Affermage moulin à farine Delonca, histoire et fonctionnement

De tous temps on a utilisé des meules pour mouler, broyer, piler une matière brute pour en faire une matière fine ou un liquide afin de mieux le consommer ou la transformer. Les moulins, notamment au XVIIIe et XIXe siècle, représentent l’âge d’or des moulins à eau et des systèmes hydrauliques qui alimentent les meules en grain.

Au XIIIe et XVIe siècles, les moulins à eau se multiplient et deviennent des éléments importants du paysage rural et urbanisé. Dans le village de Saleich, au XIXe siècle, la population dense entraîne une forte concentration de moulins, mécanismes essentiels à la vie quotidienne, avant que beaucoup ne disparaissent et ne laissent place à des ruines. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Le témoignage de Marius Cante, passionné par les temps anciens de Saleich, illustre que ces moulins étaient plus que de simples outils: l’histoire des générations de meuniers formait des dynasties dont le métier est aujourd’hui souvent oublié ou inconnu. La plus ancienne des meules utilisées à Saleich date du IVe siècle avant J.-C. et provient de la grotte de Chaq, témoignant d’un usage ancien et d’un savoir-faire transmis sur des siècles.

Origines et évolution des moulins

Les premiers moulins à eau, inventés par les Grecs au IIe siècle avant J.-C., ont été repris par l’Empire romain. Avec la création de la Féodalité et le système des fiefs, les seigneurs disposaient des outils de production et les moulins elles-mêmes servaient de ressources essentielles, sous la juridiction des seigneurs jusqu’à la Révolution française. Au XVIIIe siècle, Saleich compte plusieurs moulins, certains appartenant à des seigneurs et exploités par des sous-affermés sous contrat avec les comtes et seigneurs locaux. La gestion des moulins était étroitement liée aux obligations féodales et à l’entretien régulier, incluant le rhabillage des meules et la réparation des pièces usées.

Les moulins de Saleich se développaient sous la tutelle de familles locales comme les Déqué de Moncaup et les Lougarre, qui transmettaient leur savoir‑faire de génération en génération pendant plus de 300 ans. Au XVIIe et XVIIIe siècles, six moulins seigneuriaux existent sur le territoire, utilisés via des contrats de fermage qui permettent à un bourgeois d’exploiter les lieux et de sous-louer aux meuniers et métayers, qui travaillaient la terre et livraient une partie de leurs récoltes.

Les conditions d’entretien figuraient dans les contrats de fermage, et les meuniers de Saleich devaient veiller à l’état et au fonctionnement des moulins, y compris le rhabillage des meules pour préserver leur mordant et la qualité de la farine. Le fermage pouvait représenter une charge importante, un exemple étant un paiement équivalent à plus de trois hectolitres de grain par mois. Dans ce cadre, les moulins sont à la fois des installations techniques et des lieux de vie sociale, où se mêlent travail, marché et communauté villageoise.

Transformation et déclin du XIXe au milieu du XXe siècle

En 1825, trois nouveaux moulins sont notifiés après la Révolution: deux appartenant à la famille Lougarre et un autre à la famille Gouazé. Au cours du XIXe siècle, l’activité des moulins atteint son apogée dans le quartier des « ér as molos », puis décline avec la baisse démographique et les effets globaux des guerres et migrations. La Première Guerre mondiale marque une rupture supplémentaire et accélère le déclin démographique, même si la demande de farine et les services comme le battage des céréales restent présents grâce à la modernisation.

Vers la fin du Second Empire, des aménagements techniques importants apparaissent: Sébastien Gouazé installe sur le moulin Molo det Miey une grande roue à augets (diamètre environ 7 m) pour alimenter deux meules et une scie alternative, démontrant l’intégration de nouvelles technologies pour répondre à des besoins variés. D’autres lieux, comme le moulin Molo de Haout, reçoivent des turbines et des scies, puis une scie à ruban, illustrant l’évolution des installations vers des métiers mécaniques plus diversifiés. Jusqu’aux années 1950, le battage des céréales devient un service ajouté pour s’adapter à la demande locale, mais l’échec de la modernisation et le départ des derniers meuniers marquent la fin de l’ère des moulins à Saleich.

Des contaminations démographiques, des épidémies (choléra en 1854) et des migrations vers des villes plus attractives magnifient ce déclin, mais les moulins ont laissé une empreinte durable dans le paysage et dans la mémoire collective. Après la disparition de crues qui avaient détruit certains moulins, de nouvelles constructions se développent, mais les siècles d’exploitation s’achevent avec la fin du XIXe siècle et le premier tiers du XXe siècle, laissant place à des ruines et à une mémoire vivante des dynasties de meuniers.

Description technique et fonctionnement des moulins du XVIIIe siècle

Voici les éléments principaux permettant de faire fonctionner un moulin, tels qu’ils apparaissent dans les descriptions du XVIIIe siècle et les schémas contemporains: roue hydraulique, arbre de transmission et meules, ainsi que les tringles et leviers permettant la mise en marche et les réglages. L’alimentation régulière en grain et l’adaptation du débit selon la nature des céréales sont assurées par un ensemble mécanisé et finement réglé.

Le rouet horizontal, ou arroudet, est une configuration répandue dans la région. La roue hydraulique à axe vertical, appelée aussi « roue des Pyrénées », est l’élément moteur et produit de la puissance lorsque l’eau est dirigée sur ses pales. Cette roue moyenne fait environ 1,25 m de diamètre et comporte une vingtaine de pales, d’abord en bois, puis remplacées par des versions métalliques pour résister à l’usure. L’arbre de roue, pièce carrée de 0,25 m de côté, porte le fer de meule qui s’engage dans l’anille, guidé par un palier en bois et équipé d’un boitard pour maintenir l’alignement et la stabilité du système.

La grande roue de la Molo det Miey, associée au renvoi d’angle, est composée d’un pignon en fonte et d’une grande couronne avec des dents appelées « alluchons », fabriquées localement en pommier pour leurs qualités mécaniques. Les meules elles-mêmes se composent d’un socle fixe (« dormante ») et d’une partie mobile (« courante ») avec un diamètre moyen de 1,40 m, une épaisseur de 30 à 40 cm et un poids d’environ une tonne. Les quartiers de pierre sont assemblés par un double cerclage métallique. La meule mobile possède un oeillard au centre et est entraînée par l’anille, guidée par un palier en bois et un boitard. Le contrôle du mordant se fait en ajustant l’écartement entre les meules, un réglage crucial pour obtenir des farines de différentes qualités.

L’alimentation en grain passe par une trémie qui alimente un sabot-verseur et tombe dans l’oeillard de la meule. Le meunier évite le fonctionnement à vide, car le frottement sans grain userait rapidement les meules. Le rhabillage des meules, procédé d’affûtage et de reprise des sillons, est réalisé avec un marteau spécial et des pointes en acier trempé interchangeables. Cette opération est décrite par le témoignage de Marius Cante, témoignant de l’importance du mordant et de l’entretien régulier pour conserver une meilleure mouture.

La matière moulu passe des meules à travers les stades de broyage et est transportée vers la sortie sous forme de farine. Le moulin peut aussi être adapté pour d’autres usages: dans certaines installations, les mécanismes hydrauliques alimentent des scies et d’autres outils, démontrant la polyvalence des moulins dans les campagnes européenne et particulièrement dans la région de Saleich.

Conclusion implicite et héritage

La mémoire des moulins, leur technique et leur organisation sociale forment une partie importante de l’histoire locale et régionale. L’affermage et les systèmes de sous-affermage, les contrats et les obligations des meuniers, tout comme les techniques de rhabillage et d’entretien, témoignent d’un savoir-faire transmis sur des générations. Aujourd’hui, bien que les moulins ne soient plus opérationnels dans leur forme historique, leur heritage demeure dans les ruines, les archives et les récits oraux qui continuent d’évoquer les dynasties des meuniers du Saleichois et de leurs environnements agricoles.

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Les moulins à eau : comment ça marche ?

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