La réduction des pertes et du gaspillage alimentaires permet de gagner sur trois tableaux - le climat, la sécurité alimentaire et la durabilité de nos systèmes alimentaires. Beaucoup d’entre nous à travers le monde tiennent la nourriture pour acquise. Nous vivons une époque troublée. Deux ans de pandémie de COVID-19, le changement climatique et la guerre en Ukraine ont perturbé nos systèmes alimentaires mondiaux, plongeant des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire.
Selon le rapport 2022 sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, le nombre de personnes touchées par la faim a atteint 828 millions en 2021, soit une augmentation d’environ 46 millions depuis 2020, et de 150 millions depuis 2019. Dans le même temps, environ 14 % de la nourriture mondiale, soit 400 milliards de dollars par an, est perdue après être récoltée et avant d’arriver dans les points de vente, tandis que 17 % supplémentaires, soit environ 931 millions de tonnes d’aliments sont gaspillés par les détaillants et les consommateurs.
Les pertes et le gaspillage alimentaires exercent une pression inutile sur l’environnement et, en premier lieu, sur les ressources naturelles utilisées pour les produire. Des émissions de GES sont générées à chaque étape du système d’approvisionnement alimentaire, de la production à la manutention, au transport, au stockage et à la distribution, que les denrées produites soient consommées, jetées ou gaspillées. Leur transformation, leur conditionnement, leur transport ainsi que leurs déchets propulsent la chaîne d’approvisionnement alimentaire en tête de la liste des émissions de GES à l’échelle mondiale. Les pertes et le gaspillage alimentaires sont responsables de 8 à 10 % des émissions mondiales de GES, contribuant à l’instabilité du climat et à des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les sécheresses et les inondations.
Ils sont liés à des phénomènes météorologiques extrêmes qui perturbent la résilience des chaînes d’approvisionnement. Les modifications des conditions agroécologiques qui en résultent ont entraîné l’apparition de nouveaux parasites et de nouvelles maladies qui réduisent la résilience des cultures, contribuent aux pertes sur le terrain et augmentent les infestations des récoltes engrangées, avec des effets potentiellement nocifs sur la santé humaine. Plus en aval, la production et la distribution des denrées alimentaires peuvent également être affectées par le changement climatique de manière souvent inaperçue.
Il est essentiel de donner la priorité aux pertes et au gaspillage alimentaires pour réussir la transformation des systèmes agroalimentaires afin de les rendre plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables, diminuant leur impact sur la planète et assurant la sécurité alimentaire et la nutrition. Ketty Okello, 64 ans, devant son silo à grains à Apac, en Ouganda, explique que le silo, fourni par la FAO, a augmenté ses revenus et lui a permis de mieux gérer ses récoltes. 26 septembre 2020.
La réduction des pertes et du gaspillage alimentaires est un domaine prioritaire du programme au titre du Cadre stratégique 2022-31 de la FAO, en soutien au Programme de développement durable à l’horizon 2030. Les approches circulaires sont encouragées afin de garantir que les ressources allouées à la production alimentaire sont sécurisées et optimisées de manière durable. La priorité est accordée aux mesures qui évitent les pertes et le gaspillage alimentaires de se produire en premier lieu, suivies par la récupération et la redistribution des excédents alimentaires ou des denrées invendues/invendables; le recyclage et le surcyclage par le biais de stratégies circulaires; et l’élimination appropriée des matières résiduelles. Ce travail met particulièrement l’accent sur les premières étapes des chaînes de valeur où les gains en matière d’inclusion, de réduction de la pauvreté, de sécurité alimentaire et de nutrition devraient être plus importants.
Les résultats d’un projet récemment achevé, financé par l’Agence suisse pour le développement et mis en œuvre au Burkina Faso, en République démocratique du Congo et en Ouganda, soulignent le besoin crucial d’un changement de paradigme dans les programmes de recherche et de développement actuels visant à réduire la perte de denrées alimentaires. La troisième célébration de la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et au gaspillage de nourriture, le 29 septembre 2022, rappelle que nous avons tous un rôle important à jouer dans leur réduction: les gouvernements, les acteurs privés de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, les chercheurs, les universitaires ainsi que les consommateurs. Pour plus d’informations et de données, veuillez consulter la Plateforme technique de la FAO sur l’évaluation et la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires.

En 2011, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un rapport estimant qu’environ un tiers de la nourriture produite dans le monde était gaspillée chaque année. Le gaspillage alimentaire est responsable d’environ 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Si les pertes et le gaspillage alimentaires formaient un pays, ils seraient le troisième plus grand émetteur de GES au monde, derrière la Chine et les États-Unis. L’objectif 12.3 des ODD appelle le monde entier à réduire de moitié les pertes alimentaires et le gaspillage alimentaire d’ici 2030. Concrètement, cela passe par une approche « Fixer des objectifs, mesurer, agir » pour réduire les pertes et gaspillages alimentaires.
Pour aborder le sujet, on peut examiner la quantité de nourriture gaspillée par habitant dans chaque pays, ainsi que l’endroit où cela se produit dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Cette perspective permet de mieux comprendre les causes du gaspillage alimentaire. La FAO et le PNUE ont uni leurs efforts pour établir des estimations plus précises, distinguant « pertes alimentaires » du « gaspillage alimentaire ». L’Indice du gaspillage alimentaire se concentre sur les aliments jetés en fin de chaîne d’approvisionnement par les détaillants et les consommateurs. Le premier Indice des pertes alimentaires figure dans le rapport FAO 2019. Les premières estimations indiquent qu’en moyenne, environ 14 % de l’alimentation mondiale est perdue entre la récolte et la vente au détail. Les fruits et légumes sont particulièrement touchés car ils sont périssables.
Les pertes alimentaires dans la chaîne d’approvisionnement des produits frais varient considérablement d’une région à l’autre. Dans les pays en développement, elles surviennent généralement dès les premières étapes de la chaîne. De nombreuses idées innovantes pour éliminer les déchets alimentaires et agricoles ont déjà été transformées en solutions concrètes. Les consommateurs continuent de jeter des aliments parfaitement comestibles, surtout dans les pays industrialisés. Le gaspillage alimentaire est mesuré et présenté de manière différente selon les pays; par exemple, les États-Unis ont des estimations élevées chez les consommateurs, et l’UE montre que plus de 50 % du gaspillage provient des ménages.

2030 approche pour atteindre l’objectif 12.3. Pourtant, selon le plus récent Food Waste Index Report, les progrès restent globalement bien trop lents. Le Royaume-Uni est un des rares pays ayant dépassé la moitié du chemin vers l’objectif 12.3, avec une réduction nationale de 27 % entre 2007 et 2018. La mobilisation des supermarchés et de l’industrie agroalimentaire a été déterminante. En 2021, la Chine a adopté une loi sanctionnant la préparation et la consommation excessives de nourriture dans le cadre de ses efforts de réduction. Des exemples européens et mondiaux montrent que les solutions sont variées et nécessitent une approche globale et multidimensionnelle, incluant des initiatives gouvernementales et privées.
Parmi les exemples récents figurent la stratégie « De la ferme à la table » de l’UE (mai 2020) et la stratégie nationale australienne de lutte contre le gaspillage alimentaire. La France a adopté une approche stricte: en 2016, la loi Garot oblige les supermarchés à redistribuer les denrées consommables aux banques alimentaires et associations caritatives. Réduire efficacement le gaspillage tout au long de la chaîne d’approvisionnement et dans les foyers peut créer une situation gagnant-gagnant. Diviser le gaspillage par deux pourrait aider à nourrir plus de personnes, sauver des vies et protéger la planète pour les générations futures.
Le texte met en lumière le rôle des entreprises et des institutions dans le changement. IFCO développe des emballages réutilisables pour réduire les pertes pendant le transport. Le Code volontaire pour réduire les pertes et gaspillages alimentaires, en cours de développement par la FAO avec les États-membres, vise à présenter des principes directeurs et des normes de pratiques responsables. La Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillage de nourriture a été instaurée par l’ONU et célébrée pour la première fois en 2020. Les chiffres démontrent que les consommateurs restent les principaux gaspillateurs dans beaucoup de contextes, mais les responsabilités se répartissent sur l’ensemble de la chaîne alimentaire.
En France, des applications comme Too Good To Go, Optimiam ou Zéro Gâchis proposent des paniers d’invendus à petits prix pour redistribuer les invendus. Des associations telles que Tinki Kmou œuvrent aussi localement pour lutter contre le gaspillage alimentaire et vestimentaire via des distributions d’invendus. Le PAM et le FIDA œuvrent pour la réduction des pertes agricoles, notamment dans les pays en développement, en soutenant des solutions de stockage et de planification destinées à limiter les pertes avant et après récolte. Des campagnes et partenariats internationaux, tels que Save Food et Think. Eat. Save, renforcent la coordination entre acteurs publics et privés pour une transition vers des systèmes alimentaires plus durables.

Impact et solutions spécifiques par secteur
Les pertes et le gaspillage se produisent à chaque étape: production, transport, transformation, distribution, commerce de détail et consommation. Dans les pays développés, environ 40 % des denrées gaspillées se produisent au niveau de la consommation et 32 % durant la production; dans les pays en développement, les pertes surviennent majoritairement en amont (récolte, stockage et transport).
La restauration collective et la grande distribution jouent des rôles cruciaux: elles peuvent être catalyseurs du changement par des pratiques de réduction des déchets, des dons et des innovations d’emballage et de traçabilité. En France, la restauration collective génère environ 540 000 tonnes de déchets alimentaires par an, et les cantines scolaires ont été mises sous surveillance renforcée par des cadres juridiques visant à augmenter le pourcentage d’aliments durables et à introduire des plats végétariens chaque semaine.
Les efforts individuels doivent être complétés par des politiques publiques, des normes et des incitations économiques. Le passage à des emballages durables et la réduction de l’utilisation de plastiques à usage unique, l’amélioration des systèmes de stockage et de réponse à la demande, ainsi que la promotion de la prévention et de la redistribution des excédents, constituent des axes clés.

Cas et chiffres marquants
En 2023, les Européens ont produit 58,2 millions de tonnes de déchets alimentaires, dont plus de la moitié proviennent des ménages; des écarts importants existent entre les États membres. À l’échelle mondiale, environ 13,2 % des aliments produits seraient perdus entre la récolte et la vente au détail et 19 % seraient gaspillés dans les ménages, la restauration et les points de vente, selon les Nations unies.
À l’échelle mondiale, un tiers de la nourriture produite pour consommation humaine finit à la poubelle chaque année, et plus d’un milliard de repas seraient gaspillés par jour en 2022 selon le PNDP. La réduction des pertes et gaspillages pourrait nourrir des centaines de millions de personnes et réduire les coûts, tout en diminuant l’empreinte environnementale.
Des initiatives locales et nationales démontrent l’efficacité des approches multiples: régulations, campagnes citoyennes, et technologies anti-gaspillage se combinent pour accélérer la réduction et redistribuer les surplus. Par exemple, des villes comme Séoul et des pays comme le Danemark montrent des résultats significatifs grâce à des politiques publiques et à l’implication citoyenne.
Tableau récapitulatif
| Catégorie | Part des pertes/gaspillage | Principales causes | Exemples/Actions |
|---|---|---|---|
| Pré-récolte / Récolte | 33-40 % (certains pays en développement) | contraintes de stockage, normes estimétiques, fluctuations de marché | stockage amélioré, infrastructures |
| Réfrigération / Transport | Élevé dans les pays à revenu moyen et élevé | ruptures de chaîne du froid, logistique | emballages durables, RPCs |
| Distribution / Consommation | Plus de 50 % dans l’UE proviennent des ménages | dates de péremption mal comprises, portions inadaptées | applications anti-gaspillage, éducation, dons |
Le gaspillage alimentaire
Le chemin vers une réduction durable passe par une synchronisation des actions: rapports et indices globaux, objectifs 2030, et campagnes locales. Le recours à des technologies et des approches circulaires peut transformer le GES, les coûts et la sécurité alimentaire mondiale.