Un disque parfait pour accompagner l’époque. Loin d’être un manifeste politique ou dystopique (encore moins la bande-son inédite d’un film d’animation bien connu), “This Is the Ice Age”, troisième album de Martha and the Muffins - groupe canadien de Toronto trop souvent réduit et systématiquement ramené à son tube “Echo Beach” présent sur son premier LP sorti en 1980 - revient sur notre platine en réponse idoine à une nécessité de pop racée capable de souffler le chaud et le froid sur ces temps suspendus et inquiets. C’est aussi et surtout parce qu’on y trouve d’autres choses plus intemporelles, une balade sonore urbaine mélancolique, un halo de lumière au travers de la poussière et une légère brise tiède enveloppant les sens. “This Is the Ice Age” est un petit favori, de ceux qui passent le test du temps et des purges discophiles. Une nouvelle étincelle en jaillit toujours, même si on connaît le disque par cœur sans l’écouter si souvent que ça. On en partage les bienfaits entre initiés bienveillants mais pas nostalgiques, on passe le mot.
Musicalement, c’est plus sûrement la grande réussite artistique d’un groupe vite classé en son temps dans la catégorie des challengers light des Talking Heads. En 1981, après deux albums de new wave/art pop sympathiques et plutôt réussis mais avec un succès commercial décroissant, le groupe remanié obtient de son label le contrôle artistique pour la production de son troisième LP, en contrepartie d’un budget moins conséquent. L’idée pour le couple principal de songwriters/chanteurs et musiciens, Martha Johnson et Mark Gane, est de mettre en sons des compositions qui garderont l’ADN pop du groupe tout en se lâchant sur l’expérimentation. C’est le frère de leur nouvelle bassiste qui se voit confier la console, un certain Daniel Lanois, (co)producteur novice dont les recettes initiées sur l’album - enregistré à Toronto - lui assureront gloire et fortune sous d’autres cieux.
La force pérenne de “This Is the Ice Age” tient à l’alliance de compositions plus matures que sur les albums précédents, et dont le minimalisme relatif se double d’arrangements subtils et de structures toujours surprenantes, stratifiés par une mise en son soignée, inventive, qui surprend encore à la réécoute par sa modernité ; notamment par le filtrage habile des synthés, claviers et percussions, grâce à des effets qui évitent au tout de sonner avec les travers de production synthétoc d’un paquet de groupes de l’époque. Même les quelques interventions du saxo se fondent en évitant les clichés destructeurs. Aéré, le songwriting est de haut vol, les paroles cultivent l’humour acerbe sous de très belles lignes mélodiques, et tout l’album s’écoule comme un charme avec fluidité entre ses côtés pop et ceux plus ambient.
Suite au semi-succès du single “Women Around the World at Work” et à l’échec commercial de l’album, Martha And The Muffins sera éjecté de Virgin et le reste de la carrière du groupe, bientôt réduit au duo Johnson/Gane, restera fluctuant. Biographie Le groupe canadien Martha and the Muffins pour son tube de la période new wave, « Echo Beach ». Formé à Toronto en 1977 par la chanteuse et claviériste Martha Johnson (née le 18 décembre 1950), le groupe réunit les camarades de lycée que sont Mark Gane (guitare), son frère Tim Gane (batterie) et Carl Finkle (basse), puis Andy Haas (saxophone) et Martha Ladly (guitare). C'est dans cette configuration qu'est enregistré le simple « Insect Love » (1978), suivi par la signature avec le label indépendant Dindsic et l'album Metro Love (1980), produit par Mike Howlett. Paru simultanément, l'extrait « Echo Beach » connaît un succès rapide, se classant n° 5 au Canada, n° 10 au Royaume-Uni et remportant le Juno Award de la chanson de l'année. Le morceau alliant synthétiseur, guitares et saxophone s'inscrit durablement au répertoire de Martha & the Muffins, qui publie ensuite les albums Trance and Dance (1980) et This Is the Ice Age (1982), produit par Daniel Lanois, frère de la bassiste Jocelyne Lanois qui a rejoint le groupe en 1981. La formation rebaptisée M+M après le départ du saxophoniste enregistre sous ce nom les albums Danseparc (1983) et se voit réduite au duo et couple formé par Martha Johnson et Mark Gane pour son successeur Mystery Walk (1984), dont est extrait le hit « Black Stations/White Stations » (n° 26 au Canada, n° 2 des charts dance aux États-Unis). Installés en Angleterre pour l'enregistrement de The World Is a Ball (1986), les deux musiciens s'accordent une pause jusqu'à Modern Lullaby (1992), suivi par la compilation Then Again: A Retrospective (1998). Le nom initial du groupe retrouvé, ils continuent de se produire et enregistrent l'album Delicate (2010), tandis que sort une version acoustique d'« Echo Beach » pour son 30e anniversaire. De retour après Solo One (2013) signé Martha Johnson, Martha and the Muffins publie l'album de remixes Where Blue Meets Green (The Balearic Edits) en 2017 et la compilation Marthology: In and Outtakes (2021).
Je m’étais promis d’écrire une petite bafouille sur ce disque, je m’y essaye pendant cette trêve des confiseurs. Je ne connaissais quasiment Martha & The muffins qu’au travers de leur premier album "Metro music" et leur succès "Echo Beach", que j’avais eu entre les mains plusieurs fois. Je trouvais la pochette excellente et son contenu plutôt intéressant, mais assez inégal sur la durée. Il y avait quelque chose dans ce disque, mais je n’arrivais toutefois pas à le garder pour ma collection personnelle. Et puis, un jour, assez tardivement je suis tombé sur ce "This Is The Ice Age", dans un lot New Wave, plutôt bien fourni. Sorti en 1981, chez Dindisc (comme les deux premiers Lps), un sous label de Virgin où l’on trouvait des groupes comme Orchestral Manœuvres in the Dark, The Monochrome Set, Modern Eon, cet album s’illustre encore une fois par sa cover particulièrement réussie (réalisée par Peter Saville), une constante chez ce groupe finalement. Ce troisième opus est produit par Daniel Lanois et le groupe lui-même. Martha & The Muffins est un groupe canadien, originaire de Toronto, formé en 1977 en pleine période Punk. Lanois (dont la sœur Josephine a d’ailleurs participé au projet et au disque comme bassiste) enregistre le groupe dans son studio de Hamilton, amenant sans doute le groupe dans des confins plus expérimentaux, dont il a le secret, annonçant sa collaboration future avec Brian Eno. Quand j’ai mis le disque pour la première fois sur ma platine, je ne m’attendais pas à ça. Voilà un album que j’aurai à priori délaissé en d’autres temps, du temps de ma jeunesse. Je pense que ce disque est tombé à pic, dans une période de ma vie, où je peux désormais appréhender des œuvres plus complexes en toute quiétude, comme je peux m’ébahir sur des choses dîtes plus faciles, sans culpabilité. C’est peut-être le privilège de l’âge, de se sentir avec des capacités de compréhension, une expérience, une distance et un recul pour mieux cerner et apprécier totalement. Il faut le dire, ce disque est d’une modernité inouïe, un ovni comme on le dit dans le jargon du critique. "This is the ice age" est inclassable, intemporel, et très original d’autant que l’on sait qu’il est sorti il y a 42 ans. Martha & The Muffins va très loin cette fois-ci, au-delà de ce qu’ils proposaient précédemment et signent à mes yeux leur plus belle œuvre. Bon je ne connais pas réellement ce qu’ils font désormais, puisque le groupe est encore en activité (M+M), et il me faudra aller jeter une oreille à l’occasion. Mais voilà un disque, typiquement, qui ressemble à un joyau, dont on ne parle que très rarement, qu’entre gens avertis. Le morceau d’ouverture "Swimming" annonce la couleur. Un titre hypnotique, ramassé, révélant une production des claviers et des percussion hors du commun. Les chœurs ont l’air de sortir tout droit de chez Stereolab et la voix de Mark Gane est captivante. La suite est pure merveille. On est tenté de convoquer des tas de références. Bien sûr Martha & The Muffins s’inscrit pleinement dans cette scène new-yorkaise de l’époque (Talking Heads, Polyrock), mais avec ses caractéristiques propres, ce son unique, intimiste et cette richesse musicale singulière. Je me demande si Broadcast, Pram ou Stereolab ont, dans leurs parcours, écouté ce disque, tant les liens semblent évidents avec ces différents projets, surtout avec la bande à Tim Gane (tiens un Gane comme Mark, hasard des choses). Tout laisse à le penser : dans le jeu, les voix (celle de Martha rappelle celle de Laetitia), et cette facilité à composer des chansons Pop avec des arrangements électroniques et expérimentaux de tout premier choix. Sur "Boy without filters", Gane chante à la manière d’un Sylvain Chauveau, sur ses reprises de Depeche Mode, avec des nappes et des effets magistraux. Et l’on reste ébahi par tant d’innovation, comme Fra Lippo Lippi (même époque, 1981), ouvrant la voie à cette scène Modern Classic, qui viendra bien des années après. Le très délicat "One day in Paris" chanté par Martha cette fois-ci, nous y renvoie également. Globalement, derrière cette apparente simplicité dans la production, les morceaux de cet album s’illustrent par leurs cohérences, leurs efficacités, les rythmes (basse, batterie, percus), les mélodies (claviers) et l’inventivité (effets, nappes, boucles). Le titre éponyme est un bijou de richesses instrumentales. "Three Hundred Years / Chemistry" le morceau final, en 7 minutes, fait la synthèse de tout l’album. L’humilité des Martha & The Muffins est bluffante, et la modestie évidente qui accompagne ces morceaux, confère à l’ensemble, une puissance, une portée, qu’ils n’avaient jamais imaginé sans doute. Ce disque devrait, à mon sens être, dans toutes les discothèques, toutes les collections. Il mérite d’être partager véritablement au plus grand nombre. Et l’on ne comprend pas vraiment comment "aucun spécialiste" n’en parle pas davantage ou ne s’en fasse plus communément l’écho. Suite à ce disque et son insuccès, Dindisc se séparera d’eux.

Tableau des temps forts et des liens artistiques:
| Élément | Description |
|---|---|
| This Is the Ice Age | Troisième LP, 1982, production Daniel Lanois |
| Echo Beach | Sélection emblématique, succès international |
| Daniel Lanois | Co-producteur, influence expérimentale |
| Virgin/Dindisc | Étiquette et contexte de production |
Swimming ouvre l’album avec une présence hypnotique des claviers et percussions, annonçant un discours sonore à la fois pop et ambient. Three Hundred Years / Chemistry conclut l’ouvrage, synthétisant les expérimentations et les lignes mélodiques au cœur de l’âme du groupe. Globalement, l’album s’écoute comme une promenade urbaine mélancolique, où le minimalisme devient richesse et où les effets électroniques demeurent pertinents des décennies plus tard.
Cette oeuvre, aujourd’hui souvent citée parmi les joyaux méconnus de la new wave, mérite d’être réouverte à l’audience contemporaine et partagée entre amateurs avertis qui savent apprécier les subtilités d’un son qui ne vieillit pas.