Christophe Belle pâtissier — biographie et disparition

Le 17 mai 2005, le corps d’un homme est retrouvé dans les bois du Val-de-Marne. Ayant ses papiers d’identité sur lui, la victime se nomme Christophe Belle. Un pâtissier dans une boulangerie du Marais à Paris.

À l'époque, Christophe Belle exploitait L'Avion Délices, une boulangerie-pâtisserie réputée, située dans le quartier du Marais, à Paris. Ce pâtissier, âgé de 40 ans au moment du drame, a grandi, fait ses études et commencé à travailler dans la région angevine, à Avrillé et Angers notamment.

La découverte du corps et les premières constatations

Un promeneur découvrait son corps gisant dans le sang, dans un bois de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne). L’autopsie indique qu’il a reçu trois balles. Après avoir écarté plusieurs pistes, les enquêteurs avaient concentré leurs recherches sur son associé, Xavier Philippe, qui détenait les trois quarts du commerce.

Le 17 mai 2005, Christophe Belle, ce pâtissier qui travaillait à Paris, était retrouvé mort avec trois balles dans la tête. À côté du jeune quadragénaire, atteint à la tête de plusieurs balles de calibre 6.35, on retrouve en effet, sur un petit sentier, un sachet portant des traces de "poudre". Mais, d'après les expertises, la victime n'a pas pris de cocaïne.

Vie personnelle et passion pour la pâtisserie

La seule chose qui l'intéressait, c'étaient les gâteaux, la sculpture sur glace et le sucre tiré. Il ne parlait que de ça, confie sa sœur, Nathalie Belle, sage-femme à Angers. Mariage, baptême de sa nièce, soixante-ans de sa maman... Christophe n'oubliait jamais de préparer ses pyramides de choux et ses cornes d'abondance en nougatine.

Le père de famille avait réglé son réveil sur 2 heures du matin : horaire courageux de boulanger, premier au four et au moulin.

Les circonstances troublantes de la nuit du crime

Pourquoi diable s'est-il rendu à moto dans les bois, cette nuit-là ? Avec sa 125 rouge, il quittait Courbevoie pour gagner le quartier Saint-Paul, au coeur de Paris. Autant dire que les forêts du "9-4" ne se trouvaient pas exactement sur son chemin.

Et pourquoi cette nuit-là la victime a-t-elle laissé cet étrange message, à 2 h 56, sur le portable de son patron : "Bon, ben, je suis là dans 5-10 minutes" ? La victime lui a laissé un message vocal la nuit du meurtre : « Bon, ben, à tout de suite, je suis là dans dix, quinze minutes. »

Jérôme, un de ses amis, jure que le pâtissier n'appelait jamais Xavier Philippe, ou presque. Faux, réplique ce dernier. Lui se levait à 7 h 30, mais quittait la boutique le dernier. Associés et complices qu'ils étaient, Christophe avait donc pris l'habitude de le prévenir "tout le temps, de nuit comme de jour", des aléas de son emploi du temps.

L'entourage, l'association et les premiers soupçons

L'Avion délices offre à nouveau religieuses, éclairs au chocolat et babas au rhum. Mais sans son ancien pâtissier. Et sans Xavier Philippe, avec lequel il était associé. Le décès bouleverse apparemment Xavier Philippe. Quand je l'ai invité à se recueillir devant le corps de mon frère à la morgue, confie Nathalie Belle, Xavier m'a répondu : "Je viens, mais je ne vais pas me rapprocher trop près, parce que je ne veux pas le voir."

Xavier Philippe accompagne gentiment les employés de la pâtisserie aux obsèques, à l'église de Cheffes, près d'Angers. Il propose aussi à la jeune veuve de son associé de l'aider dans ses courriers au juge des tutelles. Il doit bien ça à son associé gérant : s'il distribuait les salaires, Xavier Philippe, qui possédait 75 % des parts de la boutique contre 25 % à son associé, était interdit de gestion.

Enquête, passé judiciaire de l'associé et hypothèses

Les policiers de la brigade criminelle sont, eux, d'un autre avis. Ils se demandent s'ils ne tiennent pas, avec cet homme de 50 ans, un spécimen rare dans les annales du quai des Orfèvres : un tueur en série d'associés. En fouillant dans son passé, ils recueillent un témoignage insensé : celui de son ancienne compagne.

Autour de lui, on ignore son lourd passé judiciaire, qui court de vol de véhicule en infraction sur les armes, bagarres et délits de fuite : au total, Xavier Philippe a purgé près de trois ans de prison. Un passif qui alerte les enquêteurs de la Crim'.

Céline M. l'accuse aujourd'hui d'avoir noyé, dans une propriété proche d'Orléans, une nuit de novembre 1988, un ex-associé. Xavier Philippe "était rentré plus tard que d'habitude, leur raconte-t-elle, entre 3 et 5 heures du matin. Il m'a dit : "J'ai buté Pascal Leroy parce que je ne voulais pas aller en prison." (...) J'ai insisté, un peu trop. (...) Il m'a prise par le cou : (...) "Si tu vas voir les flics, je t'envoie une équipe, ils vont te mettre une balle dans le genou..."

Motifs évoqués par l'accusation

Selon l'accusation, Xavier Philippe a tué Christophe Belle, son ex-associé, par intérêt financier. Notamment parce que Christophe Belle le soupçonnait de se servir dans la caisse. Des dizaines de milliers d'euros ont été ponctionnés, selon les policiers.

En plus, le crime lui profitait : la mort de son associé aurait pu lui assurer un confortable bénéfice lors de la vente du commerce, sans compter une assurance-vie dont il était le bénéficiaire. "Je ne sais pas ce qui s'est passé. Christophe a fait une erreur. Au lieu de mettre le nom de Sandrine, sa compagne, il a mis mon nom", s'étonne le suspect lors de sa garde à vue.

La comptabilité de l'Avion délices n'est effectivement pas des plus limpides. Le ticket "Z", récapitulant le solde des ventes de la journée, était émis bien avant la fermeture de la boutique.

Les éléments de l'instruction et le procès

Une semaine après le meurtre, le juge de Créteil ouvre une information judiciaire contre X pour assassinat. Xavier Philippe reste le suspect n°1. Les témoignages de son entourage vont dans ce sens. La brigade criminelle fait le tour des hypothèses et s'arrête sur Xavier Philippe, l'associé de Christophe Belle.

Convoqué à nouveau pour la retranscription du message nocturne, Xavier Philippe dit l’avoir effacé. L'accusé, qui assure n'avoir trouvé le message que le 17 mai au matin, a toujours démenti tout rendez-vous. Pendant le procès, il a clamé son innocence. "Il n'y a presque rien contre Xavier Philippe, et ce qu'on a contre lui, c'est lui qui vous l'a donné. Ceci doit poser question", a plaidé Me Philippe Sarda, pour la défense de son client.

C'est « un crime froid, parfaitement pensé, préparé pendant des semaines », a résumé l'accusation, avant de requérir une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté de 20 ans. De fait, l'arme et les douilles n'ont jamais été retrouvées. Il n'y a pas de preuve matérielle.

Condamnation et réactions

Après deux semaines d'un procès où près de 70 témoins ont défilé à la barre, les jurés de la cour d'assises du Val-de-Marne ont rendu leur verdict : Xavier Philippe, 51 ans, est condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat de son associé, Christophe Belle.

À l'énoncé du verdict le condamnant, Xavier Philippe a lancé : « C'est pas possible, c'est pas moi », avant de s'effondrer en larmes dans le box des accusés. « Trente ans, c'est normal pour un crime pareil. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'il soit déclaré coupable », a déclaré son avocat, précisant qu'il avait l'intention de faire appel.

De son côté, la famille de la victime, notamment sa sœur Nathalie Belle, a exprimé son « soulagement », voyant dans ce jugement « la fin d'un premier combat ».

Les affaires antérieures et l'image d'un homme controversé

Brasseur d'affaires, amateur d'armes, Xavier Philippe a un passé agité, qui l'a amené à effectuer plusieurs séjours en prison dans les années 1980. Il n'est « pas un saint », a-t-il reconnu, mais se défend d'être un assassin.

Au début des années 1980, il gère une discothèque à Orléans. Lors d'une bagarre devant la boîte, il avait tiré sur les badauds avec un revolver, puis, quelque temps plus tard, mis le feu à un autre établissement pour faire croire à une vengeance et permettre à sa mère, propriétaire, de toucher l'assurance. N'étaient ses cicatrices au visage, personne ne se souviendrait de cette aventure, pour laquelle il a été condamné.

Tony Gomez, patron du club et restaurant chic de l'Etoile, près de l'arc de triomphe, fut l'associé de Xavier Philippe à Orléans. L'ami des stars leur raconte que Xavier Philippe avait imité sa signature pour établir des contrats d'assurance-vie à son profit. Et que, comme il s'inquiétait de certains "trous" dans la caisse, son associé l'avait menacé : "Calme-toi, sinon je vais te dégommer."

Quand Tony Gomez quitte Orléans et monte à Paris, Xavier Philippe le retrouve et, de menus services en coups de main, se rend indispensable. Les deux hommes finissent par reprendre ensemble le Banana Café, un bar gay animé du quartier des Halles. Le 28 avril 1998, un nouveau drame vient troubler la fête : vers minuit, un homme cagoulé pénètre dans l'appartement parisien que Tony Gomez partage avec un ami, Gregory C., et tire sur ce dernier avec un 22 long rifle - sans, heureusement, le blesser mortellement.

Entendu comme témoin, Xavier Philippe jure ne pas connaître le tireur, arrêté dans un café, au pied de l'immeuble. Juste avant la tentative d'assassinat, il avait pourtant échangé six coups de fil avec cet homme, incarcéré comme lui à la maison d'arrêt d'Orléans en 1982.

Les éléments matériels saisis et la suite judiciaire

Six mois après la mort du pâtissier, Xavier Philippe est interpellé. Chez lui, la police saisit des épées, des sabres, des poignards et un 6.35. Mais, d'après les experts, aucune arme ne peut être celle du crime. "Jusqu'à présent, il a eu de la chance. Il faut que cette chance s'arrête, plaide Me Pascal Rouiller, conseil de la soeur du défunt. Il a caché la vérité au cours de l'enquête. Toute sa vie, ce garçon a menti. C'est un homme d'une grande dangerosité."

Les problèmes de Xavier Philippe avec la justice ne sont pas terminés : il est mis en examen depuis 2006 pour complicité de tentative d'assassinat, pour une affaire remontant à 1998.

Hommage et mémoire de Christophe Belle

Pour une fève représentant le logo de L'Avion délices, vous gagnez un baptême de l'air, dit toujours l'enseigne de la boutique du Marais, deux ans après la dernière galette des rois de Xavier Philippe. Et du pauvre pâtissier. Le procès et la condamnation apportent, pour la famille, un premier apaisement après la mort violente de Christophe Belle.

Façade de L'Avion Délices, pâtisserie du Marais
Élément Détail
Nom Christophe Belle
Âge au décès 40 ans
Date de la découverte 17 mai 2005
Lieu Bois de Sucy-en-Brie, Val-de-Marne
Cause Trois balles à la tête
Associé mis en examen Xavier Philippe (condamné à 30 ans)

Jubillar, Daval, l'attitude et les réactions au cœur des procès - Reportage #cdanslair 17.10.2025

Le 17 mai 2005, un promeneur découvrait son corps gisant dans le sang, dans un bois de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne). Il avait été tué de trois balles dans la tête.

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