Premiere biscuiterie Belin: lieux, architecture et héritage industriel à Bagnolet et Château-Thierry

Répartis sur un terrain délimité par les rues Charles Graindorge et Gambetta, les bâtiments qui abritent aujourd’hui un hôtel d’activité et le comité régie d’entreprise RATP sont les témoins reconvertis de l’ancienne biscuiterie Belin. Berceau historique de la maison créée en 1902, le site n’est attaché aux fameux biscuits qu’une courte période. La société mise en faillite en 1929, l’usine est rachetée par la papeterie Cenpa et le constructeur d’instruments de mesure Lutrana qui y poursuivent leurs activités jusqu’au début des années 1980.

Réalisée en plusieurs phases de 1906 à 1923, elle est principalement l’œuvre de Charles Adda (1873-1938). En sollicitant cet « architecte mondain », diplômé des Beaux-Arts (1901), davantage concepteur d’hôtels particuliers que d’édifices industriels, Gustave Belin traduit les ambitions qu’il nourrit pour son entreprise. Architecture de représentation, son usine doit avant tout être une vitrine. Emblématique à la fois de la singularité de sa production, le biscuit étant considéré à l’époque comme un mets de luxe, et de la réussite de son affaire, elle doit également offrir au site un réel statut urbain censé le dissocier des autres établissements.

Phases de construction et vocabulaire architectural

Dès les premières ébauches cette vision idéalisée de l’usine apparaît nettement, Adda en reprend les stéréotypes traditionnels : cheminée fumante placée dans l’axe de symétrie des ateliers, perspectives avantageuses et parfaite cohérence des modénatures. Inspirées du vocabulaire de l’architecture domestique bourgeoise, les constructions sont soulignées d’ornements de style néo-Louis XIII. Pour le premier atelier édifié en 1906, les deux halles métalliques sont dissimulées derrière une façade monumentale de briques rouges aux décors de ciment blanc employés en crénelages d’angle harpés et encadrements des baies à clefs saillantes. Un fronton massif dans lequel s’inscrit la raison sociale de l’entreprise termine alors la composition. À sa droite une seconde halle également en métal est édifiée en 1908. Recevant les réserves de boites de fer blanc utilisés pour l’emballage, l’atelier s’élève sur deux niveaux. Reprenant des modénatures identiques, la façade se distingue de la précédente par ses hautes baies en arc de plein-cintre qui apportent une lumière naturelle au cœur des magasins.

A l’emplacement de la troisième tranche prévue initialement, est construit en 1917 un atelier à deux niveaux finalement plus modeste. Si le vocabulaire est simplifié, les façades de briques ne sont pas exemptes de recherches esthétiques, marquées notamment par une succession de pilastres saillants disposés entre chaque travée de baies. Cette cohérence disparaît rapidement suite à la construction d’un bâtiment de trois niveaux à usage de dépôt et bureaux dont les imposantes structures métalliques rivetées hourdies de briques s’avancent sur cour en dissimulant une partie de l’atelier. Ce dernier préserve néanmoins au-delà de sa forme un double intérêt pour la compréhension de l’histoire de l’établissement et de son évolution architecturale.

Évolution et contexte historique

Le développement des activités de Belin démarre au début des années 1910 et s’accentue lors du conflit mondial. Les biscuiteries sont réquisitionnées en faveur de la Défense nationale, notre industriel convertit une partie de sa production aux pains de guerre pour lesquels des aménagements sont rendus nécessaires. L’extension reprend verticalement un process identique à celui mis en place horizontalement dans le premier atelier. Les matières premières (œufs, lait, farine, beurre, matières grasses, arômes) et le charbon pour les fours sont entreposés au sous-sol avant de rejoindre le rez-de-chaussée où sont réalisées les préparations et fabrication. Les ingrédients mélangés dans un pétrin donnent une pâte qui passe par la suite dans quatre laminoirs pour obtenir une épaisseur uniforme, puis de là à une machine de découpe et enfin aux deux grands fours de cuisson. Un monte-charge desservant les différents niveaux du bâtiment apporte les biscuits des fours au magasin du premier étage, lui-même accolé aux bureaux de l’entreprise.

Construit en structure béton, percé de grandes baies vitrées et couvert d’un toit-terrasse, l’ensemble annonce un tournant dans la perception de l’architecture industrielle. Probable dernière réalisation de Charles Adda pour l’entreprise, sa vision pittoresque du bâtiment s’efface progressivement devant une modernité plus rationnelle qui triomphe au lendemain du conflit. Dynamisé par l’industrie de guerre et la démocratisation du biscuit, Belin décide d’accroître ses capacités de production par une politique d’extension et de modernisation de ses équipements. Son association avec Henri Gibier et Emile Billet en 1920 lui permet de réunir les capitaux nécessaires à la fondation de la SA biscuits Belin et à ses projets de travaux.

Nouvelle usine et production moderne

Dans le prolongement du site existant, sur un terrain récemment acquis au 138 de l’avenue Gambetta, est alors érigée la nouvelle usine. Réalisé entièrement en ossature béton laissée apparente, et composé de 25 travées chacune hourdie d’une allège de brique surmontée d’une grande baie, l’ensemble frappe par sa conception épurée. Parallélépipède massif, œuvre vraisemblable d’un ingénieur, seul un bandeau situé en attique sur lequel figure « BISCUITS BELIN » en lettres de ciment moulé apporte sa singularité au lieu. Pourtant l’atelier s’avère le nouveau symbole de l’entreprise au point d’en faire figurer une représentation sur les grandes boîtes de biscuits. Mais ce n’est pas autant l’architecture qui est porteuse d’une image valorisante que les équipements modernes qu’elle renferme.

Au-delà des bureaux qui s’installent sur l’aile droite, le bâtiment reçoit une minoterie capable de fournir 30 T de farine par jour ainsi que des gazogènes qui alimentent les nouveaux fours. Des investissements considérables ont permis l’acquisition de laminoirs en continu qui regroupent dans une seule machine les étapes de pétrissage, laminage et découpage de la pâte. Également équipée de 21 fours à gaufrettes, 13 fours à pain d’épices et 27 découpoirs, l’usine produit quotidiennement en 1925 de 20 à 30 000 kilos de biscuits, l’équivalent de la maison Olibet à Suresnes, l’une des plus importantes de la région. Néanmoins, si les phases d’expansions et de modernisation ont permis d’accentuer la productivité de l’entreprise, elles ont contribué à son endettement qui la pousse finalement à la faillite. Échec rattrapé deux ans plus tard par la fondation d’une nouvelle biscuiterie à Château-Thierry.

Filiation locale et reconversion

Mais à Bagnolet, les 400 personnes travaillant sur place en 1929 sont renvoyées, confirmant les craintes émises dès 1928 par la presse syndicale à l’égard de « cette grande boîte patronale ». Vu par certains observateurs comme un lieu d’exploitation ouvrière, elle aurait nourri sa propre perte par des politiques sociales jugées scandaleuses venant aggraver les erreurs industriels. Construite en 1907 par Charles Adda, ce pavillon de deux étages au plan en L est édifié en maçonnerie de briques sur un soubassement de meulière. Sur les façades enduites de mouchetis tyrolien ocre, les briques blanches et rouges disposées en alternance forment angles de chaînage harpé. Le toit à la Mansart, recouvert d’ardoises plates, est percé de lucarnes à fronton en bois d’inspiration art nouveau. Si le rapprochement entre la maison et l’usine reconvertie n’est pas immédiatement lisible, quelques similitudes le rappellent notamment par les jeux de polychromie.

Après le départ de Belin, l’usine est reprise par la Société des cartonneries de La Rochette, bientôt rattachée à la Centrale des usines à papier pour constituer la Rochette-Cenpa. Au début des années 1980, l’entreprise ferme. Les locaux sont repris par la SEM d’aménagement local, la SEMIMOB, qui porte un projet de reconversion des bâtiments en hôtel d’entreprise. L’opération est réalisée par l’agence d’architecture Atelier 86. Le site donnant sur l’avenue Gambetta est lourdement remanié. Seule la structure en béton armé demeure témoigne encore de l’époque Adda.

À Château-Thierry et autour

Gustave Belin s’installe ensuite à Château-Thierry en 1931, où, avec le soutien de son contremaître Raymond Dallemagne, il ouvre une manufacture dans un ancien garage de rue Henri Petit. Son fils, Roger Belin, prend la direction et la biscuiterie connaît un fort développement après la Libération. En 1961, une deuxième usine voit le jour près de là (U1), puis le fameux Pépito apparaît en 1963. La concurrence et les restructurations mèneront à la fermeture partielle des sites dans les années 1990, tandis que la manufacture d’origine continue parfois son activité et donne lieu à des lieux culturels comme La Biscuiterie.

Illustration archivaliste montrant l’évolution des bâtiments Belin à Bagnolet et leur réhabilitation

Aujourd’hui, l’image de Belin est portée par une histoire associant innovation industrielle et reconversion urbaine, avec des efforts de communication autour de son identité et de ses produits phares comme Chipster et Pépito. La marque a su s’adapter et se maintenir, passant par des rachats successifs et l’évolution du paysage agroalimentaire français.

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En 2022-2024, Belin réaffirme sa position en lançant le Chipster aux lentilles-corail, démontrant l’orientation nutritionnelle tout en restant fidèle à sa tradition d’apéritif convivial. Chipster, toujours présent dans les rayons, illustre les efforts continus pour combiner goût et modernité dans un segment des extrudés en croissance.

Été 1925 Production quotidienne: 20-30 000 kg de biscuits
Étapes clés Pétriage → Laminage → Découpe → Cuisson → Mise en rayon
Sites Bagnolet (première usine), Château-Thierry (usine U1), Gambetta (nouvelle usine)

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