Le sujet du cadmium dans le chocolat est revenu sur le devant de la scène après l’analyse publiée par l’UFC-Que Choisir, qui souligne une teneur non négligeable de ce métal lourd dans les tablettes noir labellisées bio et équitable et dans d’autres produits cacaotés. L’enquête rappelle que la fève de cacao a tendance à concentrer ce toxique et que les teneurs peuvent varier selon les zones de production, notamment en Amérique latine où certains sols sont naturellement riches en cadmium.
Qu’est-ce que le cadmium et où le trouve-t-on ?
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols et qui peut pénétrer dans les végétaux via leurs racines. Il est aussi produit industriellement et peut être introduit dans l’environnement par l’industrie et l’agriculture, notamment par l’utilisation d’engrais phosphatés. Dans les aliments, le cacao est particulièrement concerné car les fèves de cacao stockent le cadmium et les sols contaminés ou riches en cadmium se reflètent ensuite dans les teneurs des produits chocolatés.
Cadmium dans les produits cacaotés
Selon l’enquête de l’UFC-Que Choisir, 13,5 grammes de chocolat en poudre Poulain à 70 % de cacao donnent 17 % de la valeur toxicologique de référence (VTR) chez l’enfant et 7 % chez l’adulte. Des chiffres similaires apparaissent pour d’autres produits tels que des biscuits fourrés Bjorg ou des céréales chocolatées comme Chocapic, montrant que les teneurs restent « non négligeables » et peuvent s’additionner lorsque plusieurs produits riches en cacao sont consommés dans une même journée.
Les chocolats bio et équitables concentrent souvent davantage de cadmium, en raison de leur origine géographique (Amérique du Sud) où les sols présentent des teneurs plus élevées. Des barres de chocolat noir à plus de 70 % de cacao de ces marques peuvent atteindre des parts importantes de la dose journalière maximale chez l’enfant. Cependant, les fabricants et les autorités indiquent que tous les produits testés respectent les limites européennes.
Risque pour la santé et populations sensibles
Le cadmium s’accumule dans les reins et le foie et peut, à long terme, entraîner des atteintes rénales et osseuses, ainsi que des effets sur la fertilité et le développement fœtal. Il est classé « cancérigène avéré » par le CIRC et est aussi suspecté d’influencer l’incidence du cancer du pancréas selon Santé publique France. L’exposition prolongée peut augmenter le risque de fractures, de maladies rénales et d’atteintes cardiovasculaires.
Repères et limites réglementaires
Les autorités européennes et françaises ont fixé des valeurs maximales de cadmium dans les aliments, avec des seuils différenciés selon le taux de cacao. Pour le chocolat au lait, le seuil est plus strict que pour le chocolat noir, et la poudre de cacao a également ses propres limites. L’EFSA fixe une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg/kg de poids corporel par semaine et l’ANSES une dose journalière de référence d’environ 0,35 µg/kg/jour, valeurs proches l’une de l’autre pour la population générale.
Selon l’enquête de Que Choisir, malgré le respect des limites européennes, il est possible de dépasser la dose journalière tolérable en consommant plusieurs produits contenant du cadmium dans une même journée. Pour les enfants, l’exposition reste plus préoccupante, et les autorités recommandent de varier les plaisirs et de privilégier une alimentation diversifiée plutôt que de se focaliser uniquement sur le chocolat.
Que faire pour limiter l’exposition?
Pour limiter les risques, plusieurs approches sont proposées:
- Varier l’alimentation et privilégier des alternatives non chocolatées lors des collations.
- Limiter les céréales et biscuits chocolatés chez l’enfant et privilégier des options plus équilibrées (fruits, yaourts non sucrés, céréales peu sucrées).
- Réduire les portions de chocolat noir très riche en cacao (70 % et plus) chez les populations sensibles.
- Éviter les habitudes où l’exposition s’accroît par l’accumulation de plusieurs produits riches en cadmium dans la même journée.
- Favoriser le choix de produits issus de filières qui ne proviennent pas d’Amérique latine lorsque c’est possible, afin de limiter l’apport lié à des sols naturellement très riches en cadmium.
Bonne pratique et messages clés
Les taux mesurés dans les chocolats commerciaux restent bas et encadrés par des normes. En pratique, même si le cacao peut contenir du cadmium, le danger réel résulte de l’exposition cumulative sur plusieurs jours et de l’alimentation globale. Le tabac demeure la principale source d’exposition, bien plus significative que l’alimentation chez les non-fumeurs.
Pour les consommateurs soucieux, une approche prudente consiste à varier les plaisirs, privilégier des chocolats de différente provenance et teneur en cacao, et limiter les produits ultra-transformés à base de cacao dans les repas ou les collations régulières. Le message central est: le cadmium dans le chocolat est réel, mais son impact dépend de la balance globale bénéfice/risque de l’alimentation et du mode de vie.

Tableau récapitulatif des repères et des portions
| Produit | Teneur type en cadmium | Impact sur VTR (en % chez l’enfant) | Observations |
|---|---|---|---|
| Chocolat Poulain 70% cacao (13,5 g) | Varie selon la provenance | 17% | Conformité légale |
| Bjorg (50 g biscuit fourré chocolat noir) | Varie | 20% | Important pour l’enfant |
| Chocapic (46 g) | Varie | 11% | Consommation potentiellement problématique pour l’enfant |
En conclusion, le cadmium dans le chocolat représente un enjeu sanitaire mineur à l’échelle individuelle mais pertinent au niveau populationnel, surtout chez les enfants. Les recommandations insistent sur la diversification alimentaire et la modération des produits chocolatés, tout en reconnaissant que les teneurs actuelles restent dans les limites réglementaires et que des efforts de réduction se poursuivent au niveau agricole et industriel.