La nature de ce que nous mangeons exerce une énorme influence sur le type de bactéries qui composent le microbiote et, par conséquent, sur les différents composés qui sont produits par l’activité de fermentation des bactéries intestinales. Ceci est particulièrement flagrant lorsqu’on compare les effets d’une alimentation reconnue pour exercer des effets bénéfiques sur la santé (riche en végétaux avec pas ou peu d'aliments de sources animales) avec ceux d’une alimentation de type occidental (riche en viande et en aliments ultratransformés, mais carencée en végétaux), associée à une hausse du risque de plusieurs maladies chroniques (Figure 1).
Règles générales du microbiote et lien avec l’hypertension
A l’établissement d’un microbiote sain, caractérisé par une grande diversité d’espèces de bactéries, requiert typiquement un régime riche en fibres végétales et pauvre en graisses et protéines animales. Les glucides complexes non digestibles sont métabolisés par le microbiote du gros intestin et fermentés pour produire une vaste gamme de composés et favoriser la formation d’une épaisse couche de mucus protecteur. La production microbienne d’acides gras à chaîne courte (SCFA) fournit une source d’énergie supplémentaire aux cellules intestinales (colonocytes) et provoque une diminution du pH qui favorise la croissance d’espèces bénéfiques. Les SCFA peuvent également se lier à certains récepteurs pour stimuler la sécrétion GLP-1 et du peptide YY, deux molécules qui contribuent à une augmentation de la dépense énergétique, à une réduction de l’apport alimentaire et à une amélioration du métabolisme du glucose et de la sécrétion d’insuline. Le butyrate est également métabolisé par β-oxydation au niveau des cellules intestinales, et cette consommation d’oxygène contribue à maintenir un environnement anaérobie optimal pour la survie de plusieurs espèces bactériennes bénéfiques.
Un régime riche en aliments de sources animales et en produits ultratransformés, mais appauvri en fibres, induit quant à lui un débalancement dans la composition du microbiote (dysbiose). La rareté en fibres force les bactéries à se tourner vers les produits de dégradation des protéines et les graisses comme source d’énergie, ce qui génère plusieurs produits non retrouvés suite à la dégradation des fibres comme les acides gras à chaîne ramifiée, des amines comme la triméthylamine (qui peut être transformée en TMAO), des gaz malodorants et des traces de phénols, d’indoles et d’ammoniac. Combinées à une production diminuée de SCFA, ces molécules augmentent le pH du côlon et favorisent la production d’acides biliaires secondaires, un facteur de risque de cancer. Globalement, ces changements dans l’environnement microbien provoquent une perte d’étanchéité de la couche de mucus et peuvent déclencher une réponse inflammatoire systémique de faible intensité. Cette inflammation, combinée à une réduction des taux de GLP-1 et de PYY, peut induire une résistance à l’insuline et une hausse de la glycémie.
Une des principales conséquences est de créer des conditions propices au développement d’un climat inflammatoire chronique. Des études, comme celle comparant l’alimentation Afro-Américaine et l’alimentation africain rurales, illustrent ces effets sur la santé intestinale et l’inflammation lors d’un passage à un régime occidental. En somme, si une alimentation riche en végétaux est supérieure à celle basée sur un apport élevé en produits animaux, c’est en grande partie parce qu’elle procure des conditions optimales au métabolisme des bactéries intestinales. Le processus de fermentation à l’œuvre dans l’intestin est comparable à celui utilisé depuis des millénaires pour la production d’un très grand nombre d’aliments fermentés.
Fermentation et bénéfices cardiovasculaires
En plus des apports nutritionnels, certains aliments fermentés contiennent des probiotiques qui résistent à l’acidité de l’estomac et peuvent intégrer provisoirement le microbiote et accroître sa diversité. La transformation des aliments par fermentation peut aussi améliorer leur valeur nutritive et générer des postbiotiques (peptides bioactifs, polyphénols, acides organiques, oligosaccharides). L’interaction de ces composés avec le microbiote, l’épithélium intestinal ou le système immunitaire peut moduler positivement plusieurs paramètres physiologiques.
Les probiotiques, présents dans les yaourts et autres produits lacto-fermentés, survivent souvent à l’estomac et atteignent le côlon, représentant jusqu’à 1 % des bactéries locales selon le type et les habitudes alimentaires. Des études et méta-analyses indiquent que les probiotiques peuvent abaisser modestement la pression artérielle systolique et diastolique, avec une réduction moyenne d’environ 3,5 mmHg sur la systolique et 2,4 mmHg sur la diastolique, ce qui soutient leur usage comme traitement complémentaire pour prévenir ou améliorer une hypertension. Cependant, les effets varient selon les individus et les contextes nutritionnels.
Des données issues du cadre FeFiFo et d’autres recherches montrent qu’une alimentation riche en aliments fermentés peut augmenter la diversité microbienne et réduire certains marqueurs d’inflammation, même si les portions de microbes provenant des aliments fermentés restent modestes. L’alimentation DASH (Approche Diététique pour Stopper l’Hypertension) démontre que l’augmentation des apports en potassium et la réduction des apports en sodium ont un effet plus marqué sur la baisse de la pression artérielle que la réduction du sel seule. Cette approche nutritionnelle globale est privilégiée pour optimiser la tension artérielle sans recourir systématiquement à des médicaments.
Concernant les produits laitiers fermentés, des revues systématiques et des méta-analyses suggèrent une association entre la consommation de produits laitiers fermentés et une légère réduction du risque de mortalité et de maladies cardiovasculaires, ainsi qu’un effet potentiel sur la réduction de l’inflammation chronique. Toutefois, la littérature sur l’effet antihypertenseur direct des laits fermentés demeure hétérogène, avec des résultats modestes et dépendants des protocoles et populations étudiées.
Rôles spécifiques des éléments des lacto-fermentations
Le sel est crucial pour les lacto-fermentations et leur conservation, mais sa teneur peut influencer la pression artérielle. L’augmentation du sodium est associée à une hausse du volume sanguin et peut augmenter la tension artérielle, tandis que le régime DASH montre que l’équilibre sel-potassium est déterminant pour une réduction efficace de la pression. Les acides gras à chaîne courte, produits par le microbiote lors de la fermentation, participent au contrôle de la pression et exercent des effets anti-inflammatoires dans l’intestin et le système immunitaire. Il est cependant important de considérer que la sensibilité au sel varie selon les individus et que des modifications diététiques doivent être personnalisées.
Le potassium, naturellement présent dans les fruits, légumes et graines, soutient l’équilibre électrolytique nécessaire au bon fonctionnement vasculaire. L’OMS recommande des apports modérés de sel et des sources de potassium via l’alimentation plutôt que des suppléments, afin d’éviter les risques de hyperkaliémie, notamment chez les patients rénaux. Le régime DASH préconise une augmentation des aliments riches en potassium et une réduction des aliments riches en sodium, et ses effets bénéfiques apparaissent rapidement chez certains sujets.
Recommandations pratiques et précautions
Pour optimiser les bénéfices des lacto-fermentations sans risques, privilégier des yaourts et laitages fermentés dans le cadre d’une alimentation globale équilibrée, associée à une réduction du sel et à une augmentation des apports en potassium via les aliments naturels. Veiller à l’hygiène et à la sécurité des aliments fermentés : éviter les moisissures dangereuses et privilégier des conditions de fermentation propres. En cas d’hypertension ou de comorbidités, consulter un médecin pour adapter les mesures nutritionnelles et la médication si nécessaire.
Des outils comme l’excès de sel et le régime DASH s’alignent sur une approche nutritionnelle globale, sans rush ni régime strict. La communication avec le médecin et une surveillance régulière restent essentielles pour évaluer les effets sur la tension et ajuster les conseils alimentaires en fonction des profils individuels et des risques cardiovasculaires.

Les acides gras à chaîne courte et les probiotiques jouent un rôle central dans les mécanismes par lesquels les lacto-fermentations peuvent influencer la pression artérielle. Les recherches suggèrent que la modulation du microbiote et l’augmentation de la diversité microbienne, associées à une réduction de l’inflammation, peuvent contribuer à une réduction modeste mais significative de la tension artérielle chez certains individus.
La pression artérielle
Tableau synthèse des mécanismes et effets
| Éléments fermentés | Effets potentiels sur la pression artérielle | Notes |
|---|---|---|
| Probiotiques (Lactobacillus spp.) | Réduction moyenne de SBP ~3,5 mmHg et DBP ~2,4 mmHg | Effet variable selon l’individu |
| SCFA (butyrate, acetate, propionate) | Régulation métabolisme et réduction de l’inflammation | Supplémentation alimentaire via fermentation |
| Peptides bioactifs | Inhibiteurs de l’ACE; effets hypotensifs | Présents dans certains laitages fermentés |
| Sel (NaCl dans la lacto-fermentation) | Augmente le volume sanguin et la tension lorsque consommé en excès | Régime DASH optimise l’équilibre Na/K |
En pratique, l’approche DASH et l’inclusion mesurée de produits laitiers fermentés peuvent être bénéfiques pour la tension artérielle et la santé cardiovasculaire, tout en tenant compte des particularités individuelles et des risques liés à l’hyperkaliémie ou à d’autres comorbidités.
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