Nombreux sont les collaborateurs qui font un crochet par la machine à café avant de regagner leur poste après la pause déjeuner. Au-delà de la culture du café que nous chérissons tant en France, cette tasse, consommée à cet instant précis de la journée, a plusieurs atouts. Au déjeuner comme au dîner, le réflexe des serveurs et des serveuses en restauration est de demander à leurs clients s’ils termineront leur repas par un café. Parmi les bonnes raisons qui motivent la consommation de café postprandiale, on peut notamment citer la facilitation de la digestion. D’ailleurs, savez-vous que dans certaines régions du monde, le café est vanté pour ses vertus digestives ? On pourrait toutefois penser qu’il s’agit tout simplement d’une croyance populaire. Pourtant, plusieurs études scientifiques se sont penchées sur le sujet.
Le café postrepas: réalité physiologique et limites
Globalement, il a été constaté que le café stimulait effectivement la production d’acide gastrique. Cependant, cette information est à prendre avec des pincettes ! Un repas copieux a tendance à inviter rapidement le sommeil à se joindre à la fête. Or, le café a la réputation d’être une boisson stimulante - tout comme le thé, puisqu’il contient également de la caféine. Toutefois, le café contient aussi du tanin, qui a tendance à réduire les bienfaits du fer contenu dans les fruits et les légumes consommés lors du repas. Enfin, force est de reconnaître que le café et les boissons chaudes en général sont confortablement ancrés dans les mœurs, notamment sur le lieu de travail. Dans ce contexte, cette tasse de café est vue comme le prolongement du dessert ou le point de départ de l’après-midi de travail.
Pour les collaborateurs les plus raisonnables, il s’agira d’ailleurs de la dernière tasse de café - car on a tous un.e collègue qui passe à l’infusion à partir de 14 heures. C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que de nombreuses entreprises ont pris le parti d’offrir le café à leurs employés. Du plaisir du goût à la motivation en passant par les vertus digestives, le café post repas fait partie de la culture des employés, tous secteurs confondus. L’aménagement d’une tisanerie et l’installation d’un distributeur de boissons chaudes constituent donc un sujet particulièrement pertinent pour les responsables RH et les offices managers.
Une histoire qui traverse les continents
Tu l’as fait des centaines de fois sans te poser la question. Le repas se termine, les assiettes sont débarrassées, et quelqu’un lance : « Un petit café ? » En France, le café arrive toujours après le dessert. Dans la plupart des pays du monde, on boit son café quand on veut - y compris en plein milieu du plat principal. Aux États-Unis, la tasse est même posée sur la table dès le début du repas.
Le café débarque en France au milieu du XVIIᵉ siècle, d’abord comme curiosité orientale. Des marchands turcs l’introduisent à Marseille vers 1644, puis il remonte lentement vers Paris. Le Roi-Soleil découvre le café en 1669, lors de la visite de l’ambassadeur ottoman Soliman Aga. La boisson est servie dans de petites tasses en porcelaine, après un banquet fastueux. Les médecins de la cour encouragent d’ailleurs cette pratique. Ils considèrent que le café « aide à la coction des aliments » - autrement dit, qu’il facilite la digestion. Cette prescription médicale, combinée au protocole royal, forge une habitude qui va descendre dans toutes les couches de la société. Ce que le roi fait, la bourgeoisie l’imite, puis le peuple s’en empare.
Mais la médecine du XVIIᵉ siècle avait-elle raison, ou s’agissait-il d’une croyance sans fondement ? Les médecins de Louis XIV n’avaient pas tout faux. La caféine stimule effectivement la sécrétion d’acide gastrique et accélère le transit intestinal. En revanche, boire du café pendant le repas pose un vrai problème que les Français ont inconsciemment évité. Attendre la fin du repas, idéalement 30 minutes après, limite considérablement cet effet. Il y a aussi une dimension sensorielle. Le palais, saturé par les saveurs du repas, retrouve une forme de « virginité gustative » entre le dessert et le café. L’amertume du breuvage frappe alors avec toute son intensité.
Les spécificités culturelles autour du café par région
As-tu déjà remarqué qu’en France, le café arrive systématiquement avec une soucoupe, une petite cuillère et un sucre - même si personne ne l’a demandé sucré ? Ce trio n’est pas un hasard. Le Procope, ouvert en 1686 à Paris, est considéré comme le plus ancien café de France. Son fondateur, le Sicilien Francesco Procopio dei Coltelli, impose une mise en scène précise. Cette pratique, jugée « vulgaire » par la noblesse, disparaît au XIXᵉ siècle. Mais la soucoupe, elle, reste. Le sucre accompagne le café parce que les premiers grains importés étaient souvent brûlés lors de la torréfaction. L’amertume excessive rendait le sucre indispensable. D’ailleurs, la tasse épaisse des cafés français a elle aussi une histoire bien plus ancienne qu’on ne croit.
Aux États-Unis, le café n’a jamais quitté la table du repas. La « bottomless cup » - la tasse à volonté remplie par le serveur - est un pilier de la culture des diners. On boit du café filtré léger avec ses pancakes du matin comme avec son steak du soir. En Italie, le rapport est encore différent. L’espresso se boit au comptoir, debout, en 30 secondes. Après le repas, oui, mais aussi à 10 heures du matin, à 16 heures, ou n’importe quand. Ce qui choque un Italien en France, c’est la durée du café : on reste assis, on discute, on fait durer.
En Turquie, berceau du café que la France a adopté, la boisson se sert après le repas - comme en France - mais avec un verre d’eau. L’eau se boit avant le café pour préparer le palais. Les pays scandinaves, eux, pratiquent le fika : une pause café ritualisée, mais totalement déconnectée des repas. Le café accompagne un gâteau à la cannelle, jamais un plat salé. La France est finalement l’un des rares pays où le café occupe une place aussi codifiée dans la chronologie du repas. Ni libre comme aux États-Unis, ni express comme en Italie, ni cérémoniel comme en Turquie. La prochaine fois que tu entendras « on prend un café ? » en fin de repas, tu sauras que derrière cette question banale se cache un rituel de plus de 350 ans.
