Protecteur de Sicile où il règne en despote, Verrès, collectionneur maniaque, dépouille le pays de ses plus belles œuvres d'art : fourberies, cruautés, tout lui est bon. Mais son mandat expire, il est mis en accusation. Contre lui, se dresse Cicéron qui va faire son enquête sur place. Puis, implacable, il ouvre le dossier de la plus gigantesque affaire de concussion de l’Antiquité. Début de l’introduction : « L’affaire Verrès est très complexe, en raison de ses incidences politiques, de la personnalité curieuse de l’accusé et des motifs de l’accusation : son retentissement jusqu’à nos jours, où elle soulève encore des polémiques, est évidemment dû au talent de Cicéron qui ne lui a pas consacré moins de sept discours, dont deux seulement ont été réellement prononcés, le Contre Caecilius et la Première Action contre Verrès. L’exil spontané du prévenu ayant interrompu les débats, Cicéron publia ensuite la Seconde Action contre Verrès qui comprend cinq discours ou livres. Dans le premier (sur la préture urbaine), il est question des honteux trafics de Verrès, préteur à Rome ; dans le second (sur la façon dont Verrès rendit la justice en Sicile), des iniquités qu’il a commises dans les affaires judiciaires, pendant sa propréture ; dans le troisième, de ses malversations dans la perception des impôts et les approvisionnements en blé. Le quatrième : Les Œuvres d’Art, montre Verrès collectionnant les richesses artistiques aux dépens de ses administrés. Le cinquième : Des Supplices, flétrit en Verrès le mauvais général usant de façon inique et cruelle de son droit de supplices. Ces deux derniers discours sont les plus justement célèbres de l’ensemble des Verrines.»
Contexte et acteurs
- Cicéron, orateur et avocat romain du Ier siècle av. J.-C., « le premier avocat de l’idée d’humanité » selon Stefan Zweig, et figure centrale des Verrines.
- Verrès, propréteur et préteur urbain en Sicile, accusé de concussion, de pillage et de dévoiement des autorités publiques.
- Caecilius, adversaire politique et accusateur choisi par les partisans de Verrès, initialement chargé par les ennemis de Verrès de porter l’accusation.
- Contexte politique: les procès civils et les grands enjeux de la judicature opposaient aristocrates et chevaliers autour de réformes judiciaires et de l’influence des jurys.
En Sicile, Cicéron mène une enquête minutieuse: il s’embarque en hiver pour réunir témoignages, documents et pièces comptables, et rencontre des populations locales frappées par les abus du préteur. Les Siciliens, des villes aux habitants et paysans, témoignent des violences et des vols opérés par Verrès, tandis que les villes elles-mêmes ouvrent leurs archives et rendent accessible l’information nécessaire à l’accusation. Au bout de cinquante jours, Cicéron réunit des preuves suffisantes et fait venir les documents administratifs à Rome pour soutenir son dossier.
Les structures des Verrines et leur articulation
Les Verrines forment une série de cinq discours (ou livres) consacrés chacun à un thème précis, et adaptés comme s’ils avaient été prononcés en public avec des dialogues fictifs alternant accusations, défense et témoins. Le premier livre, sur la préture urbaine, expose les « honteux trafics » de Verrès à Rome; le second livre décrit les iniquités dans l’administration judiciaire sicilienne pendant sa propréture; le troisième livre traite des malversations liées à la perception des impôts et à l’approvisionnement en blé. Le quatrième livre, Les Œuvres d’Art, montre Verrès accumuler les richesses artistiques au détriment des administrés; le cinquième livre, des Supplices, dénonce son traitement cruel et injuste des prisonniers et des ennemis politiques. Ces deux derniers discours restent les plus célèbres de l’ensemble des Verrines et donnent le ton d’un réquisitoire qui mêle description factuelle et démonstration moralisatrice.
Les arguments centraux et les thèmes récurrents
- Découverte et exposition des malversations: les crimes de Verrès ne se limitent pas à des actes isolés mais dessinent un système d’exploitation des provinces, des impôts et des jugements.
- Conflit entre pouvoir personnel et institutions: les Verrines theorisent une critique des institutions de la fin de la République, où le pouvoir se transmet par le nom et la lignée plutôt que par le mérite.
- Bijouterie du pouvoir et appropriation des richesses: Verrès collecte les œuvres d’art et les trésors siciliens, ce qui symbolise l’écart entre les élites et les administrés.
- Procès et tactiques rhétoriques: Cicéron, maître de l’éloquence, structure son discours pour convaincre le public et détourner les jeux de pouvoir en sa faveur, tout en illustrant les contradictions du système judiciaire de l’époque.
Incidence politique et héritage
La condamnation de Verrès et les réformes qui s’ensuivent, notamment la loi Aurélia qui réorganise les tribunaux en un tiers chacun de sénateurs, chevaliers et tribuns du Trésor, marquent une étape majeure dans la transformation du système judiciaire romain. Cicéron, par sa stratégie et son récit, persuade le public et influence durablement la perception des institutions et des privilèges aristocratiques. Les Verrines demeurent ainsi un document majeur pour comprendre l’administration romaine des territoires conquis et pour saisir les mécanismes de pouvoir, de corruption et de rhétorique politique dans la République tardive.
Histoire littéraire et traduction
Le travail de traduction et d’édition des Verrines a connu des rééditions et des interprétations variées, comme l’indique Germaine Roussel pour la traductrice et les éditions françaises modernes qui présentent le texte avec des notes et une traduction accessible, tout en proposant des textes intégrés et des échanges entre personnages pour dynamiser l’intelligibilité du discours oratoire antique.

Les Verrines restent un des documents les plus importants de la littérature latine pour comprendre l’administration romaine sur les territoires conquis et les mécanismes de la justice et du pouvoir. Le portrait de Verrès, à travers les discours de Cicéron, est celui d’un pouvoir débridé et d’un homme qui incarne les limites et les tentations des institutions républicaines de l’époque.