Nathalie Fournier, patissière et collectionneuse d’art : biographie indépendante et itinérante

Si vous la croisez dans une foule artistique, vous ne pourriez pas la manquer. Oui, elle est cette Française au teint bronzé et au grand sourire qui représente une élégance discrète dans le monde de l’art. Son nom: Nathalie Fournier, la collectrice venue de Lyon. « Je déteste le terme “collectionneuse” », a-t-elle protesté. Pourtant, elle est celle qui prend des risques en achetant jeune et tôt, et, au cours de la dernière décennie, elle a réuni 300 œuvres d’une génération émergente.

Une approche singulière de la collecte

« C’est trop facile d’investir dans des artistes célèbres, c’est comme se styliser avec Hermès ou Louis Vuitton », déclare-t-elle. Nathalie se lance en solo dans la collecte d’art contemporain, et construire sa collection devient une expérience personnelle et exigeante. « Quand on collecte seul, tout le poids repose sur vos épaules ! »

Elle privilégie une approche sans obsession: « Je ne suis jamais frustrée et je n’ai aucun regret contrairement aux autres qui sont vraiment obsédés par l’art ». Son cadre de vie et son rythme témoignent d’un équilibre fragile entre vie familiale et ambitions professionnelles, où l’art sert aussi bien de pratique que de philosophie de vie.

La collection et le regard sur les jeunes artistes

La collection de Nathalie est majoritairement axée sur les jeunes artistes. « On prend plus de risque en achetant de jeunes artistes », affirme-t-elle, aimant défendre ces talents et essayer d’avoir plusieurs œuvres du même artiste. Elle ne se considère pas mécène, mais ce qui la fascine, c’est que jadis un mécène soutenait tout un atelier et devenait ainsi le grand connaisseur de l’artiste.

« J’essaie d’acheter au tout début de la carrière d’un artiste auquel je crois. Je ne vais pas attendre des années ! » Elle se souvient d’avoir acheté tôt le travail de Rebecca H. Quaytman en 2008, avant qu’elle n’intègre Gladstone Gallery. Aujourd’hui, cette artiste est très demandée, et François Pinault en a acquis plusieurs de ses pièces.

Le regard de Nathalie s’accompagne d’un souci d’authenticité et de personnalité: « La collection est personnelle et j’achète avec mon cœur. Il y a toujours des souvenirs d’une personne, d’une histoire ou d’un moment de la vie cachés dans un objet ». Elle préfère éviter les « art advisors » et privilégier l’achat guidé par le sentiment individuel.

Le marché, les réseaux et l’art comme aventure sociale

Le marché de l’art a beaucoup changé selon elle. « Maintenant, les prix des jeunes artistes sont devenus exorbitants », déplore-t-elle. Elle s’indigne aussi des tendances qui réduisent l’art à un simple affichage visuel ou à un fait social, soulignant que l’art peut et doit porter une réflexion.

Pour découvrir les jeunes talents, elle privilégie les galeries et les rencontres personnelles plutôt que les foires nombreuses. « Les foires ne sont pas l’endroit idéal pour découvrir les jeunes artistes et elles sont trop nombreuses ». Elle recherche des partenaires partageant le même regard et le même goût, même si elle est basée à Lyon et voyage beaucoup. L’art est pour elle aussi un réseau social, une manière de rencontrer du monde et d’élargir son cercle.

Vie personnelle et parcours familial

NF, comme on l’appelle dans l’interview, explique que son parcours familial a influencé son inclination artistique: « Mes grands-parents étaient collectionneurs et mon père collectionneur d’art africain ». Elle a grandi entourée de belles choses et son premier achat était un tableau du XIXe siècle à dix-huit ans. Sa passion est devenue une vraie vocation qui s’inscrit désormais dans une vie de famille où ses filles partagent son intérêt pour l’art et les expositions.

Sur le plan personnel, Nathalie aime voyager et rencontrer des artistes, et elle décrit une relation durable et évolutive avec sa collection, toujours guidée par l’affect et l’expérience acquise au fil des années. Elle a aussi évoqué les défis d’un style de vie nomade, notamment quand elle voyage sans son mari, ce qui peut être compliqué pour un couple au quotidien.

La scène lyonnaise et l’ouverture à l’international

À l’occasion de la Biennale de Lyon, Nathalie ouvre sa maison et organise une chaleureuse fête pour la communauté artistique du monde entier. On peut visiter sa collection ainsi que le pavillon d’artistes en résidence où elle accueille de jeunes créateurs à Lyon pour une durée déterminée. Cette initiative illustre son désir de soutenir directement les artistes en marge du circuit principal et de favoriser les échanges entre artistes, galeristes et collectionneurs.

Notes et éléments biographiques complémentaires

  • NF s’identifie comme amateur plutôt que comme “collectionneuse” professionnelle, préférant définir son rôle autrement que par l’étiquette de la profession.
  • Elle souligne l’importance des échanges et des conversations avec les artistes et les galeristes, qui vont souvent au-delà de l’acte d’achat et renforcent les liens familiaux et amicaux du milieu.
  • Elle soutient le marché français et privilégie les galeries françaises lorsque les œuvres et artistes qu’elle aime y sont présentés.

À propos de la vie actuelle et de l’atelier itinérant

En camping-car spécialement aménagé, elle sillonne les routes et partage sa vie entre cinq villes des Vosges, illustrant une approche pratique et libre de l’art en dehors des grands centres urbains. Ancienne responsable de magasin de vêtements, Nathalie a changé de vie après une période d’emploi salarié et d’indépendance. Depuis 2017, elle coud, libre et heureuse, dans son atelier de couture intégré dans le camping-car.

Infographie: Parcours de Nathalie Fournier dans l’art contemporain et l’artisanat mobile

Éléments thématiques et citations marquantes

« C’est comme les différences entre les hommes et les femmes » répond-elle à Selina Ting sur le rôle des femmes dans la collection. Elle explique que même si les femmes peuvent être esthétiques et harmonieuses dans leurs choix, cela ne signifie pas absence de réflexion ou de sens politique dans les œuvres qu’elle collectionne.

La conversation tourne autour de la question du « dernier mot » dans un couple-collectionneur et du pouvoir d’achat qui influence les décisions d’acquisition. Elle souligne la complexité des dynamiques dans les couples et l’importance de respecter les goûts et les histoires derrière chaque œuvre.

Photo de Nathalie Fournier avec son chien Fufu et autres œuvres dans son salon
AspectDescription
ApprocheCollectionneuse indépendante, privilégie le risque sur les jeunes artistes
PhilosophieAchats guidés par le cœur, sans engagement envers l’argent ou les conseils d’“art advisors”
PortefeuilleEnviron 300 pièces provenant d’une génération émergente
Vie personnelleMère de trois filles, voyage fréquemment, création dans un camping-car

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