Beaucoup en France sont de grands consommateurs de bonbons japonais, si colorés, si étranges, si bons. De nombreux influenceurs en ont fait commerce pendant des années, dont Candysan, le plus connu. Mais il y a quelques mois, nous avons été alertés sur la composition potentiellement toxique de certains bonbons japonais importés en masse en France, via des « influenceurs Japon » principalement. Nous avons mené notre enquête pour obtenir, notamment grâce au travail d’une collaboratrice japonaise et d’une source exclusive, des précisions sur ces ingrédients en question.
Cadre global de la confiserie japonaise et portée internationale
Au sommet des ventes de bonbons dans le monde se situent évidemment les Etats-Unis et l’Allemagne, respectivement à l’origine des fameux Skittles et Haribo. Bien qu’ils soient historiquement concurrencés par le Brésil, le Royaume-Uni ou encore l’Italie, le Japon n’est pas en reste avec une production qui atteint en 2021 près de 175 milliards de yens et dont la vente nationale au détail s’élève la même année à environ 233 milliards de yens. Mais le bonbon Japonais est aussi très populaire à l’étranger où il est exporté chaque année à hauteur de plusieurs milliers de tonnes (pas moins de 7100 en 2022).
En effet, le phénomène n’a sans doute échappé à personne : les promotions d’influenceurs sur les réseaux ou les boutiques dédiées aux bonbons japonais fleurissent depuis quelques années partout dans le monde, particulièrement en Asie, aux États-Unis et en Europe. D’autant que la France fait partie, derrière la Suède, le Danemark, l’Allemagne et la Finlande, du top 10 des pays les plus consommateurs de confiseries au monde avec un peu plus de 3 kg de bonbons par habitant et par an en 2014. Le paysage est donc riche mais complexe, mêlant fascination culturelle et enjeux de sécurité sanitaire.
Popularité et diversité des bonbons japonais
En France, la tendance est indéniable, notamment autour des bonbons japonais qui sortent de l’ordinaire : originaux, « Kawai », ou dont les goûts sont aussi rares qu’improbables aux yeux de la culture occidentale. Wagashi traditionnels, mais aussi KitKat aux goûts exotiques de « thé matcha » ou de « daifuku », Pocky saveurs fruits et caramel à la fraise, sucreries aux fruits de mer, poudres et autres matières improbables, drôles de gelées en formes de créatures fantastiques, bonbons goodies à l’effigie de célèbres personnages de la pop nippone… le paysage excentrique et unique des bonbons japonais est ainsi devenu très populaire auprès des consommateurs français, faisant incontestablement rayonner une partie de la culture japonaise dans l’hexagone.
D’ailleurs, la France se distingue par une consommation de confiseries notable, faisant écho au rang mondial de l’offre. Cette effervescence, pourtant, masque des zones d’ombre relatives à la sécurité et à la transparence des ingrédients, comme nous le démontrons ci-après.
Réglementation et surveillance des additifs
Les exploitants (fabricants ou importateurs) de bonbons respectent-ils les normes de sécurité alimentaire internationales, mais également françaises ou européennes ? Attention : faute de moyen et de temps devant l’ampleur de la situation, nous n’avons pu faire analyser qu’une douzaine de produits les plus populaires. 40% de notre échantillon s’est révélé problématique.
En effet, au sein des confiseries japonaises figurent certains produits qui vont de l’opacité totale quant à leur composition jusqu’à la présence avérée d’ingrédients cancérogènes et de perturbateurs endocriniens entièrement proscrits dans l’Hexagone. Avant tout, notons que le Japon n’est pas totalement sans surveillance concernant ses additifs alimentaires, principalement par le biais du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales qui liste et juge de l’admissibilité des additifs alimentaires selon la loi FSA de 1947 sur la sécurité alimentaire régissant la sécurité et l’hygiène alimentaires dans le pays. Si rien ne prouve que le Japon serait plus laxiste qu’un autre, le pays reste très imprécis sur l’affichage des ingrédients des produits industriels.
Par exemple, certains additifs opaques posent déjà question, mais le pire est à venir avec les colorants et d’autres additifs controversés. Parmi les additifs cités, on retrouve le Dioxyde de titane E171, le Jaune orangé S E110, le Rouge allura AC E129, le Tartrazine E102 et le Bleu brillant FCF E133. En 2022, l’Union européenne l’a interdit à son tour dans les aliments, en raison de sa génotoxicité potentielle et du risque de cancer. En France, Outre les produits alimentaires visés par l’interdiction, il reste présent dans certains cosmétiques et dans plus de 4 000 médicaments. Ce colorant est autorisé dans d’autres pays, dont le Japon, selon les listes officielles révisées. Quant au Jaune orangé S E110, sa dose journalière admissible est faible et des incertitudes persistent sur sa cancérogénicité selon différentes organisations, avec des impacts potentiels sur l’hyperactivité chez l’enfant lorsque combiné avec d’autres additifs.
Depuis juillet 2010, le parlement Européen a ainsi ordonné que la présence de Jaune orangé S soit complétée de la mention: « peut causer des troubles de l’attention et du comportement chez les enfants ». D’autre part, le jaune de gardénia n’est pas autorisé dans l’Union Européenne à cause de composants allergènes notables, bien qu’il soit admis au Japon en tant que colorant naturel. Quant à l’anthocyane E163 et les flavonoïdes, ils ne posent pas de problème majeur, même si une prudence est de mise avec le premier. Comme le rappelle Codex Alimentarius, de nombreux additifs présentent des origines naturelles douteuses une fois transformés.
Pour les chips de pommes de terre au poivre Bourbon, par exemple, l’huile de plante non spécifiée et le Dioxyde de silicium E551 sont présents et discutables du fait de leur nature nanoparticulaire. Des études in vitro évoquent un possible effet toxique des nanoparticules de silice sur certaines cellules intestinales. Face à ces éléments, la DGCCRF maintient une surveillance accrue des confiseries importées, notamment à partir de l’examen des sites des fabricants et des flux d’importations.
Impact des influenceurs et cas d’importation en France
40% de l’échantillon analysé présente des problématiques claires, et certains additifs ne sont interdits qu’en UE ou en France, tout en étant autorisés dans d’autres pays comme le Japon. Cette situation s’accompagne d’opacité sur les ingrédients, parfois non traduits, et d’un manque de transparence vis-à-vis du consommateur.
Par ailleurs, la figure de Candysan et d’autres influenceurs qui ont promu les bonbons japonais en France illustre le lien étroit entre culture populaire et commerce international. Parmi les personnalités francophones, le plus connu est le youtubeur « Ici Japon » dirigé par Benoît (Tev). Sa boutique Candysan proposait depuis 2012 d’importer des bonbons japonais en France et a connu une fermeture au début 2023 après une décennie d’activité. Le phénomène révèle les tensions entre promotion marketing et sécurité sanitaire.
Une source douanière rappelle que les lots de bonbons rejetés l’ont été pour des raisons de sécurité alimentaire, et non pas en raison d’un durcissement général des réglementations. Selon l’article 8, chapitre III - L304/27 du Règlement (UE) No 1169/2011, l’exploitant est responsable des informations sur les denrées alimentaires et l’importateur sur le marché de l’Union lorsqu’il n’est pas établi dans l’Union.
Nos correspondants au Japon publient un communiqué transmettant une position éthique: « Il y a quelques mois, nous avons décidé de supprimer la boite cadeau « bonbons japonais ». Pas question de faire peser le moindre risque à notre communauté. Votre santé vaut plus que de l’argent ». Cette transparence n’a pas été largement relayée sur le web francophone, et certains bonbons continuent aujourd’hui d’être commercialisés dans l’indifférence relative.
Recommandations et perspectives
Il serait souhaitable d’aller plus loin, avec plus de moyens, pour mieux lister l’ensemble des bonbons contenant des ingrédients problématiques et pour exiger une information claire et complète des importateurs et distributeurs. Les médias, influenceurs et marques, du fait de leur influence, ont une responsabilité accrue en matière d’information et de sécurité. L’enquête souligne l’importance d’un véritable dialogue avec les autorités et les fabricants pour protéger les consommateurs, notamment les enfants, face à des substances potentiellement dangereuses et à des pratiques d’étiquetage peu transparentes.
Éléments clés à retenir
- Les colorants controversés et certains additifs posent problème en UE et France; leur affichage n’est pas toujours clair dans les produits importés.
- La DGCCRF et d’autres autorités renforcent le contrôle des lots importés de confiseries japonaises.
- La transparence des étiquetages et la traçabilité des ingrédients doivent devenir une priorité pour les importateurs et influenceurs.

L’effroyable MANIPULATION de notre alimentation (influenceurs, lobbys, politiques...)
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