Historien et praticien de l’espace: entre urbex, mémoire et sources matérielles au XXe siècle

Ce texte explore comment les pratiques d’espace et de mémoire, en particulier dans les contextes de guerre et de société, nourrissent une approche historique moderne et matérielle.

Une approche fondée sur le lieu et le paysage

Nicolas Offenstadt est historien, maître de conférences habilité à l’université Paris 1. Il est spécialiste des pratiques de guerre et de paix pendant la Guerre de Cent ans ainsi que pendant la Première Guerre Mondiale. À propos de votre travail sur la R.D.A. et sur le Chemin des Dames, vous expliquez être parti de l’exploration d’un lieu ou d’un paysage, épisode que vous retracez ensuite dans vos ouvrages dans le cas de la R.D.A..

Dans votre Histoire de la R.D.A., vous mobilisez aussi bien des paquets de cigarettes vides que la muséographie de petits musées privés, une discussion dans un train avec un inconnu que le nom des rues actuel ou passé. De la même manière, vous faites de l’urbex une pratique historienne, vous visitez des villes guide touristique de l’époque en main, fréquentez les brocantes…

Les nouvelles sources et les méthodes

Est-ce que de nouvelles sources impliquent de nouvelles méthodes ? Contre l’hyperspécialisation qui caractérise généralement l’histoire universitaire, vous écrivez aussi bien des ouvrages d’histoire médiévale, sur la Première Guerre mondiale ou sur la RDA. Peut-on tracer des liens thématiques et méthodologiques entre vos différents sujets, ou forment-elles des œuvres indépendantes ?

Quels chemins avez-vous suivi pour passer d’un thème à un autre ? Dans Le Moyen Â̂ge de Jürgen Habermas, vous proposez une réflexion sur l’utilisation par les historiens de concepts exogènes, issus d’autres sciences sociales et forgés pour décrire les réalités appartenant à un contexte différent. Vous avez exploré dans vos travaux plusieurs pratiques historiographiques (l’histoire comparée ou l’anthropologie historique par exemple).

Acteur et observateur de l’Histoire et de la mémoire

Avec le recul, lesquels vous paraissent les plus ou les moins féconds pour traiter de vos sujets de recherche ? Dans Les fusillés de la grande guerre et la mémoire collective, les bornes temporelles sont larges et arrivent jusqu’à l’année de publication du livre. Vous proposez ainsi une histoire matérielle de la mémoire qui s’étend jusqu’au temps présent. Comment être à la fois acteur et observateur de l’Histoire ? Comment être acteur et observateur de la mémoire ?

Vous prêtez une grande attention aux objets passés du quotidien, aux produits abandonnés, et aux ruines, de la même manière que vous traitez avec sérieux le projet de société que proposait la R.D.A. et la viabilité d’un modèle alternatif au tournant de l’année 1989. Est-ce une façon de lutter contre une lecture téléologique de l’Histoire qui fait des vaincus et de leurs projets d’inéluctables échecs ?

Vulgarisation, écriture et formats

La vulgarisation et les usages politiques de l’Histoire sont partagés aussi bien par des passionnés d’histoire que par des essayistes ou polémistes. On a l’impression que vous voyez dans certaines de ces initiatives l’expression d’une forme de légèreté voire d’hybris. Vous mobilisez parfois des formes d’écriture presque à la manière d’un magazine, faites des flashs sur des événements ou anecdotes en petits paragraphes concis. Et au-delà de La Grande Guerre en 30 questions, clairement pensé pour le grand public, la volonté de vulgariser et de rendre accessible la recherche historique au plus grand nombre est toujours perceptible dans vos ouvrages, notamment lorsqu’ils traitent de la Première Guerre mondiale.

Les objets comme objets d’histoire

L’influence de la Rome baroque et d’autres courants montre comment les représentations artistiques et matérielles éclairent les périodes historiques. L’entremetteuse et les figures associées, comme thème récurrent dans l’histoire de l’art et de la littérature, illustrent comment des images et des objets peuvent populariser des dynamiques sociales avec force et ambiguïté. Dans ce cadre, les objets du quotidien, les ruines et les dispositifs muséographiques deviennent des preuves et des vecteurs de mémoire collective.

  1. La formalisation des sources matérielles et leur utilisation pour comprendre des périodes difficiles et leurs tensions.
  2. L’idée que l’espace vécu, les lieux et les paysages, participent à la fabric de l’histoire et de ses mémoires.
  3. La place croissante des pratiques d’urbex, muséographie et rencontres quotidiennes comme méthodes d’enquête.

Tableau synthèse des pratiques et sources

Pratique historiqueSource typiqueIntérêt méthodologique
Exploration d’un lieu/paysageR.D.A., Chemin des DamesRelier espace et mémoire
Objets du quotidienPaquets de cigarettes vides, objets abandonnésTraces matérielles de vie et de guerre
Muséographie et espaces mémorielsMusées privés, HistorialConstruction des mémoires publiques
Pratiques culturelles et médiatiquesÉcriture magazine, vulgarisationAccessibilité et démocratisation de l’histoire

Influences et figures centrales

Jacques Le Goff est cité comme l’un des plus grands médiévistes et penseurs de la mémoire collective, rappelant que la mémoire peut servir l’avenir et éclairer l’action politique et sociale. Dans ses méthodes, l’attention portée au long Moyen Âge et l’importance des sources variées montrent une continuité avec les approches matérielles et transdisciplinaires évoquées ci-dessus.

carte historique et espace de mémoire

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