Dans de nombreuses expressions françaises, la tête est assimilée aux objets de forme sphérique. Et, dans ce cadre, à partir du début du 19ème, de nombreux légumes ronds désignent la tête. D’autre part, la structure “en avoir dans” peut être certes suivie de noms de légumes, mais également de synonymes familiers de la tête. Notre expression, quant à elle, donne l’image d’une tête bien remplie. Cela s’applique donc à une personne intelligente et “cultivée”. Son utilisation apparaît en français argotique au milieu du 20ème. A l’inverse, “ne rien avoir dans le chou” c’est faire preuve de bêtise. D’ailleurs, il est intéressant de noter que, au 16ème siècle, l’expression “tête de chou” qualifiait quelqu’un que l’on jugeait plutôt stupide (2).
Origine du mot chou et parenté linguistique
Un seul mot va nous permettre d’illustrer à merveille la vie de la langue. Un mot courant, connu de tous : chou. Mot bien français puisqu’il vient en droite ligne du latin caulis ; au moyen âge on disait « chol » et cela nous rappelle la dualité que nous notons encore aujourd’hui pour certains termes : fol - fou, mol - mou, col - cou, sol - sou, licol - licou et, on s’en souviendra peut-être, l’adjectif que l’on avait tiré de Pompidou était pompidolien ! Ce détour linguistique pour que l’on perçoive mieux la parenté du mot français avec ses correspondants dans plusieurs familles de langues.
Langues romanes : col en espagnol, cavolo en italien, chaul et caulet en occitan. Langues germaniques : kool en néerlandais, kohl en allemand, kâl en danois et en norvégien. L’anglais recourt à cabbage (apparenté à notre cabus) mais il dit cauliflower pour chou-fleur. Nous n’insisterons pas sur les nombreuses variétés de choux, ce n’est pas notre propos.
Signalons simplement qu’elles s’expriment de plusieurs façons : par l’addition d’un adjectif (chou rouge, chou vert, chou pommé, chou frisé, chou cabus, chou cavalier...), par une mention d’origine (chou de Bruxelles - Littré mentionnait encore chou de Brabant -, chou d’Alsace, chou de Milan...), par le recours à une autre préposition (chou à jets, chou à grosse tête) ou encore par simple apposition (chou-fleur, chou-navet, chou-brocoli). La choucroute est ainsi nommée à la suite d’une confusion phonétique : l’origine est le terme allemand Sauerkraut qui se traduit littéralement par « herbe sure », sans la moindre allusion au chou !
Expressions autour du chou et leur sens
Une impressionnante série d’expressions mentionnant le chou doit retenir notre attention. Un bout de chou c’est un petit enfant ; une feuille de chou c’est une publication, un journal de peu de valeur, mais avoir les oreilles en feuille de chou est tout autre chose. Tête de chou se dit encore pour un homme stupide, peut-être, comme le suggérait Littré, parce que le chou a une tête et qu’il ne pense pas ; on dit aussi bête comme un chou mais cette expression cède le pas à une autre, C’est bête comme chou, pour « c’est facile, c’est enfantin », facile à comprendre ou à faire.
Avec le verbe être, voici une locution dont les sens sont multiples. Être dans les choux se dit pour être en mauvaise posture, être dans l’embarras, mais aussi, en parlant d’une course de chevaux ou, plus récemment, d’un élève, pour traduire l’idée de se classer parmi les derniers. De là, le sens actuel d’échouer, en parlant de quelqu’un ou de quelque chose. On en arrive même à dire être dans les choux pour être évanoui, être dans les pommes. En Belgique, j’ai relevé assez fréquemment l’expression J’étais encore dans les choux pour dire « je n’étais pas encore né », allusion à ce folklore pour enfants qui leur fait croire qu’ils naissent « dans les choux ».
Aller planter ses choux c’est se retirer à la campagne. Faire chou blanc a vu son sens s’élargir. C’est d’abord, au jeu de quilles, ne rien abattre ; puis, ne pas réussir une affaire, manquer son but, pour finir par signifier, dans la deuxième édition du Dictionnaire de l’Académie, échouer complètement. Faites-en des choux, des raves : disposez de la chose comme il vous plaira. Voisine par la figure comme par le sens, cette locution oubliée : il en fait comme des choux de son jardin, il en dispose à son gré. Manger les choux par les trognons (être mort et enterré) a été remplacé, déjà chez Victor Hugo, par manger les pissenlits par la racine. Ménager la chèvre et le chou se dit toujours pour exprimer ce que l’Académie traduit de façon moins imagée par « user d’adresse pour se conduire entre deux parties, deux adversaires, de manière à ne blesser ni l’un ni l’autre » !
Plus d’abréviations et variantes autour de chou
S’y entendre comme à ramer les choux : les choux ne se rament pas, il s’agit donc de ne rien savoir faire. Tonner sur les choux pour dire faire plus de peur que de mal n’est plus attesté que dans quelques dictionnaires. Il a été trouvé sous un chou ou dans un chou rappelle la locution belge que nous venons de citer mais, ici, on veut dire que l’origine, la naissance de cette personne est inconnue, qu’elle est née de père inconnu. Aujourd’hui on emploie cette façon de dire en parlant d’une collision de véhicules.
De la locution au proverbe, le pas est vite franchi mais la distinction n’est pas toujours facile. Chou pour chou : la formule initiale était Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris. Littré explique : « s’il s’agit de choux, Aubervilliers vaut Paris et, de là, chaque chose a son mérite particulier ». Il ajoute : « on dit aussi, absolument, chou pour chou, dans le même sens. Chou pour chou, cet homme-là vaut bien l’autre ». En Belgique, pour exprimer l’égalité de deux choses, nous disons C’est chou vert et vert chou. Cette formule est de chez nous, les Français recourent à une autre image : C’est blanc bonnet et bonnet blanc. Autre proverbe : Il y a chou et chou. Plus prosaïque mais bien oublié, celui-ci : Ce n’est pas le tout que les choux, il faut encore la graisse. Egalement oublié, mais toujours applicable : La gelée n’est bonne que pour les choux. Enfin, une locution proverbiale qui stigmatise une personne qui étale trop ses qualités : elle fait bien valoir ses choux.
Chou comme nourriture, métaphores et corps
Les sens du mot chou, on a déjà pu s’en rendre compte, peuvent varier d’un discours à un autre. Chou à la crème, petit chou ou, simplement, chou (que l’on relève dans pâte à chou) appartiennent au vocabulaire de la cuisine et de la pâtisserie. Un chou, c’est aussi un nœud que l’on forme avec des rubans pour représenter une figure rappelant le chou, la rosette. De la rosette on passe à un ornement de tête pour les femmes, un chou de rubans. Le féminin existe : ma choute. Un bout de chou, nous l’avons vu, c’est un enfant. Dans des expressions comme ne rien avoir dans le chou ou se casser le chou, il s’agit bien de la tête, mais aussi d’intelligence quand on parle d’avoir du chou.
Tantôt encore, c’était le ventre dans entrer ou rentrer dans le chou. De substantif, chou devient adjectif. Un adjectif qui peut s’appliquer à une personne gentille : il est chou, soyez chou, à une chose ou à une situation charmante, c’est chou. Au féminin, c’est chouchoute. Chouchou sert de base au verbe chouchouter : une mère qui chouchoute trop ses enfants. Rien à voir avec la plante potagère dont on consomme les feuilles, quand bien même il existerait une variété de chou… blanc !
Le chou(p) serait ici le coup, prononcé « à la berrichonne » puisque c’est dans le Berry que serait née l’expression. Est-ce parce que le nom chou vient du latin caulis que le son [k] s’est maintenu de manière dialectale ? Ainsi, au jeu de quilles, un c[h]oup blanc était un coup nul, sans résultat. Il n’en demeure pas moins que le nom chou entre dans de nombreuses expressions populaires. Au singulier, il désigne familièrement la tête : « ne rien avoir dans le chou » (être stupide), « prendre le chou » (excéder, énerver).
Aux racines du couvert et du gîte
Littéralement, le couvert désigne « ce qui couvre », à commencer par ce qui couvre la maison. Par le passé, on « réparait le couvert », c’est-à-dire le toit d’une habitation. On a même fini par nommer « couvert » un logement où l’on est protégé des intempéries. Quand au XVIIe siècle La Fontaine écrit, dans sa fable Le Rat qui s’est retiré du monde, « Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ? Mais le nom couvert a également fini par désigner ce qui couvrait non plus seulement une maison, mais une table !
Passons au gîte, à présent. Le nom n’est pas présent dans la version initiale. On l’a bien vu chez La Fontaine, qui parle du « vivre et du couvert ». Notons que le nom viande a la même origine, le verbe latin vivere, « vivre ». Autrement dit, « le vivre et le couvert » a fini par désigner deux fois la nourriture ! Voilà pourquoi l’on a transformé vivre en gîte pour indiquer qu’il s’agissait bien du toit, puisque, rappelons-le, couvert n’était plus compris en ce sens. Et pourquoi gîte ? En conclusion, selon le sens que l’on donne à couvert, on obtient non pas une, mais deux expressions redondantes : « le vivre et le couvert », avec deux fois l’idée de « nourriture », ou « le gîte et le couvert », avec deux fois l’idée de « toit ».

Liste de proverbes et expressions célèbres
- Faut-il penser que ce pauvre chou est idiot ? Cette expression du XIXe siècle désignait quelqu’un d’idiot mais pas comme le légume. En argot le chou qualifiait notre tête… et nos fesses. Être bête comme chou décrit aujourd’hui quelque chose de très simple.
- Ou raconter des mensonges. Une expression populaire du XIXe siècle où l’on parle d’un plat, c’est-à-dire d’un ensemble d’ingrédients mêlés pour les faire passer.
- Tout est perdu, il n’y a plus d’espoir. Depuis le XVIIe siècle, la carotte est associée à la mort et à la pauvreté; on disait que ses carottes étaient cuites.
- Pour finir dans cette thématique, être mort et enterré: les pissenlits pousseront sur les tombes fraîchement creusées, supposant qu’on doit creuser pour atteindre le légume.
- Ou c’est la fin, tout court: les haricots dans les internats pour signifier la faim ou l’épuisement.
- Attendre… un poireau tient droit et immobile comme quelqu’un qui attend longtemps.
- Améliorer ses conditions de vie en gagnant un peu d’argent; le beurre est synonyme de richesse nutritionnelle.
- Pour comprendre l’expression en empilant trois pommes les unes sur les autres.
- L’origine de certaines expressions est incertaine: tomber dans les pâmes est une hypothèse liée à pâmement et perte de connaissance.
- Tomber amoureux: le cœur d’un artichaut et ses feuilles, comparaison fréquente pour décrire l’amour.
- Ne pas réussir, échouer: chou blanc viendrait d’un jeu de quilles, faire coup blanc.
- Sabler le champagne, marquer la célébration d’un événement important; l’iconographie du champagne a évolué au fil du temps.
- Bon comme la romaine: être d’une grande bonté; dérivé d’Avignon et de Rome, et utilisé dans des proverbes pour décrire une personne généreuse.
- Ne pas être dans son assiette: malaise physique ou psychologique; expression née au XIXe siècle et associée à la notion d’équilibre et de confort.
Tableau récapitulatif des sens et origines
| Expression | Signification principale | Source/associations |
|---|---|---|
| Ne rien avoir dans le chou | être stupide | tête/bêtise |
| Être dans les choux | être en mauvaise posture, échouer, être évanoui | langage populaire, chevaux, éducation |
| Chou blanc | échec, échec total | jeu de quilles, patois berrichon |
| Bon comme la romaine | personne extrêmement bonne/anguage simple | origine italienne/littéraire |
| Ne pas être dans son assiette | malaise, difficulté à se concentrer | culturess |