Une nouvelle étude révèle que l'Inlandsis Ouest-Antarctique a connu une fonte très importante voilà plusieurs milliers d'années, alors que les températures sur Terre n'atteignaient pas les niveaux d'aujourd'hui. L'effondrement et la fonte de l'inlandsis Ouest-Antarctique vont déterminer à quelle vitesse le niveau de la mer va augmenter au cours du siècle prochain. Des scientifiques ont découvert qu'il y avait entre 10 000 et 12 000 ans, la superficie de l'Inlandsis Ouest-Antarctique avait connu un important recul.
Dans un climat certainement plus frais qu'aujourd'hui, savoir que l'inlandsis était plus petit qu'à l'heure actuelle montre à quel point il est sensible aux changements. L'effondrement d'une partie de l'inlandsis s'est produit à la fin de la dernière ère glaciaire, alors que les températures étaient bien plus fraîches qu'elles ne le sont actuellement. L'inlandsis mesurait alors 215 000 km² de moins qu'aujourd'hui. Des chercheurs indiquent que l'inlandsis ouest était retiré de terrains situés très loin dans les terres, et que ce recul a contribué à l'élévation du niveau de la mer.
« Nous avons été très surpris », a expliqué Reed Scherer, l'un des neuf auteurs de l'étude publiée dans Nature. La plupart des scientifiques pensaient que cela datait d'au moins 120 000 ans. L'inlandsis ouest-Antarctique est le plus fragile parmi les trois plus grands inlandsis de la planète, et il se situe dans une cuvette profonde qui l’expose aux courants océaniques chauds. S'il venait à s'effondrer totalement, le niveau de la mer pourrait augmenter d'environ 3 mètres.
En parallèle, une autre étude publiée dans le même numéro de Nature confirme l'urgence: entre 1992 et 2017, plus de 3 000 milliards de tonnes de glace de l'Antarctique ont fondu, et la plupart proviennent de l'Inlandsis Ouest-Antarctique; le rythme de fonte des glaces a été multiplié par trois au cours des 25 dernières années. Ces résultats renforcent l'inquiétude sur l'impact du réchauffement climatique sur le système glaciaire antarctique et sur le niveau des océans.
SOUS LA GLACE, LE SUBSTRAT ROCHEUX RÉVÈLE SES SECRETS
La fragilité de l'Inlandsis Ouest-Antarctique a été démontrée par deux expéditions récentes. Reed Scherer a participé à la première, début 2013, qui a amené des tonnes d'équipement dans un coin reculé de l'inlandsis et cartographié les contours d'un lac à l'aide d'un radar à pénétration de sol. La boue prélevée révélait des diatomées, coquilles de petites créatures marines, suggérant que l'eau de mer avait envahi la zone il y a environ 10 000 ans et que l'inlandsis s'était retiré d'au moins 200 km.
Fin 2014, Jonathan Kingslake a mené des mesures à plus de 1 200 km du lac Whillans avec un radar à pénétration de sol et a découvert des cicatrices de fissures à la base de la calotte glaciaire. Ces fissures se seraient formées lorsque l'inlandsis flottait encore à la surface et qu'il rencontrait des montagnes sous-glaciaires, avant de se rapprocher du substrat rocheux actuel et de cannibaliser l'eau de mer pour les fissurer et les geler.
Torsten Albrecht a estimé que le recul de l'inlandsis s'était produit il y a 10 000 à 12 000 ans et que cela aurait contribué à la hausse du niveau de la mer de plus de 125 000 kilomètres cube de glace, soit environ 130 000 milliards de tonnes d'eau. La calotte atteignait sa superficie maximale lors de la glaciation, puis fondait alors qu'elle s'étendait encore loin dans l'océan. La pression exercée par le poids de la glace sur la croûte terrestre a provoqué un rebond-post-glaciaire et une élévation de la croûte d'environ 17 cm par an, ce qui a protégé la glace restante des courants profonds et a permis sa stabilisation.
Mais aujourd'hui, dans le contexte d'un réchauffement climatique accéléré, les scientifiques se demandent si la reformation de la glace pourrait éviter un effondrement total de l'inlandsis ouest-antarctique et la hausse catastrophique du niveau des mers. D'après Slawek Tulaczyk, extrapoler le recul et la reformation observés il y a 10 000 ans au futur n'est pas fiable, car les températures et les émissions actuelles de CO2 sont nettement plus élevées et continuent d'augmenter. La reformation de la glace ne se fait pas en un jour et n'empêchera pas l'engloutissement des villes côtières par la mer.
Une étude publiée par le National Snow and Ice Data Center (NSIDC) détaille l'état alarmant de la banquise antarctique: l'étendue de glace est au plus bas jamais mesuré pour le mois de juin. En juillet, même si la banquise se reconstitue partiellement, la tendance reste inquiétante: l'Antarctique se réchauffe et la banquise fond plus rapidement en été que ce qu'elle peut se renouveler en hiver. Ted Scambos et d'autres chercheurs soulignent que la fonte de la banquise participe à l'augmentation du niveau des mers et à la hausse des températures globales. La fonte des glaces a aussi un effet sur la biodiversité et le climat en général.
En parallèle, l'Antarctique possède une histoire géologique riche et complexe: il s'est formé autour d'un climat plus froid à partir du milieu de l'Éocène il y a environ 45,5 millions d'années, ce qui a donné naissance à des glaces de mer et des icebergs. La dérive des continents et les mouvements des plaques ont joué un rôle dans les courants océaniques et atmosphériques, influençant durablement le climat. Des paysages sous-glaciaires comme les bassins Wilkes et Aurora et des lacs subglaciaires tels que Vostok illustrent ces dynamiques géologiques profondes.
Les diverses découvertes historiques et les débats scientifiques autour des estimations de masse de l'Antarctique montrent que la science progresse par le débat et la synthèse de multiples méthodes: mesures par satellites, forages, et observations gravimétriques. Par exemple, des analyses utilisant le satellite GRACE indiquent que les gains de masse estimés pour l'Antarctique Est sont plus faibles que ceux suggérés par Zwally en 2015, ce qui conduit à une vision plus nuancée du bilan de masse continental et de ses implications pour le niveau des mers.
Les questions actuelles autour de l'Antarctique ne relèvent pas seulement de la physique des glaces, mais aussi de la façon dont les sciences communiquent leurs résultats face à des publics et des médias parfois polarisés. Les chercheurs insistent sur la nécessité de présenter une science fiable et précise et de communiquer clairement les incertitudes et les limites des modèles, afin d'éviter les effets de la polarisation politique sur le débat scientifique. Cette approche est essentielle pour comprendre le rôle de l'Antarctique dans le futur niveau des mers et dans le système climatique global.
Les données historiques et contemporaines convergent vers une conclusion: même si l'Antarctique est en grande partie une réserve naturelle protégée, son inlandsis ouest-antarctique demeure extrêmement vulnérable au réchauffement. Si cette stabilité venait à vaciller, l'élévation du niveau des mers pourrait atteindre des valeurs importantes et affecter des villes côtières majeures, ce qui rend crucial le suivi scientifique et l'amélioration des prédictions pour les décennies à venir.

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