Foot Rodez et sa pépite : l’épopée économe et ambitieuse du RAF

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Tandis qu'Amiens et Bastia viennent de tomber en Ligue 3 avec des moyens financiers dimensionnés pour la première partie de tableau, Rodez, 16e budget de la division (7,7 millions d'euros), peut toujours s'accrocher à un destin en Ligue 1 grâce à sa cinquième place finale puis sa victoire sur le terrain du Red Star ce mardi (3-2).

Verra-t-on Ousmane Dembélé, Willian Pacho et Nuno Mendes fouler la pelouse de Paul-Lignon la saison prochaine ?

Les supporters ruthénois qui garnissent l'antre de 6 761 places n'en sont pas encore à admirer les doubles finalistes de la Ligue des champions mais peuvent déjà se targuer de voir leur club, le RAF, se porter à merveille.

Une trajectoire stable et agile

En accrochant les play-offs comme en 2023-2024 (défaite en demi-finales contre Saint-Étienne, 0-2), l'équipe de Didier Santini enchante pas mal de monde et a toutes les raisons de croire en elle après son succès renversant à Bauer, alors qu'elle défiera l'ASSE vendredi (20h30) dans le Chaudron.

Après tout, les Ruthénois sont les seuls à être toujours invaincus en 2026 (la série remonte même au 7 novembre 2025) parmi les 198 de Première et Deuxième divisions dans les cinq grands Championnats.

« C'est la seconde fois donc on va se servir de l'expérience déjà acquise pour ajouter quelques ingrédients à ce qui pourrait être une belle aventure », lance Grégory Ursule, installé au poste de manager général depuis 2011 et qui travaille en lien permanent avec le président Pierre-Olivier Murat et le directeur du développement Guillaume Laurens.

« Paul-Lignon répond au cahier de charges pour la Ligue 1, sans problème »

Grégory Ursule, manager général de Rodez, au sujet du stade du RAFC

Une identité solidement ancrée

Ce triumvirat est d'ailleurs le pilier de la réussite ruthénoise, celle d'un club qui ne se retrouve désormais qu'à trois matches de l'élite : « On s'occupe à la fois de l'administratif et du sportif depuis l'époque CFA (l'ancienne Quatrième Division, quittée en 2017). C'est notre particularité et cela nous permet d'être plus agiles dans notre gestion car tout le monde est aligné. On communique beaucoup, ça va vite parce que l'on sait où l'on va », détaille Ursule.

La stabilité prime comme le montre le temps laissé au coach Didier Santini, en poste depuis 2022 et arrivé après le mandat de sept ans de Laurent Peyrelade.

La ruralité et le lien local comme force

Devenu progressivement une formation structurée de Ligue 2 en misant sur des profils à relancer qui deviennent souvent des paris réussis, et donc des ventes intéressantes ensuite (Timothé Nkada au Standard de Liège, Killian Corredor à Darmstadt, Noah Cadiou à Lorient), Rodez s'appuie également sur un territoire soudé, très ancré localement.

Certes enclavé géographiquement (aucun autre club pro à 150 kilomètres à la ronde), le club grandit grâce à son lien fort avec les partenaires et un public fidèle. Même le stade, qui deviendrait d'emblée en cas de montée le plus petit de l'histoire de l'élite en termes de capacité, n'est pas un problème.

« On fait des guichets fermés à chaque match, les hospitalités sont pleines à chaque fois. Surtout, Paul-Lignon répond au cahier de charges pour la Ligue 1, sans problème », assure Ursule.

Racines et héritage

Alors que l'Aveyron n'a jamais eu de club dans l'élite du football hexagonal, une potentielle accession ne fera pas verser le RAF dans la folie des grandeurs. « Il faudra évidemment se structurer davantage car on grossit mais on le sait, on anticipe », souligne le dirigeant et ancien joueur du club.

Le Red Star n’est pas le hipster né de la dernière pluie qui découvre le football français. L’Étoile rouge, c’est plutôt ce club familial qui « permet aux enfants de toute classe sociale de pouvoir faire du sport », comme le disait le directeur sportif du club Steve Marlet en 2015.

Il y a longtemps, l’astre est tombé. Mais un Audonien n’abandonne jamais, et le club a traversé les tempêtes en s’appuyant sur ce qu’il a de plus beau : la formation.

Les couleurs, l’histoire et l’identité

« Il y a un si gros vivier en Île-de-France qu’il y a de belles opérations à faire sur le plan sportif », disait Marlet. Damien Durand vient des Ulis et Mathieu Huard de Neuilly-sur-Seine, tout comme 50 % de l’effectif des Vert et Blanc issu de la région parisienne. L’ancrage francilien est bien là.

Le RAF n’est pas en reste en matière d’enracinement local, mais les Ruthénois ont une composition plus diffuse, mêlant recrues de toute la France aux quelques joueurs issus du Sud-Ouest. L’Aveyron porte fièrement les couleurs de sa ville. Un jaune et rouge qui symbolisent l’ancien Rodez mais surtout le cœur historique d’une cité aux nombreux symboles héraldiques. Ces origines féodales proviennent directement « des sceaux des seigneurs de Bourg : trois roues jaunes sur fond rouge », comme le confiait Jacques Poulet, membre de la Société des lettres de l’Aveyron à La Dépêche en 2019.

Ces teintes réussissent à leurs porteurs cette saison, mais pas uniquement dans le Sud-Ouest puisque les Sang et Or lensois éclaboussent la Ligue 1 et que Le Mans fête son retour dans l’élite. Bauer ne serait pas Bauer si les couleurs qui viennent remplir ses tribunes étaient autre chose que le traditionnel vert et blanc qui accompagne les joueurs sur le terrain. Pour surplomber cela, une étoile. « À Saint-Ouen, l’Étoile rouge est partout » peut-on lire sur le site du club. La jeunesse a de belles heures devant elle. En tout cas, Grégory Poirier en est lui-même la preuve.

La double montée avec Martigues et sa deuxième saison à Saint-Ouen sonnent comme une réussite pour l’ancien joueur d’Arles. Mais la jeunesse doit rouler sa bosse et l’adversaire du rookie n’en est pas à son coup d’essai. Ce papa poule forme des hommes parfois plus que des joueurs. Didier Santini a parcouru du chemin, mais l’idée d’une montée avec Rodez, sa maison depuis quatre ans, n’est pas un rêve irréalisable.

Un 3-5-2 rodé, une coupe de beau gosse et une série de 20 matchs sans défaite : c’est tout décidé. Le RAF prend l’avantage !

Héritage et ambitions futures

Nous ne départagerons pas Jean-Claude Bauer, résistant fusillé pendant la Seconde Guerre mondiale, de Paul Lignon, rugbyman amateur ruthénois ayant perdu la vie dans les combats d’Oches en 1940. Ces deux histoires donnent aujourd’hui leur nom aux deux enceintes dans les centres-villes qui les accueillent. Une identité à l’anglaise pour le club audonien, qui résonne aux chants du « Et le Red Star, c’est à Bauer ». Un cocon qui effraie les attaquants adverses.

cadre historique et stade Paul-Lignon

Comme le disait Lorànt Deutsch : « À Bauer, on vient en famille. On sent l’identité d’un lieu. L’identité du club. » Et même si les Audoniens sont leaders du championnat de Ligue 2 loin de leurs bases, l’âme de Bauer ne fait que résonner encore plus fort depuis sa renaissance en 2017.

Dans le Sud-Ouest, Paul-Lignon n’est pas en reste. Situé au cœur du Piton, le stade des Ruthénois est le décor parfait pour le multiplex du dimanche après-midi. 6 000 places, quatre tribunes, et des supporters qui reprennent en chœur les paroles de l’hymne officiel du RAF : « Allez, allez Rodez ». Pour accompagner les paroles, une douce odeur de farçous et une écharpe sang et or autour du cou.

Les Ruthénois voulaient rêver, ils ne l’ont pas fait à moitié. Avec 17 rencontres consécutives sans défaite, les joueurs de Didier Santini sont tout simplement la meilleure équipe d’Europe depuis le début de l’année 2026. 11 victoires, 6 nuls et 0 revers depuis le 6 décembre dernier et une défaite en Coupe de France sur la pelouse de Canet-Roussillon. Constante et régulière, la formation ruthénoise avait tout pour trembler lors de la dernière journée face à Annecy, mais la jeunesse n’a pas bronché pour s’imposer et sécuriser la 5e place devant Reims, grâce notamment à Taïryk Arconte, auteur de son 13e but de la saison.

Didier Santini le sait, ses joueurs « vivent une aventure extraordinaire », et bien heureux celui qui mettra fin à la série. De son côté, le Red Star a connu un trou entre la fin décembre et début mars. 4 défaites, 4 nuls et deux petites victoires en 10 rencontres ont ralenti leurs espoirs de décrocher la montée directe.

Le Stade Ruthénois est créé en 1929 par le premier président Philippe Rosenfeld avec un premier entraîneur-joueur, Henri Genet. Pendant les premières années, le club dispute uniquement des rencontres amicales contre des clubs aveyronnais. Lors de la saison 1931/1932, le Stade Ruthénois s’engage pour la 1ère fois dans un championnat organisé par la Ligue du Midi. Après la guerre, les Ruthénois gagne la finale du championnat de promotion d’honneur, 5 à 2 face à Bourrassol, en 1947.

S’en suivent lors de la décennie 50/60, des années d’or pour le club, sous la houlette du président Étienne Bastide. Le Stade Ruthénois passe du championnat honneur région au championnat amateur national. Toujours dans cette période dorée de la décennie 1950/1960, le Stade Ruthénois participe pour la première fois de son histoire à un seizième de finale de la Coupe de France lors de la saison 57/58. Ils sont éliminés 3 buts à 1 par Roubaix, le champion de Division 2 qui montera en Division 1. À la fin des années 50, Étienne Bastide quitte la présidence, le club doit apprendre à se débrouiller sans lui. Après les années sombres de la décennie 70, la paire gagnante, Viguier-Poisson reprend les commandes du Stade. Ensemble, ils gravitent les échelons en accédant à la D4 d’abord, en 1982, puis à la D3 en 1984. Rodez monte en Division 2 à l’issue de la saison 1987-1988. C’est l’euphorie dans les vestiaires. Cette rentrée en D2 va être suivie d’une descente en échelon inférieur. En 1991, le club se hisse en demi-finale de la Coupe de France. En 1993, le Stade Rodez Football annonce son dépôt de bilan et change de nom. Il devient le Rodez Aveyron Football. Avec le dépôt de bilan en 1993, le club est rétrogradé sportivement et descend en CFA. S’en suit des années de galère, où les déficits plombent les jambes des joueurs. Le club relève la tête grâce à un 32ème de finale de CDF en 1999, et arrive à combler ses dettes. Sportivement, les navettes entre le National, le CFA, et le CFA 2 s’enchaînent. La triste affaire Yzeure vient marquer les esprits et l’histoire du club.

Le club se qualifie pour les quarts de finale de la Coupe, grâce à sa victoire à domicile contre le Paris-Saint-Germain, alors second du Championnat de France de Ligue 1. Le parcours Coupe de France se termine par une défaite face à Rennes. La saison d’après, le club se retrouve à la 18ème place du championnat et est rétrogradé en CFA. Le 2 mai 2010, en faisant score égal contre Muret, grâce à une égalisation de Flavie Lemaître, meilleure buteuse du club, le RAF accède pour la première fois de son histoire, à la première division féminine française. Franck Plenecassagne, entraîneur de l’époque et son groupe, réalisent une saison record, en inscrivant 63 buts en 22 matches de championnat. Un an auparavant, les hommes de Laurent Peyrelade sortent d’une saison difficile. En mai 2016, les Sang et Or terminent premier relégable du championnat CFA, et sont rétrogradés en CFA 2. Le club ayant une gestion financière saine, la DNCG décide de maintenir administrativement le club, lui permettant d’évoluer en CFA pour la saison 2016/2017. Le 11 avril 2019, le RAF valide sa montée en Domino’s Ligue 2 en s’imposant 2 buts à 0 face à l’U.S Boulogne, quatre journées avant la fin du championnat. Le 3 mai 2019, le RAF devient officiellement Champion de National en battant Drancy à Paul Lignon, sur le score de 1 à 0, deux journées avant la fin du championnat. Laurent Peyrelade sera élu meilleur entraîneur de National pour la deuxième saison consécutive. Rétrogradées en D2 à l’issue de la saison 18/19, nos féminines disputent 3 saisons tronquées par le COVID en seconde division. Le 17 avril 2022, elles retrouvent la D1 Arkema, en s’imposant sur la pelouse de l’OGC Nice, 1 but à 0, deux journées avant la fin du championnat. Le 22 mai 2022, lors de la dernière journée, nos Rafettes deviennent officiellement championnes de France de D2. Le 1er mars 2023, Joris Chougrani et ses partenaires affrontent le TFC au Stadium dans un derby occitan, pour les quarts de finale de la Coupe de France. En Ligue 2, le Red Star reçoit Rodez ce soir pour le premier tour des barrages. Le club aveyronnais, auteur d'une série d'invincibilité inédite en Europe cette année, tente de se hisser pour la première fois en Ligue 1.

Publié le mardi 12 mai 2026 à 11:29

Oubliez vos PSG, vos Bayern, vos Barcelone, car le Rodez FC les surpasse tous ! En effet, le club aveyronnais s'impose comme une anomalie statistique majeure dans le paysage footballistique européen. Malgré sa taille modeste, Rodez affiche des performances supérieures aux plus grandes écuries européennes, restant le seul club invaincu parmi les 198 équipes de D1 et de D2 des cinq meilleurs pays européens. Une remontée spectaculaireL'ascension du club aveyronnais repose sur une phase retour de championnat exceptionnelle. Après avoir occupé la 11e place à la mi-saison, l'équipe a enchaîné dix victoires et sept nuls, cumulant une série de 20 matchs sans défaite depuis novembre. Ce qui lui a permis de décrocher sa place en barrages. France Inter

image montage Rodez invaincu 2026

Un exploit encore plus impressionnant au vu du budget de Rodez qui s'élève à 7,7 millions d'euros,soit l'un des plus faibles de la ligue 2. En cas de victoire face au Red Star, Rodez affrontera l'AS Saint-Etienne pour tenter d'accéder à la Ligue 1.

Le débat des municipales 2026 à Rodez en intégralité

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