Nathalie Grandet feu la braise roman : polar historique et justice sans compromis

Ce roman est inclus dans la pré-sélection pour le Prix des Lecteurs « Quais du Polar » de Lyon dont je suis juré. Eric Decouty est un auteur que je découvre avec ce polar historique, bien ancré dans les problèmes sociaux de notre époque. Le récit ne flambe jamais, la vérité couve, le juge est de ceux qui défendent une haute idée de la justice indépendante des politiques et des médias, et franchement ça me parle actuellement. De plus je retrouve un style qui me rappelle les excellents romans policiers de Georges Pelecanos, comme « Tout se paye » et « A peine libéré »… jusqu’à une bande-son jazz rythmant le récit.

Le juge Krause joue du piano, « des morceaux de Monk, de Peterson et de Tatum » nous dit l’auteur. « Il ne se dirige pas vers la sortie mais échange quelques mots avec le DJ et va s’installer au piano. Ségurel l’observe, sidérée, taper quelques notes au hasard puis se mettre à jouer. Elle reconnaît le morceau, un des airs préférés de son père. In a sentimental mood. Ellington au piano accompagné de Coltrane au saxo. »

Un étrange silence se fait d’un coup dans le karaoké, ponctué à la fin par une acclamation de la petite assemblée. Krause lève légèrement son chapeau en guise de salut et adresse un dernier regard à Ségurel. L’auteur part des incendies tragiques qui ont ravagé en 2005 des hôtels réservés aux personnes en situations de grande précarité. Plusieurs dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont morts dans les brasiers, souvent sans que la justice n’éclaire les circonstances de ces drames. Eric Decouty a mené une carrière de journaliste spécialisé dans les affaires politico-financières.

On suit avec beaucoup de plaisir le juge Krause dans sa complicité avec Jacqueline, une greffière fidèle qui ne l’a pas lâché quand il a été mis au placard après certains dossiers où il avait été « trop » efficace pour dénoncer des dérives au sein même de l’administration judiciaire. L’auteur excelle à installer une ambiance roman noir. « Gaspard Krause grommelle des injures contre la météo, accroche son imper et son trilby trempés au perroquet bancal, puis s’installe à son bureau sans cesser de maugréer. Derrière un gros ordinateur, Jacqueline l’observe avec un sourire ironique et bienveillant. »

image d’un juge et d’une avocate en enquête

« Bonjour Monsieur le juge », dit-elle à mi-voix au moment où il allume sa première Peter Rouge de la journée. Krause répond d’un hochement de tête. Une volute de fumée le fait grimacer. Douze ans qu’ils font équipe. Après leur rencontre au tribunal de Créteil, elle l’a suivi à Évry, Bobigny et enfin à Paris. Vient s’ajouter au duo une avocate de caractère, Nathalie Ségurel, touchée par la mélancolie de ce juge esseulé qui a un penchant pour le whisky (pas seulement car lors d’un dîner au restaurant avec elle, une bouteille n’est pas assez, il en recommande une autre…).

L’écriture est fluide, agréable. On navigue entre pressions politiques, cupidité liée au marchands de sommeil, injustice et envie de revanche de jeunes issus de l’immigration, rejetés et devenant des proies pour les prédicateurs, attirés parla délinquance ou enrôlés vers des zones de conflit au Moyen-Orient, au Yemen… Tano et sa sœur Maboussou, dont la famille a péri dans l’incendie, sont au cœur de l’engagement du juge et de l’avocate. Un roman noir bien construit, occasion utile de prendre du recul sur une période troublée dont nous ne sommes toujours pas sortis.

L’incendie devient cendres qui ne disent plus grand-chose du feu qui emportait des innocents. Après la reconstruction, on oublie vite… Le récit de Eric Decouty illustre la volonté opiniâtre d’hommes et de femmes de bonne volonté à faire vivre la Justice, malgré les difficultés nombreuses, sans angélisme. Je suis un lecteur passionné. Les livres peuvent guider notre vie et il convient de bien les choisir et de bien les analyser afin d'en extraire le meilleur pour nous même et ceux qui nous entourent.

« Un texte facile à lire, parfaitement ajusté aux codes du roman policier classique, celui du récit d’énigme. Mais avec de la chair, de l’épaisseur, de vrais personnages. Et un décor, une atmosphère, une âme. »

Réception critique et contexte

« Cette grande saga familiale offre à lire une enquête halетante. » Le Point

« Enquête familiale, non-dits, un roman noir haletant où l’autrice dévoile petit à petit le vécu, les mystères, secrets et zones d’ombre de ses personnages, dans une atmosphère oppressante. » La Voix du Nord

« C’est minéral, c’est âpre, c’est prenant. » Nicolas Carreau, Europe 1

« Épais, amer, noir comme un café trop serré, ce roman déroule les névroses du clan Kerivel (...) Emmanuelle Faguer donne toute la mesure d’un formidable talent dans cette histoire tragique et d’une âpre densité. »

« Distillant une atmosphère délétère, pleine de rebondissements et parsemée de flash-backs, Emmanuelle Faguer nous entraîne dans cette passionnante intrigue, à la fois roman noir et thriller familial. Envoûtant ! »

« Une véritable drogue. Toute l’intrigue est prenante, l‘ambiance obsédante. Bienvenue dans une famille terrifiée, blessée par des secrets, des mensonges… Les pages passant, on attend l’implosion, l’explosion. Irrésistible ! »

« J’ai été happée par le destin tragique de ces personnages. Un roman à la construction en béton qui se dévore d'une traite. »

« J’ai aimé être plongée dans la vie de cette petite ville bretonne, les différences de caractère des personnages et la retranscription de leur vécu, l’aspect touchant et recherché de l’histoire. »

« Ce roman où les personnages, et notamment les femmes, sont formidablement campés, vous envoûtera par son atmosphère pesante, ses fantômes et ses silences. La vérité se cache parfois dans les détails... Vous ne lâcherez pas ce livre au dénouement inattendu et bouleversant. »

« Un roman impossible à lâcher ! »

« Une saga familiale en Bretagne. Qui est le meurtrier à Douarnec ? Entre Dolmen et Les cœurs brisés… »

« Plus qu’un roman noir, ce livre est une très belle étude sociologique au cœur d’un petit port breton, traitée avec justesse et subtilité. »

« Emmanuelle Faguer excelle à nous faire toucher du doigt la vérité tout en nous faisant douter jusqu’au bout. »

infographie justice et enquêtes sociales

La comparaison avec des œuvres d’autres auteurs et les échos critiques montrent un roman qui explore à la fois les mécanismes de la justice et les tensions sociales contemporaines, sans s’affranchir d’une dramaturgie romanesque dense et humaine. L’intrigue, loin des artifices sensationnalistes, privilégie les rapports entre personnages clés et leur implication dans une époque marquée par les inégalités et les migrations.

La Voie de la Justice - Bande Annonce Officielle (VF) - Michael B Jordan / Brie Larson / Jamie Foxx

En filigrane, la question de la mémoire collective et des tragédies passées, comme les incendies de 2005, résonne avec les problématiques actuelles de précarité et de justice indépendante. Le style, fluide et riche en détails, permet au lecteur de ressentir les ambiances et les dilemmes moraux des protagonistes, tout en offrant une critique sociale sensible et mesurée.

Tableau synthèse des thèmes

ThèmesAspect romanesqueCadre social
Justice indépendanteJuge Krause et son engagementRéseaux politico-financiers, pression médiatique
Incendies et mémoireÉvènements déclencheurs et analyse psychologiquePrécarité et oubli, reconstruction
Famille et loyautéPartenariats, alliances, et secretsDynamiques générationnelles
Inégalités et intégrationParcours de Tano, Maboussou et jeunes issus de l’immigrationDisparités sociales et tensions identitaires

Les critiques soulignent aussi le rythme haletant et la narration en équilibre entre roman noir et thriller familial, avec une densité psychologique et une atmosphère maîtrisée qui saisissent le lecteur jusqu’au dénouement, tout en offrant une réflexion sur les mécanismes de la justice et les défis contemporains.

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