Pour Hawad, poésie et peinture, parole et écriture sont en étroite correspondance, cheminements intriqués relevant de la même urgence et prolongeant sa philosophie de l’espace et de “l’égarement”. Le cadre d’où on nous exclut n’est pas un abri pour nous, mais un chaos, il faut recycler ce chaos comme un matériau à dynamiser pour défricher d’autres univers, d’autres rêves. L’œuvre de Hawad n’exige pas que l’on réfute les mots de la culture du désert des Touaregs, ce degré zéro d’une pensée « furigraphique » et « surnomadique » - pour pointer la connotation surréaliste du surnomadisme qui est dépassement des « vérités présentes et éphémères par un nomadisme dématérialisé, sans temps ni espace ». Ces phrases proposent le cadre critique dans lequel se déploie la poétique hawadienne et sa visée politique et ontologique: dépasser l’aliénation du Sahara comme espace « hors de l’Histoire ».
- La déterritorialisation apparaît comme exigence vitale: dénier les discours « saharologiques » qui narrent le non-dit et pousser vers la déterritorialisation des mots afin de faire émerger une cosmopolité des voix touarègues.
- La notion de « machine de guerre » permet d’appréhender l’espace lisse et les lignes de fuite par lesquelles Hawad pense le Sahara comme espace de cognition partagée et d’égalités épistémiques.
- La pensée nomade, nourrie par le surnomadisme, est une déconstruction de la centralité urbaine et de la prétendue universalité de la raison géographisée.
Une poétique de l’espace: entre désertité et cosmo-citoyenneté
Hawad affirme que le désert ne se réduit pas à un espace urbain ou à une représentation figée; il s’agit de transfigurer cet espace vers une lecture cosmopolite et citoyenne, refusant l’idée d’un universalisme exclusif et excluant les peuples du Sahara. Cette approche s’élabore à travers une « géo-poétique » qui relie le lieu à une production langagière rhizomique, où l’ouïe, les lèvres et les yeux s’entrelacent dans une écriture furigraphique et « surnomadique ». Le Sahara deviendrait ainsi une scène où se réécrivent les droits, les identités et les temporalités des Touaregs et de leur diaspora.
La réflexion s’appuie aussi sur une critique des cadres philosophiques occidentaux qui ont, selon Hawad, réduit les peuples sahariens à des entités fantomatiques ou « barbares ». Platon, Aristote, Hegel et Marx sont convoqués pour montrer que la ville et la pensée ont longtemps été liées par une logique qui exclut l’espace nomade et les sociétés transfrontalières. Hawad propose une « écosophie » fondée sur la justice spatiale et l’équité cognitive, afin d’inscrire le désert dans une humanité réévaluée et plurielle.
Le fil du temps et la question de la décolonisation
Dans les textes hawadiens, la décolonisation n’est pas seulement un épisode historique: elle est la clé d’un renouvellement des subjectivités. L’élite touarègue, « raccommoder sur les cendres », devient le symbole d’un réapprentissage de l’Afrique post-coloniale, où la poésie et l’art réinventent l’autonomie culturelle et politique. Hawad montre que publier un recueil bilingue (français-touareg) - Buveurs de braises - est un acte politique et symbolique fort, car l’écrit vient compléter une tradition largely orale et déployant des calligraphies tifinagh, marquant une réappropriation du signe et du territoire.
Buveurs de braises: typologie et thématiques
Le recueil se lit comme une cartographie poétique de la soif, du déplacement et de l’égarement: “Ô assoiffés nous avons bu les braises” résonne comme cri collectif et comme appel à la résistance. Hawad forge une langue hybride, où les langues se mêlent et se transforment pour déployer une sensibilité transfrontalière et transculturelle. La poésie devient alors une arme et une pierre philosophale qui transforme le désert en espace d’intelligence partagée et d’action collective.

Le concept de furigraphie - une réinterprétation de la calligraphie - sert à « briser l’encerclement » et à donner forme à une écriture qui ne connaît pas de frontières. Le « surnomadisme » refuse l’idée que l’identitaire soit figé dans une origine unique; il promeut une pensée nomade, capable de penser le monde par des alliances entre espaces et temps, entre corps et mots.
IB Teaser. Rencontre avec HAWAD: Film "Furigraphier le vide" et récital poétique 20/21 Octobre 2017
Tableau des axes conceptuels (résumé des idées clés)
| Concept | Définition/Implication |
|---|---|
| Furigraphie | Écriture qui crée de l’espace et transforme le sens par le geste calligraphique et graphique. |
| Surnomadisme | Pensée nomade qui décentre les catégories fixes et promeut l’unité du collectif. |
| Déterritorialisation | Supprimer les liens figés au territoire pour redéfinir l’espace poétique et politique. |
| Écosophie | Philosophie fondée sur la justice spatiale et l’équité cognitive pour tous les peuples. |
| Cosmo-citoyenneté | Réalisation d’un universalisme qui inclut les voix du désert et de sa diaspora. |
Éléments biographiques et réception critique
Hawad, né en 1950 à l’Aïr (Niger), est un poète touareg qui publie depuis l’Europe et pratique une écriture bilingue. Ses travaux et entretiens ont été analysés comme une tentative d’élargir les cadres de la pensée politique et esthétique autour du désert et de l’espace saharien. Sa collaboration avec Hélène Claudot-Hawad, traductrice et spécialiste, souligne l’importance du dialogue interlinguistique dans la diffusion de sa poétique. Les analyses contemporaines relèvent l’importance de sa voix dans la critique de la colonialité et des dynamiques de pouvoir qui maintiennent le Sahara en marge.