Les troubles du goût et de l’odorat sont rarement prioritaires dans la pratique médicale, mais ils peuvent être profondément handicapants: ils altèrent le plaisir de manger et d’apprécier les arômes, et peuvent aussi masquer des signaux chimiques et toxiques potentiels. Des causes graves comme une tumeur peuvent parfois être à l’origine de ces altérations, et le lien entre goût et odorat est fondamental dans leur compréhension.
Lien entre odorat et goût et mécanismes de perception
L’odorat et le goût sont étroitement liés. Les papilles gustatives identifient le goût, et les nerfs olfactifs identifient les odeurs. Le cerveau intègre ces signaux pour produire une saveur distincte lorsque la nourriture est mâchée. Certaines saveurs basiques - le sucré, le salé, l’acide, l’amer - peuvent être reconnues sans odorat, mais des saveurs plus complexes exigent l’association des deux sens.
Des milliers de papilles gustatives couvrent la langue et détectent cinq saveurs de base grâce à des récepteurs et leurs cils cellulaires. Les aliments en bouche stimulent ces cils, envoyant des signaux qui transitent par les nerfs crâniens du goût jusqu’au cerveau, où l’on interprète la saveur. L’information sensorielle de l’odeur, du goût, de la texture et de la température est traitée par le cerveau pour produire une saveur cohérente.
Causes et types de troubles liés à l’odorat et au goût
Une perte partielle de l’odorat (hyposmie) ou une perte totale (anosmie) est fréquente et peut particulièrement perturber le goût. Comme la détection des saveurs repose majoritairement sur l’odorat, les premiers signes d’altération de l’odorat se manifestent souvent par une diminution du goût des aliments. L’odorat peut être altéré par des obstructions nasales, des nerfs olfactifs ou des altérations centrales.
Les causes possibles des troubles du goût et de l’odorat comprennent les infections virales (rhume, grippe, COVID-19), les dommages nerveux, la déshydratation et les affections buccodentaires, les carences nutritionnelles (zinc, cuivre, nickel, vitamine B12, etc.), certains médicaments (antibiotiques, antidépresseurs, chimiothérapie, diurétiques, etc.), les thérapies anticancéreuses (radiothérapie, chirurgie, chimiothérapie) et les maladies systémiques comme le diabète ou l’hypothyroïdie. Le vieillissement est également un facteur contributif, et l’hyperosmie (sensibilité accrue aux odeurs) peut apparaître surtout chez certaines populations comme les femmes enceintes ou dans des conditions psychosomatiques.
La dysgueusie décrit une altération qualitative ou quantitative du goût, avec des goûts modifiés ou désagréables et une réduction possible de l’appétit. L’agueusie correspond à une perte du goût, partielle ou totale, qui peut résulter d’altérations des papilles, de la bouche, ou des nerfs transmettant le goût au cerveau, et peut être liée à des traitements ou à des maladies sous-jacentes.
diagnostics et orientation médicale
Le diagnostic passe par un interrogatoire approfondi, un examen clinique (bouche, langue, hygiène buccale, état des sinus et respiration nasale) et, si nécessaire, des tests spécialisés comme la gustométrie ou l’électrogustométrie pour évaluer les perceptions gustatives. Selon les cas, des examens d’imagerie (scanner, IRM) peuvent être utiles pour rechercher des lésions nerveuses ou des anomalies structurelles. Le médecin peut orienter vers un ORL ou un neurologue et adapter les investigations en fonction des symptômes et des antécédents.
traitements et gestion selon la cause
Il n’existe pas de traitement spécifique universel pour les troubles du goût. Le traitement vise essentiellement à gérer la cause sous-jacente et à optimiser la prise en charge nutritionnelle et bucco-dentaire.
- Infections ou inflammations: les troubles peuvent se résoudre une fois l’infection dissipée ou l’inflammation traitée.
- Médicaments: si un médicament est en cause, le médecin peut ajuster la posologie ou changer le médicament, sans arrêt sans avis médical.
- Carences nutritionnelles: la supplémentation en zinc, vitamines B12 ou autres nutriments peut aider à restaurer le goût.
- Problèmes dentaires et hygiène bucco-dentaire: le traitement des infections dentaires, le nettoyage professionnel et une hygiène buccale rigoureuse sont essentiels; brosser les dents, utiliser le gratte-langue et boire suffisamment d’eau aident à réduire les distorsions du goût.
- Thérapies spécifiques pour le sens olfactif: dans certains cas, une rééducation olfactive peut améliorer le goût lorsque l’odorat est perturbé.
- Conseils diététiques et soutien: faire appel à un diététicien peut aider à adapter le régime (par exemple, utiliser des aliments plus riches en goût, jouer sur les textures, combiner estímulations visuelles et olfactives pour stimuler l’appétit).
Des conseils pratiques incluent: maintenir une bonne hygiène bucco-dentaire, fractionner les repas lorsque nécessaire, éviter l’excès de sucre et de sel pour ne pas surstimuler les désirs et privilégier des aliments plus riches en goût ou aromatisés avec des herbes et épices. L’hydratation est clé pour éviter la bouche sèche et favoriser la perception des saveurs.
Quand consulter et à quoi s’attendre
Consultez un médecin traitant rapidement si la perte de goût et/ou d’odorat survient brutalement, persiste après une infection ou s’accompagne de symptômes comme écoulement nasal, toux, courbatures ou difficultés respiratoires. Le médecin évaluera les antécédents, les médicaments et l’hygiène bucco-dentaire et orientera vers des examens complémentaires ou vers un ORL ou neurologue au besoin.

En cas de cancer des voies aérodigestives supérieures ou d’autres pathologies graves, les traitements (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie) peuvent modifier durablement le goût et l’odorat. Une prise en charge pluridisciplinaire incluant l’ORL, l’oncologie et la diététique est alors cruciale pour maintenir l’alimentation et le moral.
Les perspectives de rétablissement varient: une partie des troubles du goût est transitoire (infections, médicaments temporaires), tandis que d’autres peuvent persister et nécessiter des ajustements de vie et des traitements de soutien. Dans de nombreux cas, le retour au goût peut être lent et partiel, et la persévérance dans les mesures d’hygiène et de nutrition est essentielle.
Exemples concrets et témoignages
Des personnes décrivent des expériences où le goût sucré est d’abord altéré puis évolue vers un retour progressif, tandis que d’autres décrivent une aversion durable pour certains aliments. Les traitements spécifiques pour des cancers de la tête et du cou montrent que le goût peut être modifié par la chirurgie, la radiothérapie et les traitements médicamenteux, et que l’hygiène buccale et le soutien diététique jouent un rôle majeur dans l’adaptation quotidienne.
La dysgueusie et l’agueusie nécessitent une évaluation médicale systématique afin d’en identifier la cause et d’orienter le patient vers les traitements adaptés. Le recours à des thérapies complémentaires, comme la rééducation olfactive, peut apporter des améliorations lorsque l’altération est simultanée à une modification de l’odorat.
- Interrogatoire approfondi et examen clinique initial pour confirmer le trouble et orienter la recherche de causes.
- Éventuels examens complémentaires (gustométrie, électrogustométrie, imagerie) pour préciser les zones affectées.
- Traitement ciblé de la pathologie sous-jacente et conseils diététiques et d’hygiène.
La science dans tous les sens : l'odorat
En résumé, le goût et l’odorat forment un système intégré où le moindre dérèglement peut impacter la perception des aliments et le bien-être général. Une approche multidisciplinaire et personnalisée permet souvent d’améliorer ces troubles et d’aider les patients à retrouver une expérience alimentaire adaptée et agréable.