La vanille, issue d’une plante orchidée originaire du Mexique, a été remarquée par les Totonaques, peuple précolombien, avant d’être cultivée par les peuples pré-hispaniques et les Aztèques. Après sa découverte par l’Europe suite à la conquête espagnole, la production de vanille s’est développée dans d’autres pays. Le Mexique, berceau de cette culture ancestrale, continue aujourd’hui à alimenter la production mondiale de vanille.
Agroforesterie et vanille : principes et enjeux
L'agroforesterie recouvre l'ensemble des pratiques agricoles qui associent, sur une même parcelle, des arbres (fruitiers, haies, alignements, bosquets) à une production agricole végétale et/ou animale. Les espèces indigènes et endémiques tiennent une place prépondérante au sein des cultures agroforestières mises en place. Ces systèmes agroforestiers permettent également aux cultivateurs de diversifier leur production en récoltant des fruits issus des arbres comme le manguier, le zapote et le jonote. Ces fruits serviront à leur alimentation ou à la vente sur les marchés afin de générer des revenus complémentaires et améliorer leur situation économique.
Pour soutenir la culture locale de la vanille auprès de petits producteurs, le projet vise à développer l’agroforesterie en introduisant des arbres au sein des champs de vanille. Ces arbres contribueront à protéger directement les plants de vanille en les abritant des précipitations et de l’ensoleillement, en enrichissant les sols en nutriments et en prévenant leur érosion. Certaines essences d’arbres telles que le pichoco, le piñon, le cocuite, le laurier et le ramón serviront quant à elles de tuteurs aux plants de vanille et soutiendront leur bonne croissance.

Exemples concrets et projet GAIAR
Le projet GAIAR s’appuie sur la mise en place d'un réseau de 10 parcelles expérimentales réparties sur l’ensemble du territoire. Il fait suite à un important travail d’inventaire des zones en friches mené par le Parc national et ses partenaires en 2019. Les 10 parcelles pilotes du projet constituent un support d’acquisition de références techniques, économiques et environnementales locales, relatives à la réhabilitation de parcelles en friches et à la mise en place de projets agroforestiers.
- La première étape de remise en valeur des friches consiste à éliminer les espèces exotiques envahissantes présentes pour y substituer des espèces cultivées. Les techniques de défrichement mises en œuvre (mécaniques ou manuelles) sont adaptées à chaque situation et définies en fonction du type d’accès (carrossable, pédestre ...), de l’état initial de la parcelle (état boisé, présence d’espèces endémiques à conserver…) et des cultures qui seront implantées (cacao, vanille, maraîchage, fruitiers…).
- La seconde étape vise à définir un plan d’aménagement et les méthodes d’interventions avec chaque agriculteur pour mettre en valeur leurs parcelles. L’ARMEFLHOR assure la production et la mise à disposition des plants utilisés sur la zone d’expérimentation.
- Ces parcelles font ensuite l’objet d’un suivi réalisé par les agents du Parc national et les techniciens de l’ARMEFLHOR. Ce suivi permet de capitaliser des données technico-économiques (investissements humain et matériel, productivité…) et environnementales (croissance des espèces indigènes, qualité du sol, auxiliaires de culture...).

Plantations et pépinières communautaires
Les premières plantations au sein des champs de vanille ont eu lieu de mars à mai. Un total de 12 136 arbres dans la région de Totonacapan et de 14 000 arbres dans la région de Huasteca ont été plantés en agroforesterie, principalement en guise de tuteurs pour soutenir la croissance des plants de vanille. Le projet vise également à produire et conserver des essences d’arbres natives telles que le cèdre blanc ou le ceiba, en collectant des graines endémiques au sein des forêts existantes.
Au printemps 2022, cinq pépinières communautaires ont ainsi été construites avec la participation des producteurs de vanille associés au projet. La collecte des graines au sein des forêts natives a commencé en parallèle, notamment auprès d’une essence endémique, le ceiba, un arbre tropical dont le tronc est couvert d’épines et particulièrement difficile à escalader pour en récolter les graines.

Cas emblématique : Cédric Coutellier et la vanille en agroforesterie
Cédric Coutellier est l'un de ces producteurs moteurs, porteur de la dynamique de relance de la culture patrimoniale de la vanille, activement inscrit dans le développement agricole et rural du territoire Guadeloupéen. Installé sur l’île depuis 1998 et travaillant en partenariat avec l’Office National des Forêts (ONF), ce grand passionné a parfaitement assimilé les techniques de culture, de fécondation, de récolte et de transformation. Il s'est progressivement forgé une place reconnue parmi les experts de la culture de la vanille en Guadeloupe et participe régulièrement à des actions de formation pour la transmission des savoir-faire inhérents à cette culture subtile.
La consécration de cette reconnaissance est venue en 2020 au Salon International de l'Agriculture. À cette occasion, Cédric Coutellier a présenté pour la première fois sa vanille biologique cultivée en agroforesterie dans le Parc National de la Guadeloupe lors de la 129e édition du Concours général agricole et a remporté à l'unanimité la médaille d’or dans sa catégorie (Vanilla Fragans planifolia), détrônant les Réunionnais qui la détenaient depuis longtemps.
Cédric Coutellier est l'un de ces professionnels engagés pour le développement d’une agriculture durable et respectueuse des écosystèmes naturels. Son partenariat avec l’ONF le conduit jour après jour à développer des systèmes de culture présentant un impact environnemental minime et le mène à élaborer un produit qui s'insère parfaitement dans l’écosystème forestier, en privilégiant des cycles bio-géochimiques naturels. Par son plein engagement dans cette collaboration avec l'ONF, il entend défendre l’agroforesterie tropicale en démontrant que l’agriculture peut s’intégrer à des écosystèmes préexistants sans en dégrader le fonctionnement naturel.
La vanille de Cédric Coutellier est de surcroît certifiée en Agriculture Biologique. Cette agriculture positionne le label AB dans une autre dimension où aucun apport de matière organique extérieure n’est toléré : l’agriculteur doit trouver des solutions au sein même de la forêt qu’il exploite. Cette façon de cultiver est une nouvelle manière de voir l’agriculture qui permet de revaloriser les paysages locaux, les forêts et la biodiversité qu’elle abrite. Cette double labellisation agroforesterie / agriculture biologique garantit en outre aux consommateurs l'achat d'un produit de haute qualité, tant d'un point de vue gustatif qu’environnemental.

Cédric Coutellier propose une visite hebdomadaire de son exploitation sur un espace forestier de plus de 6 ha, essentiellement reboisé avec du Mahogany il y a une cinquantaine d'années. C'est pour lui l'occasion de transmettre de riches et précises explications sur ses conditions d'exploitation, son respect du milieu naturel, son partenariat avec l'ONF, en bref sa passion. Cédric Coutellier vous fera pénétrer dans cette forêt domaniale départementale, comme dans un espace sacré, et vous présentera une parcelle de 1000 mètres carrés où s'épanouissent pas moins de 3 variétés de vanille différentes. Selon la période choisie pour cette visite, vous aurez peut-être la chance d'observer des grappes de fleurs et le producteur en action lors de l'acte subtil de pollinisation. Vous ressortirez de cette forêt les yeux aussi pétillants que le regard de votre guide, les narines en palpitation, le sourire éclairé par la sympathie du moment et l'esprit en effervescence d'avoir reçu dans un généreux élan de passion mille et une informations.
Vanille : l'insémination artificielle par voie manuelle...
Politiques publiques et contexte des Outre-mer
Le Plan de Développement de l’Agroforesterie (PDAF), lancé en 2015 par le Ministère en charge de l’agriculture, vise à accompagner la promotion des pratiques agroforestières sur l’ensemble du territoire français. Les cinq Départements d’Outre-Mer (DOM) français (Mayotte, Guadeloupe, Martinique, Guyane, la Réunion) sont caractérisés par leur éloignement géographique, un climat tropical et un contexte économique particulier. En conséquence, l’agroforesterie y prend des formes différentes de celles trouvées en métropole, et la question de l’application du PDAF, conçu au niveau national, se pose.
L’agroforesterie des DOM s’insère dans des filières agricoles principalement tournées vers une consommation locale des produits, et concerne avant tout les filières de diversification animale et végétale (petit élevage, fruits et légumes, PAPAM, vanille). Le potentiel agroforestier des filières canne-sucre et banane semble en effet léger. Ces espaces délaissés constituent en effet une menace pour la biodiversité de l’île car ils abritent bien souvent de nombreuses espèces exotiques envahissantes végétales (EEEV), susceptibles de coloniser les milieux naturels au détriment des espèces indigènes.

Acteurs locaux et trajectoires d’agriculteurs
Edvin Payet est agriculteur depuis 30 ans. Installé sur les hauteurs de Saint-François, il cultive actuellement 30 ha de canne, 4 ha de palmistes et propose un hébergement agrotouristique. Il a fait l'acquisition en 2016 de 42 ha supplémentaires, classés Nebc (espace boisé classé). Harry Legros s'est pour sa part installé comme maraicher en 2019, après avoir été encadrant technique dans le domaine de la réinsertion.
Suivi, valorisation et perspectives
Ces initiatives combinent remise en valeur des friches, production de plants via des pépinières communautaires, implantation d’essences natives comme tuteurs et sources alimentaires, et formation des producteurs. Elles montrent comment la vanille, intriquée à l’agroforesterie, peut devenir un levier de valorisation du patrimoine naturel et agricole local. Les systèmes agroforestiers créés permettent de préserver la biodiversité, d’offrir des revenus complémentaires et de proposer aux consommateurs des produits labellisés et respectueux de l’environnement.
| Élément | Action | Bénéfices |
|---|---|---|
| Plantation d'arbres tuteurs | 12 136 + 14 000 arbres plantés | Protection, nutriments, tuteurs |
| Pépinières communautaires | 5 créées au printemps 2022 | Approvisionnement en plants, conservation d'essences |
| Parcelles expérimentales | 10 parcelles GAIAR | Références techniques et suivis |
| Producteur exemplaire | Cédric Coutellier | Médaille d’or SIA, AB, agroforesterie |
En combinant savoir-faire traditionnels (fécondation manuelle, récolte et transformation) et démarches modernes de conservation et de labellisation, l’agroforesterie de la vanille peut constituer une voie d’avenir durable pour les Outre-mer. Elle réunit protection des écosystèmes, valorisation patrimoniale et opportunités économiques pour les petits producteurs.
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