Dans la cuisine alsacienne, la pâte à beignets se prépare selon la recette de grand-mère, celle que l’on ressort chaque année au moment du carnaval. Les fasnachtkiechle, ces beignets en forme de losange, prennent alors vie : on étale la pâte, on découpe, on plonge dans l’huile chaude. Leur odeur caractéristique envahit la maison et réveille des souvenirs d’enfance.
Les recettes varient, mais la base reste simple : farine, œufs, beurre, sucre. Parfois on ajoute un peu de levure, de lait ou d’eau-de-vie selon les villages. Préparer la pâte en mélangeant la farine, le sucre, le sel, les œufs, le beurre fondu et la levure. Pétrir jusqu’à obtenir une pâte homogène, souple mais pas collante. Roulez-la et laissez-la reposer afin d’obtenir une texture prête à être découpée en formes typiques.
Entre les récits familiaux et les gestes transmis, ces beignets ne sont pas qu’un dessert : ils incarnent un moment de partage, souvent préparés à plusieurs, en famille ou entre voisins. Comme Françoise Ott, qui réalise chaque année ses schankale depuis plus de 50 ans, avec les gestes appris d’une collègue et soigneusement notés à la machine à écrire. « Mais attention, il ne faut jamais les goûter encore chauds ! » Autrefois servis avec une soupe de légumes dans les familles nombreuses, ils marquaient aussi la fin des réserves d’hiver avant le Carême.
Les beignets alsaciens appartiennent à une grande tradition où les boulanger-pâtissiers-chocolatiers célèbrent chaque saison et chaque fête par des spécialités douces. Les pages du calendrier s’effeuillent au rythme des chocolats ou des agneaux de Pâques, des bûches, des beraweckas et des bredalas de Noël, des torches aux marrons, des apfelstrudel, et des galettes des rois. Au creux de l’hiver, nous attendons avec impatience les fameux beignets de carnaval.
Par-delà l’Alsace, l’origine des beignets et leur diversité racontent une longue histoire. L’origine du mot beignet remonte peut-être à l’époque des croisades et le mot carnaval apparaît en français vers 1550 sous la forme carneval. Le mot d’origine italienne, carnelevare, vient du latin carne « chair » et levare « ôter », symbolisant l’entrée en Carême. Selon le calendrier religieux, le carnaval débute à l’Épiphanie et s’arrête le mardi gras. La tradition perdure dans des carnavals célèbres comme Rio, Venise ou Nice, et des particularités existent même à Bâle, avec des rituels nocturnes et des processions spectaculaires.
Entre les variantes, les beignets alsaciens se distinguent notamment par leurs noms et leurs formes: schanganlas, schenkala, hoerdter kiechle et fasnachtkiechle. Les fasnachtkiechles (ou fastnachtspfluta) sont les beignets traditionnels d’Alsace, souvent ronds et généreusement garnis de confiture après cuisson, et ils rappellent les cousins berlinois ou viennois. Lorsque l’on parle des autres beignets régionaux, on retrouve des appellations comme scharwas, scherwe, ou encore natronkiechle, parfois préparés avec des techniques particulières et des saveurs variées.
La recette de base des fasnachtkiechle préconise un assemblage simple: disposer la farine en puits et ajouter les ingrédients les uns après les autres selon l’ordre indiqué, pétrir pour obtenir une pâte souple, puis laisser reposer environ 30 minutes après avoir découpé des cercles. Ensuite, on chauffe l’huile et on fait frire jusqu’à dorure; les beignets se dégustent tièdes ou à température ambiante selon les goûts, parfois fourrés de confiture après cuisson. Pour la réussite, il faut une pâte légère et aérée qui se détache facilement du reste de la friture, et une cuisson maîtrisée pour obtenir des beignets bien dorés et croustillants.
En Alsace, préparer ces beignets s’inscrit aussi dans un rituel: les jeunes femmes du village participaient autrefois à la fabrication et à la dégustation lors des festivités du carnaval, avec des coutumes et des spécialités qui variaient d’un village à l’autre. Aujourd’hui, la tradition persiste, et chaque foyer peut redécouvrir cette douceur festive et généreuse, signe d’amitié et de partage autour d’un moment convivial.
Les étapes essentielles de la préparation peuvent être résumées ainsi: mélangez la farine, le sucre, le sel, les œufs, le beurre fondu et la levure, pétrissez pour obtenir une pâte homogène et souple, laissez reposer puis étalez et découpez des cercles. Faites frire dans l’huile chaude jusqu’à obtenir une belle couleur dorée et détachez-les ensuite à l’aide d’un écumoire. Servez-les avec une confiture ou simplement saupoudrés de sucre selon vos préférences.

Bon appétit et que cette douceur évoque les tempêtes de farine et les rires partagés lors du carnaval alsacien.