Ferments lactiques, spondylarthrite, probiotiques: effets et risques

Les ferments lactiques, aussi appelés probiotiques, sont des micro-organismes consommés depuis la nuit des temps à travers certains aliments fermentés (yaourt, fromage, choucroute, etc.). Utilisés historiquement dans le but d’améliorer la conservation de ces aliments, les recherches en nutrition ont permis de découvrir leur rôle clé dans l’équilibre intestinal, immunitaire et, plus récemment, cérébral. Cet impact positif sur le fonctionnement de l’organisme leur confère le nom de « probiotiques », littéralement « pour la vie ».

Qu’est-ce qu’un ferment lactique et qu’est-ce qu’un probiotique ?

Un ferment lactique est une bactérie qui produit de l’acide lactique suite à un processus appelé fermentation, réalisé en l’absence d’oxygène. Pour réaliser cette fermentation, les ferments lactiques ont besoin de sucres transformés notamment en acide lactique. Les probiotiques sont des micro-organismes, généralement des ferments lactiques, apportés par l’alimentation qui interagissent positivement avec l’organisme. Tous les ferments lactiques ne sont pas des probiotiques. En effet, afin d’être pleinement efficaces, les probiotiques doivent parvenir vivants dans l’intestin et interagir avec l’écosystème intestinal (muqueuse, microbiote et cellules immunitaires).

Pour cela, les probiotiques doivent répondre à plusieurs critères : stabilité, gastro-résistance et interaction avec l’intestin. Les probiotiques appartiennent à seulement quelques familles (genres) dont les plus importants portent les noms latins de Bifidobacterium, Lactobacillus, Lactococcus et Streptococcus. Parmi les plus étudiées, on retrouve Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus, Streptococcus thermophilus, Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus rhamnosus subsp. GG, Lactobacillus helveticus, Lactobacillus plantarum, Bifidobacterium animalis subsp. lactis, Bifidobacterium infantis, Bifidobacterium bifidum et Bifidobacterium longum subsp. infantis.

Histoire et sources des probiotiques

Historiquement, les premiers documents suggèrent des effets bénéfiques des probiotiques entre le 16e et le 12e avant J.-C., mais la découverte des bactéries et de leurs bénéfices est plus récente. L’idée de probiotiques a été introduite par Metchnikoff, et l’OMS a donné une définition officielle en 2001: « des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent des effets positifs sur la santé, au-delà des effets nutritionnels traditionnels ». Où trouver les probiotiques ? Les ferments lactiques se trouvent principalement dans les aliments fermentés et dans le microbiote intestinal humain et animal. Les yaourts, kefir, choucroute, cornichons en saumure et levain en sont des exemples typiques.

Bienfaits des probiotiques et mécanismes d’action

  • Défense de la muqueuse intestinale : ils forment une barrière passive et active dans l’intestin, occupant l’espace et consommant les nutriments essentiels, tout en produisant des substances inhibitrices et en activant des défenses comme la couche de mucus, les anticorps et le Fortification des jonctions entre les cellules.
  • Digestion et transit : ils participent à la digestion des résidus alimentaires non dégradables et fabriquent des nutriments essentiels tels que le butyrate et la vitamine B12, soutenant un transit harmonieux et la muqueuse intestinale.
  • Système immunitaire : ils induisent une réaction immunitaire adaptée et peuvent aider à restaurer un microbiote altéré après une antibiothérapie, réduisant les diarrhées associées.

Les ferments lactiques exercent également des bénéfices potentiels au niveau cérébral et cognitif, et leur rôle dans l’équilibre immunitaire et intestinal est activement étudié dans le cadre des maladies inflammatoires et auto-immunes.

Probiotiques et spondylarthrite: lien et implications

Les spondylarthrites (SpA) désignent un groupe de maladies articulaires inflammatoires chroniques touchant la colonne vertébrale et le bassin. Des recherches récentes montrent une dysbiose intestinale associée à SpA, caractérisée par une diminution de la diversité microbienne et une sur-représentation de certaines espèces comme Ruminococcus gnavus. Le gène HLA-B27 pourrait interagir avec cette dysbiose et influencer le déclenchement ou l’évolution de la maladie. Des modèles animaux et des observations cliniques suggèrent que l’inflammation intestinale et la perméabilité accrue peuvent favoriser l’activation des processus inflammatoires articulaires.

Selon les résultats de travaux Inserm et partenaires, une raréfaction de la diversité microbienne est observée chez les patients SpA et PR (polyarthrite rhumatoïde), et une forte proportion de R. gnavus est associée à l’activité de la maladie. Ces découvertes suggèrent que le microbiote intestinal pourrait jouer un rôle dans le processus inflammatoire et l’émergence des symptômes articulaires.

Effets indésirables et risques des probiotiques

Les probiotiques présentent une excellente tolérance chez les personnes en bonne santé et à très hautes doses, avec la plupart des effets secondaires étant bénins (gaz, ballonnements, transit modifié) et régressant en quelques jours à deux semaines. Toutefois, des précautions s’imposent:

  • risques d’infections systématiques rares mais documentés chez les patients immunodéprimés, chez ceux avec colonisation invasive ou cathéter veineux, ou après certaines interventions médicales;
  • risques d’endocardites ou de bactériémies décrits avec des souches comme Lactobacillus GG ou Saccharomyces boulardii dans des populations vulnérables;
  • prévalence plus élevée de complications chez les prématurés, les âgés, les patients hospitalisés ou immunodéprimés;
  • risque accru pour les patients atteints de pancréatite aiguë lors d’études spécifiques, avec une augmentation potentielle de la mortalité dans certains contextes;
  • résistance aux antibiotiques présente chez certaines souches, posant un enjeu de santé publique et nécessitant une surveillance.

En cas de pathologies intestinales ou de traitement immunosuppresseur, la prise de probiotiques doit être encadrée médicalement. Certaines souches peuvent être porteuses de résistances et leur usage doit être évalué individuellement.

Applications pratiques et conseils

Pour bénéficier des probiotiques, il est conseillé de privilégier les aliments fermentés (yaourt, kefir, choucroute, etc.) et d’envisager des compléments lorsque nécessaire, en respectant les posologies usuelles (en général 10 à 30 milliards de probiotiques par jour) et en clarifiant le moment d’ingestion (à jeun ou après le repas selon le produit). Les prébiotiques peuvent accompagner les probiotiques pour favoriser leur développement.

Dans le cadre de l’activité intestinale et immunitaire liée au microbiote, les probiotiques contribuent à l’équilibre du système et peuvent soutenir le bien-être général, notamment chez les personnes présentant des désordres digestifs ou des troubles fonctionnels de l’intestin.

  1. Emploi des probiotiques: privilégier des souches bien étudiées et adaptées à l’objectif recherché.
  2. Surveillance des effets: surveiller les symptômes digestifs et chercher un avis médical si les effets persistent ou s’aggravent.
  3. Cas particuliers: éviter les probiotiques chez les personnes immunodéprimées ou souffrant de pancréatite aiguë ou d’auto-immunité spécifique sans avis médical.
Infographie: prolifération et effets des probiotiques

Pour mieux comprendre le mécanisme des probiotiques, une visuelle présentant les niveaux muqueux, le microbiote et les interactions immunitaires peut être utile.

Notre microbiote nous domine-t-il ? | 42 - La réponse à presque tout | ARTE

Une courte vidéo peut illustrer les concepts clés: diversité microbiotique, métabolites et rôle des acides gras à chaîne courte dans l’immunité.

Tableau récapitulatif des points clés

AspectPoints essentiels
Ferments lactiquesBactéries productrices d’acide lactique, présents dans aliments fermentés et dans le microbiote humain
ProbiotiquesMicro-organismes vivants apportés par alimentation, interaction positive avec organisme, besoins de stabilité et gastro-résistance
Espèces courantesLactobacillus, Bifidobacterium, Streptococcus, Lactococcus
SpA et microbioteDysbiose associée, surreprésentation de Ruminococcus gnavus, rôle potentiel du microbiote dans l’inflammation
Effets indésirablesBallonnements et troubles temporaires; infections rares chez immunodéprimés; contre-indication dans certaines conditions

tags: #ferments #lactiques #spondylarthrite