Les jeunes néovignerons du Sud-Ouest réinventent Cahors et ses Malbec

Dans son numéro de novembre, la Revue du Vin de France explore « ces jeunes vignerons qui boostent le Sud-Ouest ». « Être vigneron est un vrai don de soi, j’en suis conscient et c’est pour ça que je me lève tous les matins. » Florent Plageoles est l’un des leaders de la nouvelle génération de vignerons du Sud-Ouest qui s’investit brillamment pour le futur. Sur ce vaste territoire qui part de Marcillac pour finir aux pieds des Pyrénées, une pépinière de vignerons de moins de 40 ans, qui a grandi avec le réchauffement climatique, interprète le raisin en fonction des nouvelles lois de la météo, adapte les cultures, vendange tôt, plante des cépages oubliés, infuse les vins, diminue le bois, limite les intrants et l’alcool et passe en bio. « Les vins qui me plaisent sont ceux qui se boivent aujourd’hui et qui seront bons dans cinquante ans. »

À Madiran, Antoine Veiry est bien conscient que le tannat doit vieillir, mais il ajoute : « Il faut faire le vin qui nous plaît, ce n’est pas parce qu’on fait ça depuis vingt ans que c’est forcément bon ». Le directeur technique du château Montus est le beau-fils d’Alain Brumont, propriétaire du domaine. Comme lui, les nouveaux producteurs sont “fils et filles de”, autodidactes ou diplômés, ou bien néovignerons. Deux citadins, David Notteghem et Matthieu Simon, se sont associés pour reprendre le domaine de Combet à Bergerac. Très motivés, ils n’envisagent cependant pas la vigne comme un sacerdoce : « Cela doit rester un plaisir et nous voulons conserver des loisirs, c’est pour cela que nous nous sommes associés ».

Malgré le stress des pertes de récolte, ils ne regrettent rien, préférant chausser des bottes qu’enfiler un costume. Les néovignerons sont attirés par le prix du foncier, variable suivant les AOC de 9 000 à 15 000 euros l’hectare. Un prix qui favorise aussi la transmission familiale. L’exemple de Java Sud Ouest, une association de vignerons animés par le désir d’échanger et d’enrichir leurs pratiques créée il y a une quinzaine d’années, est édifiant. Ses huit membres ont tous, sans exception, transmis aux enfants. Lors du dernier salon Wine Paris, les stands étaient trop petits pour accueillir jeunes et vieux dans une joyeuse complicité : « Les anciens nous écoutent, une vraie discussion s’installe entre nous », précise Anne Ribes, du domaine Le Roc à Fronton.

Les familles disposent aussi de plusieurs outils, comme le pacte Dutreil qui réduit les droits de succession dès lors qu’un membre de la famille souhaite reprendre le domaine. Ces transmissions en faveur de jeunes agriculteurs sont aussi favorisées par les Safer ou par la loi Sempastous entrée en vigueur le 1er avril 2023 qui régule l’accès au foncier agricole au travers de structures sociétaires. Une partie de ces vignerons en herbe s’est installée ces dernières années. Gel, grêle, mildiou, sécheresse auraient pu réduire leurs ambitions ; ils sont inquiets, mais pas défaitistes. Sébastien Fezas, vigneron au domaine Jean Daugé dans le Gers, se confie : « L’avenir me préoccupe mais me motive aussi, je sais qu’il y a des solutions, dans le travail des sols, la plantation de nouveaux raisins, l’arrachage de rangs pour y planter des arbres, la polyculture… ».

Les cartes sont rebattues et les jeunes qui arrivent n’ont pas d’idées préconçues. Si l’AOC est un carcan, ils s’en libèrent. Leur vision du vin moderne est libre, à destination d’une jeune génération qui pourrait bien délaisser la bière et le whisky pour ces vins “glouglou”. Durant nos nombreuses dégustations effectuées dans les différents vignobles du Sud-Ouest durant ces trois dernières années, nous avons réellement pu constater l’attrait de la jeune génération et sa détermination à faire bouger les lignes. Nous vous présentons ces domaines ici appellation par appellation, d’est en ouest. Pour étoffer notre sélection, nous avons dégusté en juillet les derniers millésimes des jeunes vignerons à l’aveugle et sur appel à échantillons des organismes professionnels, avec pour seul critère de sélection la limite d’âge de la Dotation aux jeunes vignerons, soit 40 ans.

L’appellation a vu déferler sur ses malbecs une nouvelle génération passionnée du cépage. Jules, le fils de Pascal Verhaeghe, est arrivé depuis une poignée d’années et va encore plus loin que son père et son oncle sur ce domaine aux expressions stylistiques déjà pointues rendues encore plus sensibles avec l’arrivée du jeune vigneron. 94/1002020 La cuvée est produite en vinification intégrale dans des barriques de chêne et élevée deux ans et demi sur lies. 93/100 Le Cèdre 2020 Le cuir domine un nez encore un peu fermé, mais le soyeux des tanins et la délicatesse du vin s’installent sur un équilibre franc et tonique. Christophe Longueteau gère avec son père le domaine situé sur les sidérolithiques. 91/100 X4 2020 Nez puissant, concentré, riche, généreux, kirsché avec des notes de pain d’épices. 90/100 X2 2020 Notes de fusain pour ce cahors qui s’appuie sur un toucher de bouche soyeux, dense et concentré, avec un tanin profond et une texture aux extraits secs parfaits.

La jeune Mathilde Fournié s’occupe du domaine familial depuis 2015. 92/100 Prestige 2022 Pas encore tout à fait fini à l’heure de la dégustation, mais d’une amertume délicate, d’une tension parfaite et d’un volume précis, avec un équilibre juste. Ce domaine classique livre des vins justes et équilibrés, digestes et moins boisés mais toujours fidèles à l’image de Cahors. 94/100 Expression 2020 La note coco signe un nez encore cadenassé. Le palais plus juteux présente une intense finesse, celle des fruits noirs sur une pureté irréprochable. 93/100 Tandem 2022 Sanguin, juteux, floral. Le fruit est parfait et la densité de tanin d’un équilibre savoureux. La cuvée conserve l’élégance tout en dévoilant des notes graphite. Précision et élégance pour un vin aussi charmeur que carré.

Germain Croisille, qui a converti la propriété créée par ses parents en biodynamie, maîtrise la technique au point de produire des cuvées d’une rare subtilité, tout en restant sur les canons du malbec du Causse, profonds et minéraux. 93/100 La Pierre 2022 Pour établir une continuité avec la roche calcaire d’origine, le vin est élevé dix mois dans des cuves taillées dans la roche calcaire du nord du Lot. Le malbec en sort détendu, avec du souffle, une belle expressivité, un tanin fondu et énergique, signature de Germain. Prix : N. 92/100 Silice 2022 Levures indigènes et macération par infusion pour un malbec de 35 ans élevé dans le ciment. Nez floral, framboise et fruit. Benoit Aymard a repris le contrôle du domaine familial après avoir pendant quinze ans fait du vin pour les autres. Grâce à un terroir mosaïque, il réalise des vins d’une sensibilité inouïe, à son image. 94/100

Clos d’Audhuy 2020 La profondeur juteuse du vin exprime une sapidité savoureuse. 90/100 Clos La Coutale 2021 L’intensité de fruit mûr signale un malbec dense et concentré. En 2015, Maya Sallée et Nicolas Fernandez commencent avec un hectare. Ils en ont huit désormais et pratiquent une agriculture régénératrice où le travail du sol est minimal, voire inexistant. 95/100 Boisp Grand 2020 Nez floral d’une vivacité intense sur une concentration minérale et juteuse. 93/100 Vin De France Trespotz 2022 Une pointe lardée et graphite, et une maturité de fruit bien calée dans son millésime.

Depuis qu’on entend parler du vigneron de Trespoux, installé en 2006, on imagine Fabien Jouves plus vieux. À 39 ans, il a déjà accompli un sacré boulot sur son domaine et à Cahors en général. 94/100 Bloc B763 2021 Le malbec sur sidérolithiques délivre ses arômes de fruits noirs rafraîchis par une bonne dose d’épices. 93/100 Les Acacias 2021 Un élevage en foudres d’une année assouplit la cuvée, avec dans le nez des effluves de bois et en bouche un croquant délicat. André Berenger, soudeur sur des chantiers navals et Sylvie Berenger, titulaire d’un baccalauréat de philosophie, décident en 1971 de vivre de la terre. Les premiers temps sont durs pour ces néo-vignerons formés sur le tas. L’argent leur manque pour arracher et replanter les vignes. Le site, isolé, n’a ni électricité ni eau courante. Il faut attendre 1985 pour que les premières bouteilles du domaine La Bérangeraie sortent des chais de la propriété. La production se vend bien grâce au bouche à oreille. En 1998, leurs enfants Maurin et Juline intègrent le domaine, ainsi que leurs conjoints. Génération Lieux-Dits c’est d’abord une rencontre de vigneronnes et de vignerons de Cahors engagés et passionnés. Leur métier les relie, leur passion les unit. Leurs terroirs sont à l’image de leurs personnalités : tous différents et nuancés, mais tous rassemblés autour de la même passion ancestrale, celle des vins de Cahors. Chaque parcelle de mon vignoble est un récit, une histoire géologique unique. Chaque terrasse, chaque coteau du vignoble de Château Eugénie porte une histoire vieille de cinq siècles. Au Château Nozières, notre mosaïque de parcelles est un trésor viticole que nous explorons chaque jour. Héritières d’une longue tradition familiale, nous conduisons notre vignoble de Château Pineraie comme un écosystème vivant. Les terrasses ensoleillées de Château Famaey sont un don de la nature. Elles nous engagent à révéler, avec précision et respect, la quintessence de nos cépages à travers nos cuvées parcellaires. Notre vignoble sur les hauts plateaux calcaires du Quercy Blanc est un patrimoine familial que nous chérissons et préservons. Au Clos du Chêne, chaque grappe de Malbec est une réserve expressive de notre terroir . Le vignoble de Château Latuc fait l’objet d’une attention familiale qui nous anime avec passion. Au Château Le Brézéguet, chacune de nos cuvées s’applique à transmettre notre passion pour le Malbec.

carte du Sud-Ouest et Cahors

LA PASSION DES VIGNERONS DE L'AOC CAHORS

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