Des centaines de personnes ont commencé à défiler samedi après-midi contre les violences policières à Nantes, avec de premières tensions à proximité de la préfecture, ont constaté des journalistes de l’AFP. Tout le monde déteste la police a scandé dès le début du rassemblement les manifestants, et certains d’entre eux se sont rendus directement au contact des forces de l’ordre. À l’arrivée du cortège devant la préfecture, les forces de l’ordre ont eu recours aux lances à eau et les premiers tirs de grenades lacrymogènes ont été entendus.
Venues du Tarn en covoiturage, quatre femmes, « maman ou mamies », ont expliqué pourquoi elles avaient fait un tel déplacement, se rendant à Nantes pour la première fois: « Si on ne fait rien, ce sont tous nos enfants qui sont en danger », a déclaré Rita, retraitée. « J’ai quitté le travail à 18 heures. Venir jusqu’ici, c’est un budget, mais ce n’est rien par rapport à la famille du jeune Steve », complète son amie, Elisabeth, assistante de vie à domicile. « C’est choquant de s’en prendre à des jeunes à cet endroit (le quai Wilson, ndlr), ils ne dérangeaient personne ». Les quatre amies se sont rendues samedi matin au premier rassemblement en hommage à Steve Maia Caniço, sur les bords de Loire, à proximité du lieu où le corps du jeune homme, disparu depuis la Fête de la musique, dans la nuit du 21 au 22 juin, a été retrouvé lundi dernier.
Plusieurs centaines de personnes se sont retrouvées samedi vers 11 heures à Nantes près de la grue jaune, derrière une grande banderole avec le portrait de Steve Maia Caniço et l’inscription « Interdits de vivre », au début de la marche. Marche en mémoire à Steve dans le calme; jeunes parents avec des poussettes, enfants à vélo, personnes de tous âges ont exprimé leur volonté de rendre hommage à l’animateur périscolaire de 24 ans. La mort de Steve a été un choc personnel, explique Clémentine, 25 ans, venue à vélo et qui, comme toutes les personnes interrogées par l’AFP, a refusé de donner son nom de famille. « Des gendarmes et des militaires dans sa famille », entend-elle par sa présence, « protester contre les violences policières ».
« On matraque des gens qui s’amusent, on leur envoie des lacrymos, on envoie des chiens (...) Moi, je respecte les policiers mais leur métier, c’est de maintenir les gens en sécurité, pas de les mettre en danger ». « Là, on parle d’une répression des mouvements sociaux qui s’étend à la vie quotidienne et ça prend une toute autre ampleur », considère-t-elle. Pour Hugues, 42 ans, venu de Derval (Loire-Atlantique), à une heure de route de Nantes, « plus il y aura de monde, plus il y aura de pression pour avoir la vérité (…) C’est choquant la manière dont c’est traité au niveau politique, on a l’impression qu’on essaie d’étouffer l’affaire. Personne n’est jamais responsable », dit-il. Ludovic, venu de Lyon spécialement pour cet évènement, affirme que « Steve est devenu un symbole des violences policières ».
Interrogé sur la volonté de la famille de n’accepter qu’un soutien amical, artistique et pacifique, Ludovic répond: « le meilleur exemple est que cette marche se passe bien, et sans heurts, pour respecter la famille ». « Moi, je n’ai jamais rien jeté sur la police à part des noms d’oiseaux mais, malheureusement, c’est eux qui rendent les gens violents », affirme-t-il.
Une « manifestation contre les violences policières » devait commencer vers 13 heures à la station Commerce, dans le centre-ville, à proximité du périmètre interdit par les autorités. En raison d’informations concordantes sur la volonté d’un certain nombre de groupes d’activistes d’en découdre avec les forces de police, le préfet de Loire-Atlantique Claude d’Harcourt a décidé d’interdire tout rassemblement dans une grande partie de Nantes de 10h à 20h. La préfecture dit n’avoir reçu aucune déclaration de manifester. Sont également interdits « le port et le transport, sans motif légitime, d’objets pouvant constituer une arme », dans une ville qui n’a pas été épargnée par des dégradations et des violences lors des manifestations des « gilets jaunes ».
Dans un appel à manifester vindicatif, « Nantes révoltée » demande de manifester parce que les policiers « tirent des grenades pour arrêter des chansons » et « parce que l’attaque policière de la Fête de la musique n’est que l’aboutissement d’années de violences et d’impunité pour les forces de l’ordre ». « Gilets jaunes » en brassard noir étaient présents; toutefois, cet appel n’a pas été accepté par la famille de Steve. Les proches ont déclaré qu’ils n’acceptent qu’un soutien amical, artistique et pacifique. Selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, « évidemment (…) il y a la possibilité d’organiser un rassemblement (…) mais cela est encadré pour éviter des débordements et des violences ». Freeform a lancé un appel au calme et rappelle que la famille et les amis de Steve ne s’y associent pas, et que tout débordement desservira la cause de la justice.
Outre Nantes, des appels à manifester ont été lancés dans tout le pays pour ce week-end, émanant notamment de groupes de « gilets jaunes »: Toulouse, Caen, Le Havre, Montpellier, Paris, Tours et Rouen. Des « gilets jaunes » ont appelé à une manifestation à Paris, invitant à un hommage à Steve en jaune avec un brassard noir. La polémique sur l’attitude de la police lors de la Fête de la musique reste vive; le rapport de l’IGPN a été jugé par certains trop favorable aux policiers. Le Premier ministre Edouard Philippe a demandé une enquête de l’inspection générale de l’administration (IGA), et Christophe Castaner a réagi sur l’utilisation de gaz lacrymogènes, admettant un « questionnement ». Le texte rappelle que la mort de Steve Maia Caniço s’inscrit dans une série d’événements politiques et médiatiques autour des violences policières et des mobilisations sociales des dernières années.
Des détails sur l’affaire et les suites judiciaires ont été apportés: le parquet de Rennes a pris des réquisitoires et des décisions concernant le commissaire Grégoire Chassaing et le sous-préfet Johann Mougenot dans le cadre d’une affaire qui a suscité des critiques et des analyses nationales. Steve Maia Caniço, animateur périscolaire de 24 ans, avait disparu après une opération policière destinée à faire cesser une soirée électro à Nantes, en bord de Loire, dans la nuit du 21 au 22 juin 2019. L’analyse des relevés du téléphone de Steve a permis de situer sa chute dans la Loire à 04 h 33 min 14 s, soit dans le temps de l’intervention et postérieurement aux premiers usages de grenades lacrymogènes.
Le dispositif autour de la Fête de la musique avait été dirigé par le commissaire Grégoire Chassaing, et le sous-préfet Johann Mougenot avait présidé les réunions préparatoires. Cet épisode a alimenté un débat public important sur les méthodes des forces de l’ordre et sur la réactivité des autorités politiques face à des manifestations sensibles, avec des répercussions sur l’image des institutions et sur le climat social global.

Des manifestations ont également été observées dans d’autres villes françaises, marquées par des tensions et des gestes de solidarité envers Steve, notamment autour des questions de sécurité et d’exploitation des violences policières dans le cadre des mobilisations sociales. Des interventions policières et des débats autour des droits civiques demeurent au cœur des discussions publiques et des critiques adressées au gouvernement et à ses cadres.
| Éléments clés | Détails |
|---|---|
| Personnage central | Steve Maia Caniço, 24 ans |
| Lieu des manifestations | Nantes, quai Wilson, centre-ville |
| Réponses des autorités | Interdiction de rassemblements, gestion par la préfecture |
| Réactions citoyennes | Homages pacifiques, appels à la justice et à l’enquête |
La couverture médiatique et les témoignages continuent d’interroger les mécanismes de responsabilité, les suites judiciaires et la perception publique des violences policières, alors que le débat sur la sécurité, les libertés publiques et la démocratie se poursuit à l’échelle locale et nationale.