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Profitez du week-end pour lire d’excellents titres récemment parus. Un soir de Noël, Fanny attend sa mère et sa sœur pour passer la soirée en famille, avec son mari. Elle prépare la déco, les cadeaux, dans un état de tension palpable. Mais de soirée, il n’y en aura pas. Son mari ne va pas la rejoindre à la table familiale, mais dans la froideur d’une cellule de garde à vue. Puis au parloir d’une prison. L’irréparable s’est produit. Mais quand ? Ce soir de Noël, ou bien plus tôt ?

La Fée Assassine procède par flash back, remontant l’enfance de Fanny pour décrire une vie familiale massacrée par la névrose de sa mère, par une gémellité devenue une plaie ouverte. Le mal a ici des racines profondes, et le scénario de Sylvie Roge puise dans des ressorts rarement utilisés dans la BD. Si Fanny et sa sœur éprouvent l’une pour l’autre cet amour à part des jumelles, la manière dont leur mère enfonce le coin entre les deux fillettes est ici dépeinte de manière fine, progressive. Sylvie Roge a travaillé dans le milieu médical, en gynécologie et pédiatrie, et on perçoit, dans l’approche de cette liaison toxique entre la mère et ses enfants, l’expérience bien réelle de ces dérives, et sa volonté de protéger l’enfant. Elle montre que toutes les mères ne sont pas de bonnes mères, et que l’absence d’instinct maternel débouche parfois sur des violences plus destructrices et plus définitives encore que les maltraitances physiques. Là encore, un thème rare, et rarement aussi bien traité. Pour autant, ses personnages ne se perdent pas dans des circonvolutions psychologiques. Sylvie Roge tient ses caractères bien en place, conférant une puissante ossature à son récit.

L’approche graphique d’Olivier Grenson est tout aussi habile. Ses personnages sont lisses, presque froids, tenus par l’accoutumance à ces rapports secrets. Tout son dessin étouffe dans des tons neutres, éteints, camaïeux de gris, de bruns, où viennent exploser des éléments rouge vif. Cette couleur intrusive vient souligner tour à tour l’innocence ou la violence en gestation, et constitue à elle seule un guide dans la lecture.

Infographie:架 construction narrative et schéma des arcs narratifs dans Decorum et Le Printemps suivant

Le Lombard. Accrochez-vous. Decorum est en soi un ovni. Il y a des illustrations, des notes, des pages encyclopédiques, des sections en noir et blanc qui évoquent les pulps, du comic. Il y a un univers foisonnant, des personnages incroyables, complexes, une intrigue qui contraint le lecteur à une gymnastique intellectuelle constante. Il y a enfin un immense plaisir à se faire ainsi chahuter dans ses habitudes. Decorum vous balance à des galaxies de la science-fiction classique. Pas de vaisseaux, de tirs de lasers ou d’extraterrestres plus ou moins rigolos ou dangereux. Ici, les mondes sont divisés par secteurs, colonies, conquérants, théocraties ou empires qui luttent entre eux depuis des millénaires. Les jeux de pouvoirs dépassent les visions et les vies humaines. Les mondes sont sous bulle, des univers croissent sous contrôle, comme en éprouvette. Et au milieu, les assassins jonglent avec la vie et le destin des puissances. Imogen Smith-Morley, tueuse androgyne, est l’une de ces créatures. Accrochez-vous.

Vous allez devoir suivre deux histoires qui semblent n’avoir rien en commun. Vous allez être projeté dans des images somptueuses, parfois à la limite de l’abstraction. Vous allez subir le choc de variations chromatiques intenses, d’une page à l’autre, voire dans la même page ! Tout se mélange, dans Decorum, et c’est souvent perturbant. Mais une fois qu’on est entré dans cet univers à part, mais très cohérent, le récit devient addictif.

Joshua en pince pour Margot. Le problème, c’est que Margot est la fille du chef de la famille qui contrôle le village où vit Joshua, et que ces gens-là ne se mélangent pas avec n’importe qui. À vrai dire, le frère de Margot, Sylvio, jeune crétin hyperviolent, a des vues sur sa sœur, comme il a des vues sur tout le reste, contrôle du clan familial compris. Joshua doit bien s’écraser. Lui et son père sont tolérés, comme la plupart des villageois de la bourgade. Et en dehors du village, point de salut.

En 2122, l’eau a disparu ou presque. Les humains vivent terrés dans de petites communautés misérables, paumées au milieu de déserts, dominés par des seigneurs aux allures de chefs de gang, confis dans des superstitions. Et en plus de la menace qui pèse constamment sur l’approvisionnement en eau, des Intelligences artificielles mènent une guerre à mort à l’humanité. Jaouen Salaün méditait Elecboy depuis 18 ans. Un projet sans cesse remis à plus tard, peaufiné, réaménagé. Et finalement publié. Et quel travail ! Dans cette ambiance à la Mad Max, teintée de science-fiction, le lecteur en prend plein les yeux. Avec des plans dignes d’un western, des couleurs au petit point, un sens évident du cadrage et de la narration, Elecboy marque l’entrée de l’artiste dans la cour des grands. Il y a 4 tomes de prévus, et Naissance, le tome 1, pose donc les bases de cet univers cataclysmique et de ses principaux acteurs. Dargaud.

Carte postale: univers de Elecboy et plan de mondes sectorisés

Impact, un album surprenant, en forme de récits croisés. D’un côté, Dany, un peu très jeune paumé, qui a vécu 36 misères, entre jeunesse cassée, et passages répétés à la barre des tribunaux et derrière les barreaux des prisons. Il se retrouve dans le bureau d’une psy, à la suite d’une Nième affaire de violence, assortie cette fois d’une obligation de soins. Et Dany n’a aucune envie de raconter sa vie à cette femme. De l’autre côté, on suit Jean, qui attend de mourir d’un cancer dans un Ehpad. Jean qui a toujours bossé, qui ne s’est jamais plaint, mais qui a subi injustice sur injustice, pour une histoire de responsabilités qu’on lui a collées sur le dos, voilà des décennies.

Gilles Rochier bâtit là un scénario simple, mais efficace. Le passage d’un récit à l’autre, le nombre réduit de protagonistes et le rôle central du secret, permet de jongler avec divers ressorts dramatiques bienvenus. Deloupy délivre un dessin à l’unisson, épuré sans tomber dans la simplification. Le lecteur peut ainsi entrer de manière très fluide dans cette BD chorale, et y progresser à mesure que se défont les mensonges et les non-dits, par cercles concentriques. Jusqu’à la révélation finale. Casterman.

Autres titres remarquables et tendances actuelles

Romance > one shot. Dommage, la Saint-Valentin est passée. Mais comme pour apprécier ce petit volume de gags en 4 cases, il faut avoir un sens de l’humour particulier, nul doute qu’une dulcinée ou un Roméo amateur de second degré trouvera le présent à son goût. Elric a repris des strips de comics sentimentaux américains des années 60, ceux qui ont fait les beaux jours du pop art de Roy Lichtenstein. Mais il a mis des textes bien éloignés des conventions de la romance… Le contraste entre les dessins mièvres et surannés, et des textes souvent trash, est hilarant. Et bien souvent révélateur d’une pensée masculine trop répandue, ou d’inégalités trop fréquentes! Bien entendu, il ne faut pas laisser traîner cet album à portée des enfants. Delcourt.

La sorcière invincible > Manga t1. Azusa est morte au boulot. Mort du boulot, aussi. La jeune femme était du genre à ne pas savoir s’arrêter. Elle se retrouve réincarnée dans la peau d’une sorcière dotée de compétences magiques, de l’immortalité, au niveau 1, dans un univers fantastique paisible. Sa vie se partage entre des potions qu’elle offre aux habitants et la chasse à de minuscules et inoffensives bestioles pour garder la forme. Mais les années passent. Et un jour, à la faveur d’un banal contrôle, Azusa découvre qu’elle est aujourd’hui au niveau 99 ! Soudain, tout ce que son monde d’adoption compte d’aventuriers et de dragons veut se mesurer à cette super sorcière… Adieu, tranquillité. Mais de grands pouvoirs entraînent de grandes responsabilités, non ? Un récit drôle et sympathiquement barré, accessible à tout âge. Soleil Manga.

Le corps est un vêtement que l’on quitte > One shot. Julien est un jeune rugbyman prometteur. Lorsqu’il est victime d’un arrêt cardiaque sur le terrain, sa vie bascule. Il expérimente l’approche de la mort, et en revient profondément changé. Il sait entre autres que ses parents lui ont toujours tu un lourd passé familial. Autour de Julien, tout explose : famille, vie personnelle, avenir. De rencontres en bouleversement, de fuite en acceptation, de Bordeaux à Bénarès, comment réussir à unir la vie et cette connaissance de l’au-delà ? Dans ce long récit mystique, ode à la métamorphose et au dépassement du réel, Eric Liberge offre au lecteur une invitation à reconsidérer nos vies et l’importance du matériel. Glénat.

Tableau récapitulatif des titres mentionnés et de leurs univers, utile pour une prise de vue rapide du panorama actuel.

TitreAuteur/ÉquipeThème
DecorumSylvie Roge, Olivier GrensonLombardSF, univers complexe
ElecboyJaouen SalaünDargaudSF post-apocalyptique
ImpactGilles Rochier, DeloupyCastermanRécits croisés, justice/secret
La sorcière invincibleAzusaSoleil MangaFantasy, humour
Le corps est un vêtementEric LibergeGlénatRécit mystique

La suite de l’article explore d’autres titres variés, soulignant des univers allant de la science-fiction audacieuse à l’autofiction intime, en passant par des romans graphiques sur la vie quotidienne, les dynamiques familiales et les questionnements sociétaux. Les discussions autour de la parentalité, des violences structures et des identités sont présentes, mais traîtées avec une sensibilité graphique et narrative qui demeure accessible et accrocheuse.

Nos auteurs et approches clés

Imogen Smith-Morley est présentée comme une figure centrale dans Decorum, incarnant une tueuse androgyne et servant de catalyseur dans les dynamiques de pouvoir interplanétaires. L’œuvre mêle images somptueuses et chaos chromatique pour guider le lecteur dans une expérience immersive et intellectuellement stimulante.

Comparatif visuel: couleurs neutres vs rouge vif dans Decorum

Notes de contexte et approche thématique

Les thèmes récurrents dans ces bandes dessinées croisent l’examen des violences familiales, des dynamiques de pouvoir, et des questionnements identitaires, tout en explorant des formes narratives et graphiques innovantes. L’illustration et le récit se répondent pour offrir des lectures à la fois divertissantes et réflexives, parfois challenges et déroutantes, mais toujours maîtrisées par des créateurs expérimentés et audacieux.

En somme, cette sélection montre une BD contemporaine riche, où l’expérimentation graphique et la diversité des genres coexistent avec des thèmes profonds et universels, donnant à voir des mondes imaginaires mais aussi des réalités humaines intenses.

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