On retrouve ce souci d’ingéniosité dans les décors, notamment cette boîte d’allumettes qui sert de lit ou alors ces cartes à jouer utilisées comme chevalet. Véritable ode à la créativité, il y a ici quantité de détails contenus dans le trait minutieux de Mourrain qui contribue à enrichir et à prolonger le propos de Cali.
Le texte se compose de phrases courtes, souvent interrogatives ou exclamatives, qui tirent des effets humoristiques de leur étroite relation avec les illustrations. Des dessins aux lignes souples et arrondies illustrent l’album. Les illustrations de Sébastien Mourrain contribuent largement à la réussite des histoires de Petit Pois. L’espace végétal et élégant du jardin, les expressions des personnages, les trouvailles visuelles et amusantes qui jouent avec la taille minuscule des personnages, tous ces éléments disent bien la réussite du lien texte-images telle qu’on l’attend dans un album: c’est-à-dire, être parfois un peu plus bavard que le texte sans perdre le fil narratif, l’enrichir d’autres éléments (notamment humoristiques) pour alléger le propos à hauteur d’enfant et qu’ainsi la lecture soit plaisir.
Cette année, j’ai la chance d’occuper un poste particulier qui me plaît beaucoup : maître supplémentaire dans une école au profil REP. J’interviens en co-enseignement dans une classe de CP et une classe de CP-CE1. Au total, j’ai donc 40 petits élèves et je travaille en binôme avec les deux enseignantes titulaires de leur classe.
Comment as-tu réagi à l’annonce du confinement ? J’étais très surprise et inquiète, mais j’avais conscience que c’était une décision nécessaire au vu des circonstances. Le lendemain des annonces était un jour très spécial à l’école: personne n’avait d’informations et nous étions dans le flou le plus total, sans aucune directive. Les élèves et les parents étaient tous inquiets. Je me posais de nombreuses questions… quel allait être mon rôle pendant cette période ? Comment bien communiquer avec les familles ? Comment accompagner comme il se doit chaque élève à distance ?
Sans hésitation, la planification des apprentissages. Comment poursuivre un minimum les apprentissages à distance, sans surcharger les parents qui ne sont pas des spécialistes de l’enseignement, et qui n’ont pas forcément le temps ou les capacités pour accompagner les enfants à la maison ? Comment lutter contre la fracture numérique, et donner à chacun la chance de progresser? C’est difficile d’envisager la continuité pédagogique lorsque seules quelques familles ont accès à un ordinateur. La majorité n’utilisait qu’un smartphone. Il fallait donc penser le travail pour le rendre accessible et réalisable pour tous, sur grand comme petit écran, avec ou sans imprimante.
Autre difficulté non négligeable: l’absence ou le manque de communication. En classe, nous avons un retour immédiat et spontané des enfants sur les situations d’apprentissage que nous leur proposons : cela nous permet d’adapter notre pédagogie et de programmer la suite en fonction de nos observations. À distance, c’est beaucoup plus limité et le silence des familles était quelque peu déconcertant. Toutefois, je ne jette la pierre à personne et j’ai bien conscience que cette situation exceptionnelle n’était évidente pour personne.
Quelles ont été les plus grandes difficultés dans le cadre de ton travail ces 3 derniers mois ? De ton métier, qu’est-ce qui t’a le plus manqué ces dernières semaines ? Le contact avec les élèves bien évidemment. C’est dans ce type de cas que je réalise ô combien la relation avec les enfants est essentielle pour bien exercer mon métier. Je me suis d’ailleurs aussi rendu compte que la relation que j’avais pu construire avec certaines familles et leurs enfants avait favorisé la continuité pédagogique durant toute cette période. Heureusement, j’ai pu réaliser quelques classes virtuelles et donc « voir » les élèves par le biais d’un écran. Ça m’a permis d’avoir un retour immédiat sur mes sessions de travail et de positionner le niveau des élèves, d’entrevoir plus facilement leurs difficultés, quels pouvaient être leurs besoins et y répondre.
Cette période particulière m’a aussi privé de ce qui fait l’essentiel de mon métier cette année : le travail en équipe. Fort heureusement, j’ai conservé ce très beau lien que j’ai avec mes collègues et nous avons pu nous organiser, même à distance. C’était tout de même difficile, à titre personnel, de ne plus me rendre à l’école et d’avoir ces moments de partage et d’échanges entre collègues.
As-tu pu développer des méthodes/projets pendant le confinement ? Avant l’annonce de la fermeture des écoles, nous avions pour projet de participer au concours organisé par les éditions Calamagui. Nous venions tout juste de terminer l’écriture de notre histoire lorsque le confinement a été annoncé. J’espère terminer ce projet à distance en proposant aux élèves de réaliser les illustrations depuis chez eux. Malheureusement, j’ai eu trop peu de retour de la part des familles, ce que je peux comprendre au vu des circonstances. Cela m’a forcé à abandonner à contre cœur ce joli projet mais j’imagine que ce n’est que partie remise !
En revanche, le confinement a permis de bien des manières de changer progressivement ma manière d’enseigner : j’ai développé de nouvelles compétences et découvert de nouveaux outils et ressources en ligne. J’ai eu l’occasion de créer des applications éducatives en ligne, pour s’entraîner en s’amusant et en manipulant, tout cela grâce à des sites dédiés.
Comment abordes-tu la fin de l’année scolaire ? Je l’aborde avec davantage de sérénité désormais, notamment depuis la réouverture de mon école. Tout est plus concret et même si le protocole sanitaire a modifié notre mode de faire classe, j’ai plaisir à retrouver mon petit groupe d’élèves pour travailler avec eux. J’ai également pris conscience que le plus important pour les quelques semaines restantes est de (re)créer du lien : un lien entre nous les élèves, entre les élèves eux- mêmes, mais surtout entre les élèves et les familles et l’école.
Lorsque l’école a repris, comment s’est passée l’organisation ? J’ai repris le chemin de l’école le 18 mai. Au début, en maternelle, pour remplacer mes collègues qui ne pouvaient travailler en présentiel pour diverses raisons. Depuis j’ai pu réintégrer l’élémentaire et donc retrouver des élèves que je connais mieux. Pour le moment, nombreux sont les élèves qui ne reviennent pas à l’école. J’ai donc à ma charge un petit groupe d’élèves de CP, CE1, CE2 et CM1. C’est une ambiance très particulière. Chaque enseignant a préparé du travail pour ses élèves, qu’ils réalisent le matin. Je viens ponctuellement les aider lorsqu’ils ont besoin, j’explique des notions et je retrouve avec plaisir mon rôle d’enseignante.
Les dernières annonces gouvernementales ont fait disparaître la notion de volontariat en ce qui concerne le retour à l’école : il est désormais obligatoire pour tous les élèves à partir du 22 juin. Comme tout le monde, j’attends d’en savoir un peu plus sur les conditions d’accueil, mais une chose est certaine : j’aurai plaisir à retrouver tous les élèves avant les vacances estivales.
Qu’est-ce que tu dirais à tes parents d’élèves qui s’inquiètent sur un éventuel retard pris ? J’ai très envie de terminer sur une note positive : tout rentrera dans l’ordre. J’ai bien conscience que cette situation n’était facile pour personne. Chacun à notre manière, nous avons vécu des choses différentes : que ce soit en qualité d’enseignant ou de parent. Je tiens à féliciter tous mes collègues enseignants pour leur professionnalisme et leur investissement durant cette période. Je remercie toutes celles et ceux qui ont été inspirants, qui ont été de bons conseils et qui ont partagé avec nous des astuces et des idées pour le quotidien.
Quant aux parents, je tiens à leur dire que je les admire, quelle que soit leur profession, pour leur courage et leur implication durant cette période. J’imagine que cela n’a pas dû être facile tous les jours d’être à la fois parent et enseignant. Tous les habitants du jardin le savent, Petit Pois est désormais un artiste accompli ! Résultat, tout le monde vient lui demander conseil. Alors quand un ami l’encourage à ouvrir son école de dessin, Petit Pois est enchanté par l’idée ! Très vite, ses élèves font de leur mieux pour développer leur art. Mais Petit Pois s’inquiète pour l’une d’entre elles, Mygale, qui ne semble pas très douée… Après avoir organisé une visite au musée pour l’inspirer, vient le temps de l’exposition de fin d’année. Petit Pois découvre alors le grand projet de Mygale et prend conscience qu’il est difficile de reconnaître un grand artiste au premier coup d’œil.
Une de mes motivations, quand j’ai commencé à proposer des activités en cuisine à mes enfants, puis quand j’ai commencé ce blog, était de montrer le lien de la terre et l’assiette : savoir d’où vient ce que nous mangeons, comment cela a été cultivé/élevé/transformé/fabriqué, combien de temps cela prend… Je crois en effet profondément que connaître l’origine de notre alimentation, lui donne bien plus de valeurs et de goût, que l’immédiateté des plats préparés des supermarchés. Et puis, pour les enfants réticents aux légumes, l’apprentissage de l’origine des aliments associé à la découverte sensorielle est vraiment extrêmement puissant pour aider à dépasser cela ! Cela me permet également de faire le lien avec une partie de ma formation initiale, puisque je suis paysagiste. Inspirée par les nombreuses propositions du blog Milestory, que je trouve très inspirant, j’ai profité du temps relativement plus calme du confinement, pour me recentrer sur ce que j’avais profondément envie de proposer aux enfants en cuisine, et justement au-delà !
Comme à mon habitude, je me suis centrée sur les fruits et légumes de saison, en choisissant le petit-pois. Autour de ce légume, j’ai proposé une série d’activités sur le sujet, étalées sur plusieurs semaines, pour aborder le petit pois de « la terre » à l’assiette : comment pousse-t-il ? Combien de temps cela prend-il ? Sous quelles formes le trouve-t-on ? Comment le cuisiner ? Nous avons commencé par observer la plante et comment elle poussait grâce à un peu de lecture. Comment elle s’accroche ? Pourquoi ? Comment sont ses fleurs ? Elles ressemblent à un papillon. Elle est composée de 5 pétales, à l’intérieur 10 étamines entourent le pistil. Comment sont ses graines? Ensuite, nous avons comparé des graines de petits pois, dures, kaki et ridées, des petits pois congelés, vert vif et lisses, et des pois cassés, dures, kaki et coupés en deux. Nous allons utiliser les graines, pour les semis. J’avais fait une sélection de photos de la graine aux fruits. La grande miss les a découpées puis remis dans l’ordre chronologique, pour voir si elle avait bien compris la succession du cycle. Cela permet de comparer les temps de germination entre l’extérieur et l’intérieur, et de comprendre que les graines ont besoin de chaleur pour germer. Elles ont aussi besoin de soleil !
Nous avons ensuite fabriqué un petit cahier, pour pouvoir faire un journal et ainsi suivre le temps qu’allait mettre le plant de petit pois à pousser jusqu’au fruit. Régulièrement, la grande miss compte les jours depuis le semis, l’inscrit dans son cahier et fait un dessin de ce à quoi ressemble la plante. Nous avons fait une activité centrée sur ce qu’on ramasse et qu’on mange : la gousse et le petit pois. Les petits pois sont-ils mûrs ? Des pois à maturité, qu’est-ce que c’est ? Et qu’est-ce que c’est que cette drôle de gousse plate ? Les graines sont minuscules. Chaque forme a été goûtée et décrite, en essayant d’abord de qualifier sucré/salé/amer/acide, puis d’aller plus loin dans la description en faisant des comparaisons. Les plus petits petits pois crus sont très sucrés, on dirait presque des bonbons ! Les petits pois mangés surgelés ont un petit goût de mandarine ! Les pois cassés, c’est bon, mais on dirait un peu de la farine. Savez-vous quel pois ont-elles préférés ?
L’objectif est bien sûr d’aboutir à la cuisine ! J’ai donc demandé aux filles de choisir une recette à cuisiner avec les petits pois frais que j’avais enfin trouvé au marché. Ma grande miss a proposé des « petits pois-carottes, un plat que j’adore ! ». Grande miss, 5,5 ans, s’est occupée des carottes : les laver, les éplucher et les couper en rondelles, en faisant soigneusement attention avec le couteau. Petite miss, 2,5 ans, s’est occupée des petits pois, qu’elle a passionnément écossé ! Nous avons salé, mis un tout petit fond d’eau et mis tout cela à cuire dans une marmite (basse température), à peine 15-20 minutes, pour que les légumes restent vifs et croquants.
Pour les assaisonnements que les enfants n’aiment pas, les disposer à côté dans un petit bol. Comme cela, chacun choisit s’il en prend ou pas. Résultat ? Qu’est-ce que c’est bon, une marmite de légumes primeurs ! Mais vous savez quoi ? Les filles ont autant apprécié manger les petits pois pendant la dégustation qu’à table ! J’aime beaucoup ponctuer mes ateliers de cuisine par des lectures, pour appuyer les découvertes et les apprentissages. Pour cela, je furète passionnément jusqu’à trouver les livres, qui me conviennent !
À la Librairie des écoles, j’ai découvert ce livre sur le blog Milestory, dont je vous ai parlé plus haut. Je vous le conseille vivement, il est vraiment un très bon support pour des enfants de 6 à 10 ans. Livre d’Anne-Sophie Baumann, collection Mon premier exploradoc. L’intérêt général de ce livre est qu’il montre comment poussent les légumes aujourd’hui, dans l’agriculture contemporaine (et non le potager, comme on le trouve souvent dans les livres). Le livre nous fait remonter la chaîne de production, depuis le marché, l’agriculteur, le producteur de plants, les graines, l’agriculteur, les différents légumes et modes de cultures, la transformation (frites surgelées, la mise en boîte des petits pois). Livre de Pierrette Dubé et Yves Dumond, aux Editions la courte échelle. Alors, ça, c’est un livre qui explique de manière très rigolote la transformation du petit pois, du champ au sac de surgelés du supermarché. Je le trouve très judicieux, car c’est vrai qu’on consomme le petit pois très souvent surgelé. C’est très malin de l’avoir amené sous forme d’histoire drôle, avec des blagues sur les pois chiches en plus.

Du champ à l'assiette - Film pédagogique (15min)
Tableau récapitulatif des points clés du parcours pédagogique autour du petit pois et de l’école
| Aspect | Description | Exemple dans le récit |
|---|---|---|
| Décors et créativité | Objets du quotidien réutilisés pour enrichir l’esthétique et le récit | Boîte d’allumettes servant de lit |
| Lien texte-illustrations | Textes concis qui s’enrichissent grâce aux images et à l’humour | phrases courtes et questions/réponses illustrées |
| Rôle de l’enseignante | Gestion de classe, continuité pédagogique et liens avec les familles | co-enseignement CP et CP-CE1, planification à distance |
| Activités périscolaires | Cuisine et observation du vivant comme passerelle entre théorie et pratique | atelier petits pois, vidéos et lectures |
En somme, Cadre Petit Pois École illustre parfaitement comment les textes et les images se répondent pour construire un univers pédagogique empreint d’humanité, de curiosité et de joie de lire et de cuisiner ensemble autour d’un légume emblématique du jardin.