Et si l'on pouvait connaître quelqu'un en mordant dans un dessert? L'artiste serbe Marina Abramović vient de créer des macarons au goût censé la représenter. Pour y parvenir elle s'est associée à Kreëmart, marque de desserts de luxe et collectif d'artistes. Si les macarons n'ont pas le même goût qu'elle au sens propre, ils ont le goût des choses qu'elle aime et qui font partie intégrante de sa personnalité.
Dans une vidéo diffusée lors de l Art Frieze de Londres, l'artiste âgée de 70 ans a expliqué : «Ma grand-mère, tôt le matin qui fait du café. L'odeur du café était partout dans la maison. Je me souviens aussi des odeurs du basilic frais, du thym, des graines de cardamone et des senteurs exotiques des voyages que j'ai fait ensuite, explorant des volcans, des cascades. Je me souviens de cette sensation au petit matin où je voyais la ligne de la mer rencontrer l'océan et l'océan rencontrer le ciel. Tout ça, dans ce macaron de moi» rapporte Vice. Un joyeux mélange difficile à décrire. D'après le site ArtNet, les macarons ont un goût très prononcé, précisant : «Comme l'artiste elle même, les macarons ne sont pas pour tout le monde». Une seule solution pour connaître leur saveur, les goûter.
Les 8 exemplaires de l’édition originale ont été vendus ainsi qu’une épreuve d’artiste. Le concept associe un portrait pâtissier à l’œuvre d’art, et s’inscrit dans une démarche de performance qui cherche à rapprocher le public de la figure d’Abramović à travers le goût.
Le macaron au goût de Marina Abramovic (KREMART) est devenu un symbole du dialogue entre pratique artistique et gastronomie. Dans l’élégante boutique Ladurée, le projet est présenté comme une « portrait pâtissier » conçu par Raphaël Castoriano et Claire Heitzler, avec une approche quasi scientifique du goût et des odeurs. Le biscuit bleu jusqu’au feuillet d’or et au blason Abramović illustre la tentative d’incarner la personnalité de l’artiste dans une texture comestible.
Finalement, ils accouchent d'un macaron bleuté recouvert d’une feuille d’or d’un côté, et du blason de la famille Abramović de l’autre. Impossible de savoir précisément quels ingrédients composent ce nouveau macaron, Ladurée refuse de livrer la recette exacte. Agréable en bouche, on distingue une crème au chocolat avec une touche de coco, mais la dégustation reste volontairement ambiguë. « Ce goût, c'est un goût nouveau, c'est le goût de Marina Abramović », affirme le réalisateur du projet lorsque interrogé sur les saveurs utilisées.
Mais l’artiste demeure très sobre face à cette dégustation: « Ce que j'aime, les couleurs, les odeurs, les paysages naturels, les souvenirs de mon enfance... Tout ça est dans ce portrait pâtissier de moi. »
Dans l’espace commercial parisien, la présentation coïncide avec l’ouverture de la FIAC. « C’est une vraie œuvre d’art », commente David Holder, patron de Ladurée. « C’est une artiste qui se met à nue et propose d’être dégustée. C’est pour ça que c’est un goût complexe, mais qui colle parfaitement à son vécu, sa personnalité. »
Le macaron a été proposé en édition limitée (250 boîtes) durant la Foire d’art, et seulement dans la boutique rue de Castiglione et au concept-store Colette. Le tarif est élevé: 85 euros pour une boîte triangulaire de trois macarons. « Si on y pense, c’est l’œuvre de Marina Abramović la moins chère du monde, c’est la plus accessible ! » affirme un interlocuteur pour justifier le positionnement premium du projet.
Au-delà du simple dessert, le discours met en avant l’idée d’une œuvre consommable, une ingestion qui offre une proximité directe avec l’artiste. « Ce macaron offre une opportunité unique d'approcher [Marina Abramović] de la manière la plus directe et la plus intime en la consommant », déclare Castoriano. Cette approche incarne une nouvelle forme d’œuvre contemporaine, où l’expérience gustative et l’acte de manger deviennent une performance artistique.

En parallèle, des développements autour de l’art et des pâtisseries se poursuivent dans diverses villes, avec des artistes qui explorent les frontières entre food design et création contemporaine. Par exemple, les travaux de Karine Romanelli, qui explorent la frontière entre photographie et peinture, montrent comment les espaces intérieurs et extérieurs se mêlent dans une même image, offrant une expérience visuelle et sensorielle qui invite à ralentir le regard et à reconsidérer les codes de perception.
Portraits et pratiques: l’influence d’un goût personnel
Le récit de Abramović et de Kreëmart s’inscrit dans une tendance plus large où les artistes utilisent des éléments de vie personnelle pour construire une œuvre transmissible. L’idée de « portrait pâtissier » propose une traduction sensorielle de l’identité, où les goûts, les odeurs et les souvenirs se transforment en une expérience partagée.
Les créateurs affirment que « Ce goût, c'est un goût nouveau », et que l’objectif est moins la recette que l’interprétation subjective de la personnalité. Cette approche se démarque des médiums traditionnels et questionne la frontière entre art conceptuel et gastronomie.
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Ainsi, le macaron au goût de Marina Abramović peut être vu comme une œuvre d’art consommable, qui propose une manière originale d’accéder à l’artiste par l’expérience sensorielle plutôt que par le seul regard. C’est une démarche qui revendique l’instant présent et l’intimité d’une performance artistique, tout en restant accessible seulement à un public restreint en édition limitée.

En résumé, ce projet illustre une convergence entre art contemporain, gastronomie et édition limitée où le goût devient médium, et où la dégustation sert de pont entre public et artiste.
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