre farine de sarrasin est sans gluten et appréciée pour ses propriétés digestives. Le petit épeautre, céréale ancienne, est naturellement dépourvu de gluten et reconnu pour ses qualités nutritionnelles.

Direction l’Alsace pour découvrir l’abbaye d’Oelenberg. Là-bas, les moines fabriquent depuis plusieurs siècles une célèbre farine reconnue par les boulangers et pâtissiers comme étant de grande qualité. L’histoire de l’abbaye commence en 1046, lorsque le pape Léon IX fonde le monastère sur une colline près du ruisseau Oelen. Après des exils et des guerres, la communauté renaît et le moulin tourne depuis plus de deux siècles. Depuis les années 70, la production de farine est devenue essentielle pour l’économie de la communauté. Aujourd’hui, plus de 1100 tonnes de farine d’Oelenberg sont produites chaque année, sur un domaine de 150 hectares. La rigueur et l’exigence restent les maîtres mots du travail manuel. Le père abbé rappelle : « Nous employons des gens compétents, nous sommes sévères sur la qualité de notre blé et nous ne faisons pas tourner le moulin à outrance ».

Les Moulins du Val-Dieu, héritiers d’un autre destin meunier en Belgique, renaissent avec une approche locale et durable. Le moulin Meyers à Hombourg est repris par une nouvelle société, Les Moulins du Val Dieu, afin de produire une farine de haute qualité en circuits courts et en agriculture raisonnée. Le projet vise un partenariat fort avec les agriculteurs locaux, transformant la chaîne d’approvisionnement en relation directe et équitable. Le moulin produit environ 4.000 à 4.500 tonnes de farine par an, dont la moitié environ est de la farine blanche. La modernisation se fait sans produits chimiques lourds et avec des méthodes respectueuses de l’environnement, y compris l’utilisation d’auxiliaires biologiques pour lutter contre les insectes. Ces initiatives montrent une approche de filière courte et responsable, tandis que l’outil wooden-mill reprend vie et s’oriente vers des mélanges innovants de farines.

Type de farineUsageFormat
T45 (triple zéro)Pâtisserie2,5 kg
T55Boulangerie2,5 kg
ComplètePâtisserie et pains complets2 kg
Son de bléCompléments nutritionnels1 kg
Sémoule de blé tendreProduits granulaires1 kg

Les produits dérivés à base de farine d’Oelenberg incluent des pâtes d’Oelenberg, des gâteaux, des meringues et des fruits et légumes cultivés sur place par les moines. Les excédents finissent en boutique, et l’ensemble des activités vise à préserver l’équilibre économique et spirituel de la communauté. La coopération avec les laïcs, les labels de qualité, et la transparence des procédés renforcent la confiance des consommateurs dans ces produits « Monastic » et alsaciens.

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