Affichage environnemental alimentaire et étiquetage carbone des aliments: méthodologies, expérimentations et enjeux européens

Depuis la promulgation de la loi, plusieurs expérimentations d'Éco-score ont été réalisées, permettant de tester différentes méthodes de calcul et d’affichage du score. Piloté par Bercy avec plusieurs ministères (Agriculture, Santé, Transition écologique) et l’Ademe, il a été déjà expérimenté sur 550 produits. Le Secrétariat Général à la Planification Écologique (SGPE) a publié un document en juillet 2023 qui indique l’affichage obligatoire d’un « coût environnemental » pour 2025, et la coexistence avec les scores indépendants et experts-métiers. L’étiquetage Planet-Score (pour l’alimentaire) est élaboré par l'institut de l'agriculture et de l'alimentation biologiques (ITAB), soutenu notamment par 15 ONG, des distributeurs et des entreprises dans 11 pays Européens. Il permet d’analyser la totalité du processus de fabrication des produits et s’appuie sur la base de données officielle Agribalyse (Outil de l’ADEME) mesurant l’impact environnemental du cycle de vie (ACV) des produits alimentaires. Néanmoins, le Planet-score se veut plus précis et plus détaillé quant aux informations qu’il diffuse.

Du champ à l'assiette, le système alimentaire européen exerce une pression considérable sur l'environnement : émissions de gaz à effet de serre, usage intensif de produits chimiques, pollution des eaux et des sols, ou encore production massive de déchets. Ces impacts environnementaux sont étroitement liés à des enjeux de santé publique, alors qu'environ la moitié des adultes européens sont en surpoids. Informer les consommateurs sur la durabilité des produits alimentaires apparaît comme un levier essentiel pour encourager des habitudes alimentaires plus responsables et réduire l'empreinte environnementale du secteur. Dans ce contexte, le projet ECO FOOD CHOICE, financé par le programme LIFE de l'Union européenne, favorise le partage de connaissances et d’expériences au niveau de l'UE. Son objectif est de développer et tester de nouvelles méthodologies pour les inventaires du cycle de vie, les scores environnementaux des aliments, et un système d'étiquetage afin d’inciter à des changements profonds, tant dans les chaînes de production agricole que dans les comportements des consommateurs.

Transformer le système alimentaire européen grâce à des données et des labels environnementaux harmonisés: face à l'urgence de la transition écologique, le projet ECO FOOD CHOICE se saisit d’une problématique cruciale : comment fournir aux consommateurs européens des informations fiables et harmonisées sur l'impact environnemental des produits alimentaires pour favoriser des choix sains et durables ? Il s'inscrit dans les priorités du Pacte vert pour l'Europe et de la stratégie « De la ferme à la table ». Il s'agit de développer des bases de données et des méthodes innovantes pour évaluer les impacts environnementaux des aliments et les traduire en scores environnementaux accessibles via un étiquetage clair et cohérent. Les objectifs généraux du projet incluent : le développement de méthodologies harmonisées pour les inventaires du cycle de vie des aliments en Europe, avec des lignes directrices pour adapter les indicateurs à différents contextes nationaux ou régionaux ; le développement d’un score environnemental (E-score) intégrant les indicateurs issus des analyses de cycle de vie (ACV), afin de permettre des comparaisons fiables entre produits ; la conception et la validation de labels environnementaux testés dans des conditions réelles en France, Allemagne, Pays-Bas et Espagne, auprès de 56 000 consommateurs européens dans des supermarchés, cantines et laboratoires.

Les actions du projet ECO FOOD CHOICE répondent à des besoins variés, tels que l’harmonisation des pratiques entre pays, l’amélioration des bases de données nationales et le renforcement de la confiance des consommateurs. Elles visent aussi à soutenir les politiques publiques européennes en fournissant des retours concrets et des méthodologies transposables. En France, par exemple, l’expérience acquise avec la base Agribalyse sera partagée pour enrichir les approches des autres pays, tandis qu’en Allemagne, le projet permettra de structurer des bases de données et des labels répondant à une demande croissante de transparence. Aux Pays-Bas, le projet mettra à profit les initiatives volontaires des grandes entreprises, et en Espagne, il alimentera des travaux en cours pour répondre à l’intérêt grandissant des ministères et des consommateurs. Avec sa portée méthodologique et transnationale, ECO FOOD CHOICE entend poser les bases d’une alimentation durable à l’échelle européenne, avec en ligne de mire la transformation des habitudes de consommation pour préserver l’environnement, tout en renforçant la santé des citoyens européens.

Une expertise mobilisée pour tester l'étiquetage environnemental en conditions réelles. Les chercheurs de trois laboratoires d'INRAE (GAEL, PSAE et ITAP) apportent leur expertise, notamment pour les activités du projet qui visent à valider l'étiquetage environnemental en conditions réelles. Ce travail s'inscrit dans une démarche rigoureuse combinant expérimentations de laboratoire et tests en contexte réel. INRAE contribue également au développement d’une méthodologie harmonisée pour calculer un score environnemental (E-score) à partir des données de l’ACV. Ce travail vise à rendre l’évaluation accessible et compréhensible pour les consommateurs, tout en offrant des outils aux producteurs pour valoriser leurs efforts en matière de durabilité. En France, des expériences pilotes en cantines offrent l'opportunité d’évaluer l’impact de l’étiquetage environnemental sur les choix alimentaires des consommateurs dans un cadre collectif, grâce à l’expertise de PSAE dans l'évaluation des politiques environnementales appliquées à la restauration collective. Par ailleurs, les méthodologies développées par GAEL dans le domaine de l’économie expérimentale permettent d’analyser les comportements des consommateurs confrontés à des informations nouvelles, grâce à des outils tels qu’une application dédiée et une épicerie expérimentale. L’équipe d’ITAP apporte son savoir-faire en évaluation environnementale, en particulier via l’analyse du cycle de vie, pour développer des méthodes opérationnelles capables d’appréhender la complexité des systèmes alimentaires.

Le programme LIFE : un levier pour l’innovation environnementale. Instrument financier de la Commission européenne, le programme LIFE soutient les projets innovants, publics ou privés, dans les domaines de l’environnement et du climat. Pour la période 2021-2027, il dispose d’un budget de 5,4 milliards d’euros répartis en quatre axes : Nature et biodiversité, Économie circulaire et qualité de vie, Atténuation au changement climatique et adaptation, et Transition énergétique propre. Disponible depuis cet automne 2025 pour le textile, le coût environnemental pour les produits alimentaires devrait se mettre en place dès ce printemps 2026. Leclerc a ainsi annoncé en avril 2026 le déploiement de cet affichage environnemental sur l'ensemble de ses références alimentaires MDD, soit 6 000 produits.

L’affichage environnemental, c’est cette note apposée sur un produit et qui va refléter le coût environnemental du produit vendu. Plus le résultat est élevé et plus le coût environnemental est élevé. Quel est l’objectif de l’affichage environnemental ? Comment sera calculé ce score pour les produits alimentaires ? Qu’est-ce que Sami vous propose pour vous accompagner dans le déploiement de cet affichage ? On fait le point.

1. L’affichage environnemental ou coût environnemental, objectifs et calendrier

1.1 Définition et objectifs. L’affichage environnemental, selon la définition de l’Ademe, c’est un indice de coût environnemental, destiné à informer les consommateurs de l’impact environnemental des produits ou des services qu’ils consomment. Le coût environnemental est calculé sur l’ensemble du cycle de vie du produit concerné, suivant une méthodologie commune et définie par l’État. Le déploiement de l’affichage environnemental doit permettre de répondre à 3 grands objectifs : informer le consommateur sur l’empreinte environnementale des produits afin qu’il puisse faire un choix d’achat éclairé et orienté vers une meilleure performance environnementale; encourager l’écoconception chez les fabricants, c’est-à-dire encourager les marques à concevoir de manière plus responsable leurs produits; réduire l’impact environnemental des secteurs concernés par l’affichage environnemental. Le score est exprimé en points d'impact pour la planète. Plus le chiffre est élevé et plus l'impact environnemental est important.

1.2 Calendrier de déploiement dans l’alimentaire

La loi Climat et résilience d’août 2021 a rendu obligatoire la mise en place de l’affichage environnemental. Quatre secteurs sont concernés: le textile, l’alimentaire, les cosmétiques et l’ameublement. L’article 2 prévoyait une phase d’expérimentation jusqu’en 2026. L’alimentaire, prioritaire avec le textile, a été avancé: déploiement dès 2024 dans un cadre volontaire puis obligation en 2025. La méthode de calcul pour le textile a été dévoilée en avril 2024 et déployée en 2025; pour l’alimentaire, le coût environnemental est disponible depuis le printemps 2026.

2. La méthode de calcul de l’affichage environnemental dans l’alimentaire

La méthode repose sur l’ACV (analyse du cycle de vie), basée sur la PEF (Product Environmental Footprint) développée par la Commission européenne. La PEF comprend 16 indicateurs d’impacts environnementaux et prend en compte les 5 grandes étapes: ingrédients, transformation, emballages, distribution et consommation. Des corrections ont été apportées pour améliorer la précision, notamment sur les pesticides et sur la toxicité dans l’ACV, ajustant concentrations dans les fertilisants organiques et intégrant des facteurs pour refléter la biodiversité et les effets sur les pollinisateurs. Des compléments hors ACV sont envisagés (haies, prairies permanentes, taille des parcelles, diversité territoriale, équilibre territorial) qui se traduisent par des bonus diminuant le score d’impact.

Le résultat final détermine un score d’impacts, avec des niveaux de précision allant du niveau 1 (données génériques) au niveau 3 (données fournisseurs et pratiques spécifiques). Le cadre public officiel est enrichi par des initiatives comme Ecobalyse, un outil libre destiné à tester et simuler les scores environnementaux et à faciliter l’appropriation par les filières.

3. Offrir au consommateur une information lisible, fiable et objective

Ce volet vise à permettre aux consommateurs d’orienter leurs achats vers des aliments plus durables. L’étiquetage doit être lisible, fiable et compréhensible, tout en soutenant les politiques publiques européennes et françaises en matière de transparence alimentaire. Des expériences pilotes en cantines et en grande distribution permettent d’évaluer les effets comportementaux et d’ajuster les méthodes.

Quelles difficultés et quels enseignements ? L’intégration de dimensions non prises en compte par l’ACV, comme la biodiversité et le captage du carbone dans les sols, nécessite l’apport de données complémentaires fournies par des ONG ou cabinets de conseil, puis leur compilation. La balance entre un cadre unique et des spécificités nationales est délicate mais nécessaire pour gagner la confiance du public et favoriser l’adoption à grande échelle.

Ressources et déploiement

  • Normes et outils: ACV, PEF, Ecobalyse, compléments biodiversité et services écosystémiques.
  • Acteurs clés: ADEME, ministère de la Transition écologique, INRAE, ITAB, ONG, distributeurs, producteurs.
  • Cadre financier et politique: programme LIFE, Loi Climat et Résilience, objectifs 2025-2026.
  • Exemples concrets: Planet-score et Eco-score; Planet-score propose une approche détaillée via Agribalyse; Eco-score s’appuie sur une base collaborative Open Food Facts et des partenaires comme Yuka et La Fourche.
Infographie: schéma du cycle de vie et des 5 étapes analysées pour l’affichage environnemental

Un exemple d’application pratique est le déploiement prévu du « coût environnemental » dans les enseignes de grande distribution et les appels d’offres, avec des niveaux 2 et 3 qui intègrent des données fournisseurs et pratiques agricoles spécifiques, ce qui permet de refléter plus fidèlement les efforts des producteurs. FoodPilot et d’autres solutions aident les entreprises à simuler et optimiser leurs scores selon les données internes et les exigences officielles, avec une revue par des organismes de certification.

Méthodes PEF / OEF - Evénement PARIS - 23 juin 2022

Dans une perspective européenne, ECO FOOD CHOICE et les systèmes d’étiquetage harmonisés visent à transformer les habitudes en répondant à la double nécessité d’information fiable et d’harmonisation des pratiques, afin de soutenir le Pacte vert pour l'Europe et la stratégie De la ferme à la table.

Tableau récapitulatif des éléments clés

AspectDescription
CadreACV / PEF + compléments biodiversité et services écosystémiques
Indicateurs16 indicateurs PEF + 5 compléments + éventuels bonus/malus
Niveaux de donnéeNiveau 1 (générique) → Niveau 3 (fournisseurs et pratiques spécifiques)
ObjectifInformer, inciter l’écoconception, réduire l’impact
ÉchéanceAffichage obligatoire prévu 2025, déploiement progressif 2026

tags: #affichage #environnemental #alimentaire