Glacage S.O.S. Fantômes : La Menace de Glace — un héritage gelé

En 2021, S.O.S. Fantômes : l’Héritage faisait office de vrai S.O.S. Fantômes 3 en ramenant les héros des premiers films cultes aux côtés des nouveaux Ghosbusters. En 2024, S.O.S. Fantômes : La Menace de Glace continue sur la lancée en tant que S.O.S. Fantômes 4. Retour à New York pour chasser du fantôme en famille, avec les nouveaux personnages (Paul Rudd, Carrie Coon, Mckenna Grace, Finn Wolfhard) et les anciens (Bill Murray, Dan Aykroyd, Ernie Hudson, Annie Potts).

La logique des « legacy » et le retour à la caserne

La fin de S.O.S. Fantômes : l’Héritage était un avertissement. Après avoir lâché les fantômes dans les champs de l’Oklahoma le temps d’une parenthèse bucolique, tout le monde revenait à New York et la fameuse caserne des Ghosbusters. Fini de plaisanter et faire croire que la saga allait oser se réinventer ailleurs, avec de nouveaux personnages. S.O.S. Fantômes, c’est à New York, avec Bill Murray, Dan Aykroyd et Ernie Hudson. Et puisque Harold Ramis est mort en 2014, c’est aussi avec les descendants de son personnage Egon Spengler : sa fille Callie (Carrie Coon) et ses petits-enfants Phoebe (Mckenna Grace) et Trevor (Finn Wolfhard).

C’est le symptôme des legacyquels, ces suites dédiées à la nostalgie qui ressemblent plus à des histoires de royalties qu’à des histoires tout court (Jurassic World, Star Wars, Terminator, Scream, Halloween…). Après une introduction charmante, S.O.S. Fantômes : l’Héritage avait donc foncé tête baissée dans cette formule, ramenant le grand méchant Gozer du premier film, ainsi que tous les héros originaux - même Egon, présent en tant que fantôme.

la caserne emblématique de New York

Intrigue et équipes : multiples fils narratifs qui s’éparpillent

La Spengler family s’est installée dans la caserne, et chasse des fantômes. Tout le monde doit affronter un gros fantôme, qui prend ici la forme d’un Mister Freeze croisé avec un méchant du DCEU. Et le résultat est certainement l’un des pires S.O.S. La famille Spengler revient là où tout a commencé, l'emblématique caserne de pompiers de New York. Ils vont alors devoir faire équipe avec les membres originels de S.O.S. Fantômes, qui ont mis en place un laboratoire de recherche top secret pour faire passer la chasse aux fantômes à la vitesse supérieure.

Lorsque la découverte d'un ancien artefact libère une armée de fantômes qui répand une menace de glace sur la ville, les deux équipes S.O.S. vont devoir s'unir. Mais que faire quand vous avez déjà quatre personnages principaux accompagnés par deux seconds couteaux (Podcast et Lucky, encore plus inutiles que dans S.O.S. Fantômes : l’Héritage), et que vous devez en plus donner l’illusion que les quatre Ghostbusters originaux servent à quelque chose ? Vous rajoutez de nouveaux personnages, histoire de vraiment empirer la situation de cet empire de glace. Et c’est encore mieux s’ils sont finalement les clés de l’intrigue.

Gestion des personnages : un triple salto arrière

Fantômes : La Menace de Glace réussit un bel exploit de type triple salto arrière avec sa gestion calamiteuse des personnages. La petite tendresse autour de la nouvelle génération du précédent film s’évapore dans cette suite bien grasse où tout le monde assume un rôle bien déterminé, et s’agite sans avoir le temps de respirer et exister. Et tant pis si on perd le peu de charme du précédent film pour foncer dans le mauvais blockbuster sans âme.

Dans un monde où ces films sont de simples supports pour pérenniser les licences et remplir les poches de ceux qui possèdent les droits, les personnages ne sont plus que des accessoires, placés dans le décor au même titre qu’un logo ou un costume. Le retour inutile des bestioles CGI (Bouffe-tout et les mini Marshmallows) vaut autant que celui de Walter Peck, personnage du premier S.O.S. Fantômes devenu maire et qui reprend l’éternel rôle du monsieur-autorités s’opposant aux Ghostbusters.

les mini Marshmallows et Bouffe-tout

Effets, spectacle et le syndrome du blockbuster

S.O.S. Fantômes : La Menace de Glace a aussi eu la bonne idée de récupérer l’une des pires choses du S.O.S. Fantômes de 2016 : les tics de blockbusters et la débauche d’effets visuels. Avec un budget supérieur au précédent (100 millions, contre 75 pour L’héritage), la suite suit le cahier des charges : une plage avec une grande roue où des figurants hurlent en regardant l’horizon, des rues où des figurants lèvent les yeux vers le ciel en ayant très peur et des plans larges de New York congelée, tout ça autour de l’inévitable portail magique dans les nuages.

Mais le problème vient d’abord de ce fameux Frozen Empire. Grâce à son grand méchant CGI absolument inintéressant et digne d'Aquaman 2, cette apocalypse ressemble finalement plus à Geostorm qu’au Jour d’après. Le chaos commence véritablement dans les vingt dernières minutes, et la menace n’est jamais tangible malgré la montagne de CGI (tout le monde disparaît des rues et personne ne semble avoir été congelé à la fin). Quant à Garraka, sa puissance n’est tellement pas assumée entre la scène d’intro et le climax qu’il reste un vilain générique parmi 150 autres. Même le retour de Gozer dans S.O.S. n’y change rien.

Mise en scène et rythme : du Jason Reitman au Gil Kenan

Ce n’est pas la mise en scène de Gil Kenan qui sauvera quoi que ce soit puisque le réalisateur de Monster House (ou plutôt du remake de Poltergeist dans ce cas) fait pâle figure comparé à Jason Reitman - c’est dire la pauvreté puisque S.O.S. Fantômes : l’Héritage restait dans les clous, malgré quelques jolies idées visuelles. Après une première course-poursuite relativement inventive pour ouvrir les festivités, S.O.S. Fantômes : La Menace de Glace devient un interminable tunnel de scènes bavardes dans des décors inintéressants (la caserne, le labo, des appartements).

La réalisation de Gil Kenan est plutôt bonne, sans être forcément réellement inspirée. On sent, par certains plans, qu’il vient du film d’horreur. En ce sens, l’image est assez travaillée, surtout quand le grand méchant fait son apparition. Il utilise d’ailleurs bien les rues de New-York comme terrain de jeu. C’est assez varié et ce n’est pas plus mal. Les effets spéciaux sont de bonne facture. Mais les quelques idées amusantes, comme le fantôme qui possède les objets, sont évacuées en cours de route, tout comme les pseudo twists réglés en quatrième vitesse.

SOS FANTÔMES : La Menace de Glace Bande Annonce VF (2024)

Structure narrative : trop d’éléments, pas assez de souffle

Si, séparément, certaines trames sont assez intéressantes, d’autres sont étirées artificiellement pour placer quelques Easter Eggs et clins d’œil au reste de la saga. Une autre trame se focalise sur l’enquête sur une orbe mystérieuse menée par Trevor (Finn Wolfhard, assez amusant), Podcast (Logan Kim, qui en fait toujours des tonnes), Ray (Dan Aykroyd, dont on ressent l’âge à l’écran), Lucky (Celeste O’Connor ) et le petit nouveau de la saga, Lars. Cette partie de l’histoire est bourrée de références à la saga et l’enquête, en plus d’être prévisible, s’étire plus que de raison. C’est trop.

Si le premier et le dernier acte du film sont assez efficace en termes d’action et de rythme, le second acte (le plus long), casse celui-ci et on se retrouve à s’ennuyer pendant 45 minutes en milieu de métrage. C’est dommage ! En racontant une histoire plus simple sans chercher à la bourrer de références inutiles, nous aurions obtenu un long-métrage beaucoup plus fluide et digeste. Certains de ces défauts étaient déjà présents dans SOS Fantômes : L’héritage, nous en avions parlé à l’époque, mais cela pouvait encore passer. Ici, ce n’est plus le cas.

Hommages, attraction interactive et place de la nostalgie

S.O.S. Fantômes : La Menace de Glace n’est plus un film, mais une attraction interactive, pensée comme une succession de saynètes-hommages. Un petit tour au grenier pour le Bouffe-tout, un passage par la chambre pour la parade des mini Marshmallows, un retour à la bibliothèque pour refaire la scène du premier film, le tout autour d’une intrigue qui tourne littéralement autour de la poubelle des Ghostbusters. On n’aurait pu rêver mieux comme image.

Passé la « surprise » de leur retour « inattendu », les Ghostbusters d’hier font désormais partie du décor, quelque part entre les meubles d’époque et les figurants de luxe. On reprend le pire et on recommence. Le peu de charme qu'il y avait dans S.O.S. Fantômes : l’Héritage s'est envolé dans S.O.S. Fantômes : La Menace de Glace, qui troque la tendresse nostalgique pour le spectacle bas du front. Et interminable.

Points positifs et aspects appréciables

Avant de parler des gros problèmes du scénario, parlons du positif. Le long-métrage commence fort avec une course poursuite dans New-York pour illustrer les divers problèmes de cette petite famille. Le premier et le dernier acte du film sont plutôt bons. Le film conserve des morceaux de bravoure rigolos et une romance touchante (et spectrale) entre deux adolescentes qui apporte une émotion inattendue au cœur du récit. On est toujours fidèle à l'ambiance Ghostbuster des années 80 entre fantasmagoriques et petites blagues sympathiques à l'image du personnage de Paul Rudd.

La saga Ghostbusters demeure, malgré la relative déception du reboot de 2016, très lucrative. La mise en scène utilise bien les rues de New York et certaines idées visuelles fonctionnent, tandis que les effets spéciaux sont de bonne facture pour un spectacle familial.

Fiche synthétique

TitreS.O.S. Fantômes : La Menace de Glace
RéalisateurGil Kenan
ScénaristesGil Kenan, Jason Reitman
Durée1h55
Budget100 millions
Distribution principalePaul Rudd, Carrie Coon, Mckenna Grace, Finn Wolfhard, Bill Murray, Dan Aykroyd

Ce que retient-on ?

  • Un retour aux sources à la caserne et aux personnages originaux, au prix d’une surcharge nostalgique.
  • Une gestion des personnages et des sous-intrigues qui affaiblit le récit central.
  • Des effets visuels et une esthétique travaillée, mais un grand méchant CGI peu mémorable.
  • Des moments de plaisir pour les fans et quelques scènes d’action réussies, mais un deuxième acte étiré qui fait perdre du rythme.

En somme, S.O.S. Fantômes : La Menace de Glace se présente comme une synthèse généreuse mais peu inspirée de la saga : trop de clins d'œil, trop d'éléments, et pas assez d'âme pour hanter durablement le spectateur.

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