Brun caramel, porcelaine couleur: histoire et usages

La couleur s'expose au musée ! L’exposition Au cœur de la couleur dévoile la longue histoire de la porcelaine et des couleurs de grand feu en Chine entre les 8e et 18e siècles. Fruits de siècles de perfectionnement, plus de 250 chefs issus de l’extraordinaire collection Zhuyuetang de Richard Kan (Hong-Kong) et de celle du musée Guimet, illustrent le goût chinois pour la simplicité formelle et la pureté des coloris. La Chine est riche d’une variété infinie de terres - notamment des argiles - qui, après façonnage et cuisson à haute température, permettent de fabriquer des récipients très résistants, utiles dans la vie quotidienne.

Utilisées depuis des millénaires et réputées dans le monde entier, ces argiles contiennent du fer et des oxydes qui s’expriment sous forme de différentes couleurs brunes, roses, grises ou claires après cuisson. L’éventail des couleurs des céramiques présentées dans cette exposition a été obtenu grâce à un travail de précision sur les compositions des couvertes et des glaçures, les températures et les atmosphères de cuisson du four (riche ou pauvre en oxygène). Les couleurs varient selon les pigments utilisés. Ainsi, le fer permet une très grande gamme de teintes allant du noir au jaune en passant par le brun et le vert. Le cuivre donne des verts, des bleus et des rouges. Sans surprise, le cobalt donne du bleu. Le manganèse est riche en bruns et violets, quand l’or donne du rose et du mauve.

« Si les porcelaines de Xing peuvent être comparées à la neige, alors les grès de Yue sont comparables à la glace. Peut-être l’expression la plus parfaite de la porcelaine chinoise. Des blancs qui peuvent sembler similaires à un œil distrait, mais qui sont en réalité infiniment variés; dans une palette qui s’étend d’un blanc froid à la couleur ivoire, certaines pièces ont même des teintes bleutées. « Blanc d’œuf », « blanc sucré », les blancs jouent avec la lumière, du mat au brillant, associés à la notion de pureté. Très appréciées dès le 8e siècle, sous la dynastie Tang, les porcelaines blanches font alors leur entrée à la cour impériale et sont exportées jusqu’au Japon et en Corée.

Au 15e siècle, on utilise la vaisselle blanche pour les rituels en hommage aux ancêtres défunts de la famille impériale et en hommage à la Lune. « Corps noir, craquelé comme de la glace, onctueux comme le jade. Maîtrisées en Chine depuis des millénaires et comparées au matériau le plus précieux pour les Chinois, le jade, les couvertes vert céladon varient du brun au vert en passant par de subtils bleu-gris; des teintes provenant du fer contenu dans l’argile et dans les cendres utilisées pour le mélange qui couvrira les récipients produits en grande quantité dans les fours de Yaozhou dans le nord de la Chine et les fours de Yue et de Longquan dans le sud (dont la production continue de nos jours depuis le Xe siècle).

Seules les plus belles pièces à la couverture homogène et crémeuse étaient réservées à l’empeureur et parfois envoyées en offrande dans les temples et les pagodes contenant des reliques sacrées du Bouddha ou de moines. Les empereurs de la dynastie des Song du Nord (960-1127) réservaient les pièces des fours du comté de Ruzhou, dans la province du Henan, à la couverte bleu d’eau finement craquelée. Dans le domaine des céramiques, ces teintes sont obtenues à partir d’oxydes de cuivre. Probablement venue du Moyen-Orient, la recette des glaçures vertes met en œuvre du sable et du plomb. Ne supportant pas les hautes températures des fours à 1200 °C, le vert a donc longtemps été utilisé uniquement sur de la poterie cuite au maximum à 950 °C. Très fragiles, ces pièces servaient surtout de matériel funéraire.

La couleur verte manquant cruellement à la palette des peintres sur porcelaine, on tenta donc de l’apprivoiser à l’époque Ming (1368-1644) avec une seconde cuisson à petit feu, pour le décor. Il fallut attendre 1705 pour créer de nouvelles teintes de vert, en particulier un vert clair. Il en va de même pour la couleur bleu turquoise. D'abord cantonnée aux cuissons de basse température, elle est adaptée sur porcelaine au XVè siècle par les ateliers impériaux de Jingdezhen. Cette couleur considérée en Chine comme appartenant à la gamme des verts, est comparée aux plumes du paon et du martin-pêcheur, deux oiseaux très admirés.

La couleur indigo est symbole de tranquillité et de mystère et représente l'harmonie et l'intuition. On y lit aussi le calme du bleu et l'énergie cinétique du rouge. Ce ton bleu foncé provient du cobalt, un pigment rare et cher importé en Chine depuis le Moyen-Orient à l’époque de la dynastie Tang (618-907). Réservé aux objets luxueux, l’usage du cobalt faisait l’objet d’un contrôle strict. Sous les dynasties Yuan et Ming, aux 14e et 15e siècles, les monochromes bleus étaient produits pour un usage princier et servaient de vaisselle lors des rituels d’État, dont le très important “sacrifice” au Ciel, pratiqué la veille du solstice d’hiver et censé fonder la légitimité de l’empereur. Dans le temple du Ciel, la vaisselle, les tuiles et les tissus étaient bleus.

Au début du 18e siècle, souhaitant confronter ses artisans à des chefs-d’œuvre anciens, l’empereur Yongzheng (r. 1723-1735) demande aux ateliers impériaux de Jingdezhen d’étudier les pièces très précieuses de la collection impériale. Les potiers créent alors des vases aux tonalités bleu-vert imitant les légendaires couvertes ru et guan de l’époque Song (960-1279). Très tôt, sous la dynastie Tang (618-907), de très beaux monochromes noirs sont produits dans les fours du nord de la Chine grâce au fer présent en grande quantité dans la couverte. Pour obtenir un rendu de couleur brillant, dense et velouté, ces noirs exigent une température de cuisson très élevée, autour de 1200 °C, loin des tons bruns ou verdâtres produits à une température inférieure. Dans les arts de la table, on les associait à des laques noires extrêmement raffinées. Les monochromes noirs atteignent leur apogée entre le 11e et le 13e siècle, à l’époque des dynasties Song et Jin, avant de tomber en désuétude et de faire un retour remarqué au 18e siècle, à une époque où les empereurs Qing demandent aux ateliers de Jingdezhen de reproduire les couvertes anciennes. Ces nouveaux noirs sont appelés « noir miroir » ou « métal noir » en hommage à la couleur des bronzes anciens. Ils ont une composition différente de celle des productions antérieures par un ajout de cobalt et de manganèse au minerai de fer.

De nos jours en Chine, la couleur rouge est la couleur des fêtes et du bonheur. Cette symbolique est liée à celle du feu et du soleil. Au début de la dynastie Ming, l’empereur Hongwu (1368-1398) décida d’utiliser des récipients en porcelaine pour les rituels officiels, ce qui obligea les ateliers de Jingdezhen à produire des porcelaines parfaites, sans défaut. Le colorant utilisé pour obtenir ce beau rouge est le cuivre. Or le rouge de cuivre est une couleur instable, volatile, qui ne peut être obtenue que dans des conditions particulières de composition de la couverte et de cuisson. L’atmosphère du four doit être pauvre en oxygène et la température très élevée. Si l’atmosphère du four est riche en oxygène, le cuivre donne une couleur verte. Aucun potier ne peut se vanter d’être sûr de réussir un rouge de cuivre. Les plus beaux monochromes rouges furent mis au point au 15e siècle, sous l’empereur Xuande (r. 1426-1435). La technique, si difficile, semble s’être perdue rapidement, tandis que les rituels impériaux en hommage au Soleil perdaient en importance.

En Chine, la couleur jaune est associée à la Terre et ceci dès le premier millénaire avant notre ère, lié au fait que, dans ce pays, de nombreuses terres sont jaunes. La Terre et le Ciel sont des éléments centraux de la cosmologie chinoise, et dans la tradition inaugurée par Confucius (551-479 avant notre ère), le Ciel, la Terre et la société sont liés : il revient à l’empereur de veiller à leur équilibre. Des matériaux de cette couleur, en premier lieu des jades ambrés, étaient utilisés lors de rituels dédiés à cette entité primordiale. Les premières céramiques à couverte jaune étaient fabriquées à partir de sables argileux, de cendres de fougères et de chaux, et doivent leur couleur de miel au fer. À la fin du 14e siècle, les ateliers impériaux développèrent les décors jaune de fer sur porcelaine. Réservés à l’empereur, les objets jaunes servaient aussi pour les rituels d’État honorant la Terre.

Dans les fours de Ding et de Yaozhou au nord de la Chine que l’on produit de magnifiques porcelaines brun-roux aux 11e et 12e siècles. Présent dans la plupart des argiles, et à l’origine des couleurs brune, noire et verte, le fer cristallise à la surface de la couverte lors de la phase finale de la cuisson, au cours du refroidissement, et en présence d’oxygène. Très abondant, on peut l’obtenir facilement, mais réussir une belle couverte brune, opaque et homogène reste difficile. C’est tout le talent des potiers de l’époque Song passés maîtres en la matière. Les formes et les couleurs des céramiques brunes et noires de cette époque s’inspirent de celles des objets en laque ou des bronzes patinés par le temps.

Au début du 18e siècle, le père jésuite François-Xavier d’Entrecolles décrivit les récentes découvertes des ateliers de potiers de la ville de Jingdezhen. Il évoque une couverte appelée tse-kinveou (vernis d'or bruni) dont il compara la couleur à celle du bronze, du café, et à celle des feuilles mortes. Célèbre dans le monde entier, la porcelaine est longtemps restée une exclusivité de la Chine, l’Europe ne perçant son secret qu’au 18e siècle. La porcelaine monochrome - c’est-à-dire revêtue d’une seule couleur - représente l’expression la plus haute de la perfection technique de cet art, exigeant une grande pureté des matériaux et un contrôle absolu des gestes et de la cuisson.

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À mi-chemin entre le brun doré et l’ocre, la couleur caramel séduit par son élégance naturelle et sa chaleur enveloppante. Inspirée des teintes terreuses, elle apporte une ambiance douce et réconfortante à nos intérieurs. Mais comment bien l’adopter sans alourdir son décor ? Chaleureuse et enveloppante : Elle crée une atmosphère cosy et réconfortante. Naturelle et apaisante : Inspirée des nuances de la terre, elle apporte une touche d’authenticité. Polyvalente : Elle se marie aussi bien avec des tons neutres que des couleurs plus intenses. Oser le caramel sur les murs, c’est choisir une couleur profonde et chaleureuse qui transforme immédiatement une pièce.

  1. Idéale pour un la déco d’un salon, une déco d’une chambre ou un bureau, elle crée une atmosphère cocooning et raffinée.
  2. Astuce déco : Associez un mur caramel avec des touches de blanc cassé ou d’ivoire pour adoucir l’ensemble et éviter un effet trop sombre.
  3. Un canapé en velours caramel, une tête de lit en cuir cognac, des rideaux en lin brun doré… Ce sont des éléments qui feront la différence et donneront de la personnalité à votre intérieur.

Ne vous laissez pas impressionner par le caractère affirmé de cette couleur, rappelez-vous, tout n’est qu’une question d’équilibre ! Le caramel s’associe facilement avec une large palette de couleurs, lui permettant de s’adapter à différents styles :

  • Avec du beige ou de l’ivoire : contraste et sublimation des tons neutres, parfait pour un effet chaleureux.
  • Avec du doré ou du laiton : ambiance chic et lumineuse, touches texturées pour dynamiser la pièce.
  • Avec du noir ou du gris anthracite : style contemporain et structuré, plus tamisé.

Parmi les exemples décoratifs, on peut imaginer tapis berbère écru, canapé caramel, coussins en lin beige sur fauteuil velours brun doré, mobilier en bois brut et chaises en suédine caramel, ou encore papier peint dans la même tonalité pour créer une unité visuelle. Le choix de peindre le mur du fond en caramel peut aussi devenir le cadre doux et chaleureux d’une chambre d’enfant. La couleur caramel demeure une teinte chaude et universelle, adaptée à un intérieur contemporain et accueillant, tout en restant discrète et élégante.

graphique des couleurs de céramique chinoise par oxydes

Tag image et vidéo sont utilisés pour enrichir l’article lorsque pertinent et non pour saturer le texte. Par ailleurs, la couleur caramel est une famille de nuances située entre le brun doré et l’ocre, apportant chaleur et lumière sans excès, ce qui en fait une option privilégiée pour des espaces domestiques contemporains.

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