Fer creux à braise et fer creux à lingot : histoire, usage et caractéristiques

Catherine vivait jour et nuit dans l'air étouffant de la mansarde où sa mère allumait du charbon dès le matin pour repasser du linge... » Cet extrait d'une nouvelle parue dans le Magasin pittoresque de 1875 rappelle qu'à cette époque beaucoup de fers à repasser marchent encore au charbon, rendant la tâche pénible.

Les « repassoirs » ne datent pas d'hier, et les Chinois de la dynastie Han se servaient de casseroles chauffées avec des braises ou du sable chaud dès le IIe siècle avant notre ère.

Le premier ustensile de repassage à chaud semble provenir de Chine, dès le 2ème siècle avant J.C. : la cassolette chinoise, en bronze, décorée de symboles divers en relations avec les éléments, comme le feu, ou les divinités.

De 10 à 15 cm de diamètre, avec une poignée de même longueur ou plus, elle est remplie de braises, ou pour les tissus plus fragiles, de sable chaud.

Les repassoirs utilisés à chaud font leur apparition en Europe autour du XVIe siècle : il s'agit de mettre une grosse masse de fer munie d'une poignée directement dans le feu de la cheminée.

L'inconvénient : le fer qui repasse le linge est sale, et sa manipulation dangereuse.

Des forgerons inventent alors des fers creux en forme de bateau, chargés de braises, tandis que d'autres mettent au point le fer creux à lingot en forme de barquette et de langue de boeuf, dans lequel on introduit un morceau de métal brûlant.

Types et caractéristiques des fers creux

Les fers ou bateaux à braises sont en tôle ou en fer forgé.

Comme leur nom l'indique, ce sont des "boîtes" dans lesquelles on introduit de la braise de charbon de bois.

Des ouvertures, sur les côtés ou à l'arrière, facilitent la combustion qui peut être activée par un mouvement de balancement.

L'utilisation de la braise n'est pas sans conséquence.

Le dégagement d'oxyde de carbone est source de malaises, de maux de tête pour la repasseuse : certains fers sont munis d'une cheminée, fixe ou non, qui permet de dévier les gaz de combustion.

Par ailleurs, les braises donnent des cendres qui peuvent salir les tissus.

On retrouve très souvent les dauphins comme ornementation des fers à repasse.

Bien qu'il soit d'origine industrielle, il conserve une certaine finesse et une bonne finition au niveau des sculptures.

On distingue la trappe pour éliminer les cendres, éventuellement activer la combustion, et la grille pour recevoir les braises.

Le coq sert de bouton de fermeture du couvercle.

Cette fois, il s’agissait d’une masse de fer en forme de bateau, à l’intérieur de laquelle on pouvait disposer la braise pour chauffer directement le fer.

Cette fois, il s’agissait d’une masse de fer en forme de bateau, à l’intérieur de laquelle on pouvait disposer la braise pour chauffer directement le fer.

Les fers ou barquettes à lingot présentent un énorme avantage par rapport aux précédents : ils sont à peu près propres et, surtout, ils n'émettent pas de gaz toxiques.

Ils sont en laiton, en bronze, en tôle, en fer ou en fonte.

Ils comprennent normalement deux lingots en fer : l'un est dans la barquette, l'autre chauffe : un gain de temps remarquable.

Il est souvent percé d'un trou qui permet de manipuler avec un crochet.

Les plus anciens datent du XVIe siècle.

Plus légers que les précédents, s'adaptant aux nouveaux tissus comme le coton et à l'évolution de la mode suivant l'influence de la mode italienne, ils sont souvent finement décorés.

Fer, porte-fer et support de la poignée ont la même décoration.

Les langues de bœuf sont des fers à lingot dont la forme rappelle la langue de bœuf, d'où leur nom.

Ils apparaissent, également, au XVIIe siècle en Europe du Nord et en Allemagne.

Plus lourds que les barquettes, ils sont utilisés pour les tissus moins délicats que la dentelle, le coton ou la soie.

Les premiers sont en fer forgé.

On a là un gros fer langue de bœuf, peu décoré, avec une porte à pivot latéral et un lingot troué pour en faciliter la manipulation.

Sur la semelle, à l'intérieur, on peut voir la lettre "D".

Plus légers que les précédents, s'adaptant aux nouveaux tissus comme le coton et à l'évolution de la mode suivant l'influence de la mode italienne, ils sont souvent finement décorés.

Usage pratique et ergonomie

Comme tout fer à repasser, son rôle est de défroisser le linge en le passant sur la partie froissée.

La chaleur emmagasinée par la masse de fer était transférée sur le vêtement froissé, ce qui facilitait l'élimination des plis.

La poignée, en forme de têtes de dauphins opposées, est pleine.

La poignée est en fer, vissée sur le dos de la semelle.

La poignée, en forme de têtes de dauphins opposées, est pleine.

La poignée repose sur deux supports alors que celle d'une langue de bœuf n'en a, en théorie, qu'un.

Certains modèles sont munis d'une porte-guillotine ou d'une porte à pivot latéral pour insérer ou retirer le lingot chauffé.

Il est souvent percé d'un trou qui permet de manipuler avec un crochet.

La manipulation reste dangereuse et la repasseuse doit avoir les mains très propres et porter un tablier blanc, pour ne pas défraîchir le linge qu'elle a à manier.

Risques et solutions d'époque

L'utilisation de la braise n'est pas sans conséquence.

Le dégagement d'oxyde de carbone est source de malaises, de maux de tête pour la repasseuse : certains fers sont munis d'une cheminée, fixe ou non, qui permet de dévier les gaz de combustion.

Par ailleurs, les braises donnent des cendres qui peuvent salir les tissus.

La chaleur des braises de charbon incandescentes se répandait par le métal, bon conducteur de chaleur, ainsi qu’à travers le travail repercé du couvercle.

À la fin du siècle des Lumières, l’usage du charbon dans la chambre à coucher sera progressivement remplacé par l’utilisation d’eau chaude ; entre autre pour l’élimination du danger d’incendie et la conservation prolongée de la chaleur.

Évolution technique et concurrence industrielle

Ainsi qu'au XIXe siècle les fers en fonte se généralisent, des Américains inventent la table à repasser, telle qu'on la connaît aujourd'hui, facilitant le repassage des manches de chemise (brevets de 1858 et 1892).

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les innovations sont légion, comme ces fers raccordés à une arrivée de gaz.

Un inventeur farfelu propose même un fer qui, « relié à la bouilloire à thé par un tuyau, serait chauffé par la vapeur ».

La révolution survient avec l'avènement du fer électrique, dont on prête l'invention au New-Yorkais Henry W. Weely en 1882.

Léonce Trouilhet présente les premiers fers à repasser électriques aux Français en 1913.

Il fonde la société Calor en 1917, qui présente une gamme de modèles de voyage, de ménage, d'atelier ou de tailleur.

Le premier fer électrique à vapeur est lancé en 1926 à New York, et anticipe le célèbre Vapomatic, qui apparaît en France en 1954.

En cette fin de siècle apparaissent d'autres moyens de chauffage, là encore en relation avec les découvertes scientifiques et l'amélioration du confort dans les demeures privées.

La révolution technologique arrive finalement en 1890 avec l'invention du fer électrique.

Le fer électrique va évoluer dans son aspect. La surface de la semelle devient plus importante. La forme est plus aérodynamique. Les matériaux changent également.

Variantes spécialisées et usages professionnels

Le fer à coque est utilisé pour les manches ballons, les bonnets, mais aussi les chapeaux.

Ce type de fer apparaît au XVIIIe siècle et succède au fer girafe dans lequel la tête est cylindrique, légèrement coudée.

D'autres fers doivent leur invention à la mode. C'est le cas des fers à tuyauter ou à gaufrer utilisés pour la réalisation de ce col particulièrement prisé, fin XVIe siècle, par la cour d'Henri III, la fraise.

Le chauffage est obtenu à l'aide d'un lingot de même forme que le "cigare".

Le fer à glacer permet de donner à certaines parties d'un vêtement, surtout masculin, un aspect poli et brillant.

La semelle est trapézoïdale, à talon arrondi.

D'autres fers sont à usage professionnel : le chapelier dispose de nombreux modèles de forme variable adaptée à la fonction.

Autre fer de petite taille, le fer kabyle est utilisé par la blanchisseuse pour repasser des parties de vêtement difficiles à atteindre à cause de leur petite taille.

Pour la même raison, il sert à la modiste.

Conservation, nettoyage et collection

Saviez-vous que les collectionneurs de fers à repasser anciens s'appellent des pressophiles ou des sidérophiles ?

Pour nettoyer un fer rouillé ou Sali, ou qui a collé à une pièce amidonnée, le frotter lorsqu'il est chaud, avec un morceau de cire jaune enveloppée d'un chiffon, puis sur un papier de verre demi gros, ou sur un papier grossier saupoudré de sel fin.

L'essuyer avec soin pour terminer.

Ranger les fers à l'abri de tout ce qui peut les salir ou en altérer le poli.

Pour un ménage, le matériel nécessaire est assez impressionnant en ce début de XXè siècle : 4 fers ordinaires avec une poignée ; 1 fer à glacer, à talon, avec une poignée souple ; 2 fers polonais, avec une petite poignée souple ; 3 fers à coques (petit, moyen, gros) ; 4 fers à tuyauter, de grosseur moyenne ; 1 pied à manches ; 1 pied à bonnets ; 2 planches à jupons (1 petite, une grande) ; 1 planche à glacer ; 1 porte-fer ; 1 lange de laine et des chiffons propres ; 1 nouet de cire jaune ; papier de verre (n° 5) et toile émeri fine.

On peut encore ajouter un porte-fer pour ne pas brûler la table. Enfin, pour être complet, ajoutons la table à repasser qui, à l'époque, n'est qu'une planche habillée de plusieurs épaisseurs de molleton, enveloppées dans un linge bien blanc en coton… et le fourneau indispensable pour chauffer les fers.

Illustrations et ressources visuelles

fer bateau à braise en fer forgé, détail de la trappe et décoration

barquette à lingot en laiton, poignée et porte-guillotine

Comment les Gaulois fabriquaient du fer (Sarthe)

Tableau récapitulatif (caractéristiques principales)

Type Matériaux Chauffage Avantages Inconvénients
Fer bateau à braise Tôle, fer forgé Braises de charbon Chauffe prolongé Gaz toxiques, cendres salissantes
Barquette à lingot Laiton, bronze, fer, fonte Lingot chauffé Plus propre, mobilité des lingots Manipulation délicate, chaleur localisée
Langue de bœuf Fer forgé Lingot chauffé Bonne inertie, adapté aux tissus lourds Lourd, moins adapté aux tissus fins

Nous n'avons trouvé qu'un seul document remarquable pour évoquer cette histoire : "Les Fers à repasser", d'Edith MANNONI, aux éditions Massin, de 1996.

Nous avons obtenu, également, quelques informations pratiques, parfois savoureuses, dans le "Nouveau Dictionnaire de la vie pratique", librairie Hachette, de 1923.

Pour commencer, remontons à l'Antiquité. Quelques découvertes archéologiques laissent supposer que des instruments en pierre, en marbre, en terre cuite, en bois, ou en os, en corne dans certains pays du Nord, sont utilisés pour lisser les tissus préalablement empesés avec une gomme, comme la gomme arabique : les plis effectués à la main sont fixés par frottements répétés, a priori, à froid, avec un ustensile lourd.

C'est ce que nous évoquons avec cette première photo de pierres trouvées dans un jardin, lourdes, tenant dans la main et plus ou moins triangulaires.

Autre "copie", ce lissoir en terre séchée (avec les moyens du bord) est inspiré d'un modèle présenté par E. Mannoni.

La forme générale et la disposition des creux permettent de le tenir de la main droite.

Ce lissoir, plan et poli à sa base, peut avoir différentes formes, avec une poignée, donc proche de nos fers actuels ou comme un champignon, en verre : la tête sert à lisser, le pied sert de poignée.

On rencontre des vêtements plissés, en lin, dans les peintures des tombes des pharaons égyptiens et plus tard, dans la statuaire grecque.

La calandre est un rouleau (proche du rouleau à pâtisserie).

La planche à calandrer mesure 60 - 80 cm de longueur par 10 - 15 cm de largeur ; elle est parfois pourvue d'une magnifique poignée en forme de cheval.

Le linge plat, humide, est enroulé autour de la calandre que l'on déplace sur une table, dans un va-et-vient, avec la planche sur laquelle on appuie très fort.

Le calandrage ou manglage a surtout été utilisé dans les pays du nord de l'Europe.

Le repassage des linges remonte, sans doute, à des temps très anciens.

Encore faut-il s'entendre sur le mot repassage. Aujourd'hui, ce mot désigne surtout une action qui va lisser un tissu froissé : chemise, pantalon, lingerie courante, nappe…

Si l'on remonte dans le temps, on s'aperçoit que cette même action varie en fonction de la mode et des tissus employés.

Le repassage étant l’une des activités qui existaient depuis la nuit des temps, nous sommes nombreux à nous poser des questions sur le fonctionnement des fers à repasser avant l’électricité.

tags: #fer #creux #a #braise #cuivre