Affiche Charlie et la chocolaterie (1971) : poésie des effets pratiques et magie intemporelle face à la réédition de 2005

Découvrir un film des années après sa sortie est une expérience toujours intéressante. Le film de Mel Stuart ressort sur nos écrans le 10 février. D’autant plus quand ledit film fait appel aux effets spéciaux de son époque, effets souvent devenus obsolètes depuis. Une grande partie du charme de cette première adaptation du roman de Roald Dahl tient justement à l’aspect suranné de ses effets. Ils ne se donnent pas d’emblée comme réalistes. On sent le poids du décor et du maquillage. Quelqu’un tire les ficelles, c’est certain.

Tout cela tend à disparaître aujourd’hui avec le recours au numérique qui vise à donner une réalité crédible à des événements fantastiques, à les inclure dans le monde quotidien ou à rendre quotidien un monde fantastique. Entendons-nous bien, il n’y a aucun sentiment passéiste dans ce discours. Mais rares sont les réalisateurs qui aujourd’hui ont recours aux effets spéciaux pour un rendu véritablement poétique de leur film. Le récent Imaginarium du Docteur Parnassus (2009) participait d’un certain cinéma de l’enchantement visuel. Terry Gilliam est dans la parfaite descendance de Georges Méliès : un cinéma de magicien dont la poésie exhale de chaque image.

Peu importe les ficelles ou le décor « carton-pâte », ce cinéma-poésie donne envie d’y croire. C’est donc avec un regard émerveillé d’enfant que nous découvrons (ou redécouvrons) ce grand classique. Entre adaptation respectueuse du roman et invention de nouvelles séquences (avec l’accord de Dahl qui participa au scénario), Mel Stuart parvient à donner une unité à son film, là où il y avait un danger à répéter le chapitrage du roman.

Intrigue et architecture narrative

Rappelons l’intrigue : le monde se régale des délicieux chocolats de la fabrique Wonka. Mais un grand mystère entoure l’usine dans laquelle personne n’entre ni ne sort jamais. Lorsque Willy Wonka offre la possibilité à cinq enfants de visiter la chocolaterie et de gagner une vie de chocolat s’ils trouvent l’un des cinq tickets d’or dissimulés dans ses friandises, le monde s’ébranle et c’est la ruée vers les produits Wonka. S’ensuit alors la visite de l’usine par les cinq gagnants. L’histoire se centre sur un enfant pauvre qui travaille pour faire vivre sa famille.

Cette longue introduction passée, chaque séquence révèle une des pièces de la chocolaterie et une des tares d’un enfant (gloutonnerie, mauvaise éducation, enfant gâté, téléphage…). La rigueur de ce découpage est allégée par la personnalité du directeur de la chocolaterie. Outre la superbe mise en image de l’imaginaire fou de Roald Dahl, c’est Willy Wonka qui fait du film une réussite. Jusqu’au dénouement, on ne sait réellement comment définir ce personnage. Comme les visiteurs de l’usine, on est partagé entre l’envie de faire confiance à cet enchanteur et la peur qu’il peut inspirer par moment. Gene Wilder est formidable dans ce rôle.

La figure de Wonka et l’héritage cinématographique

La version filmique de Wonka doit beaucoup au personnage du chapelier toqué d’Alice au pays des merveilles de Disney (1951). Caractère, costume, expression, c’est la même gentillesse mêlée de folie névrotique qui émane de lui. « On ne peut pas reculer. Il faut avancer pour reculer. » dit bien justement Wonka. Parce que justement la fabrique est à la fois un monde merveilleux et monstrueux. Merveilleux parce qu’elle est conforme à nos désirs ; tout est à déguster. Monstrueux parce que sous le contrôle d’un solitaire mégalo qui a, apparemment, depuis longtemps perdu le lien avec la réalité.

Entre parc d’attractions et forteresse, la chocolaterie est une formidable construction mentale qui vient égratigner la société contemporaine: production à la chaîne, mécanismes constitutifs de création de la demande chez le consommateur, abrutissement face à la télévision, enfants-tubes digestifs… Les magnifiques séquences d’ouvertures jouant sur les différentes textures du chocolat apparaissent comme un faste dérangeant, l’illustration d’un monde vorace au sens propre comme au figuré. Un monde où règne l’égoïsme.

Comparaison avec Tim Burton et effets spéciaux

Revoir cette première adaptation permet aussi de revenir sur celle qu’en a faite Tim Burton en 2005 avec Johnny Depp dans le rôle de Wonka. C’est bien simple, le film de Burton est un parfait décalque de celui de Mel Stuart, mais en numérique. Il est impressionnant de voir à quel point la mise en image de Burton ressemble point par point au film de 1971. Si l’on excepte certains ajouts et la prestation de Depp, le film est une transcription directe de la vision de Stuart. On en vient à se demander l’utilité de cette nouvelle adaptation, qui s’était révélée bien décevante.

Cette ressortie du classique de Mel Stuart est à ne pas manquer. Avec ou sans enfants, Charlie et la chocolaterie est une gourmandise. Une gourmandise dangereuse qui éveille nos papilles et aiguisent nos sens.

Contexte et résonances contemporaines

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Charlie, enfant issu d'une famille pauvre, doit économiser chaque penny et ne peut s’offrir les friandises dont raffolent les enfants de son âge. Pour obtenir son comptant de sucreries, il participe à un concours organisé par l’inquiétant Willy Wonka, le propriétaire de la fabrique de chocolat de la ville.

Les producteurs avaient envisagé d’appeler le film "Candy Man", comme la chanson du film. Jack Albertson (Grandpa Joe) a joué aux côtés de Patricia Neal, la femme de Roald Dahl dans The Subject Was Roses; il reçut d'ailleurs l’Oscar du meilleur second rôle pour ce film. Warner Bros.

Affiche originale du film Charlie et la chocolaterie (1971) montrant Willy Wonka

Willy Wonka Rare 1971 Behind the Scenes 16mm Promo Film Clip Gene Wilder

Note finale

Charlie et la chocolaterie demeure une œuvre où le mélange entre l’imaginaire et les mécanismes sociaux est rendu palpable par une mise en scène qui privilégie les effets pratiques et la magie tangible sur le virtuel. La ressortie de 1971, loin d’être anachronique, permet de redécouvrir une poésie visuelle que le passage au numérique ne peut entièrement émuler.

  1. Contexte de production et choix esthétiques des années 1970
  2. Récit et structure narrative du film par rapport au roman
  3. Comparaison avec l’adaptation de Tim Burton (2005)
  4. Impact culturel et commercial de l’œuvre et de ses dérivés

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