A quelle ferment les eglises peuvent-elles être ouvertes et protégées ?

Force est de constater qu'aujourd'hui, de plus en plus d'édifices religieux ne peuvent plus maintenir leurs portes grandes ouvertes. La faute à l'augmentation des dégradations et vols commis dans l'enceinte même des ces bâtiments. « Pour maintenir des églises ouvertes, il faut à l'heure actuelle penser en priorité à la sécurité, car certains objets suscitent la convoitise », soupire Catherine Putz, responsable du service diocésain foi et culture, qui a pour but de créer des ponts entre les cultures contemporaines et chrétiennes. « Si les églises demeurent des bâtiments affectés au culte, souligne-t-elle, les chrétiens ont toujours eu la volonté de les ouvrir au plus grand nombre ».

Manque de bénévoles. René Claverie, maire de Lescar entre 1983 et 2008, en a fait l'expérience, en confiant à des bénévoles, en majorité des femmes, le soin d'organiser des rondes dans la cathédrale, afin de « garder un oeil attentif » sur les trésors présents dans ce monument historique. « Il s'agissait plus d'une mesure de prévention que de répression », détaille l'ancien édile. Des catholiques et des non-croyants ont participé à cette initiative.

Avec la baisse des vocations religieuses, les prêtres doivent de plus en plus faire appel à des bénévoles pour ouvrir les églises. « Il faut tenir compte du fait que ce sont pour la plupart des personnes âgées que l'on ne peut pas tout le temps mobiliser », pointe l'abbé Jacques Arago, curé des paroisses d'Arzacq et Sauvagnon qui couvrent 38 clochers.

Parfois, ces bénévoles ne sont pas assez nombreux pour permettre de maintenir une église ouverte et les édifices sont fermés pour des raisons de sécurité. Exemple avec le père Daniel Decha, prêtre de la paroisse d'Oloron : « L'église de Saint-Pée d'Oloron par exemple est tout le temps fermée, sauf au moment des messes, car sa structure est jugée trop fragile ».

Un dialogue impératif. Car la plupart de ces bâtiments religieux appartiennent aux communes, qui doivent en permanence se mettre d'accord avec l'affectataire du lieu, à savoir le curé. Et lorsque les relations sont fluides, l'ouverture de l'église se fait plus facilement. C'est le cas à Géus d'Arzacq, où le jeune maire, Frédéric Lazailles, avec la participation des habitants, a maintenu l'édifice ouvert, malgré des travaux de restauration.

Le cas des Monuments historiques. Un dernier acteur peut encore intervenir dans l'équation de l'ouverture d'une église : le ministère de la Culture. Son rôle consiste pour l'essentiel à « conseiller » les propriétaires dans le « suivi technique et scientifique des objets » d'une église protégée au titre de « Monument historique » explique Mano Curutcharry, conservatrice des objets et antiquités d'art pour le département. C'est le cas notamment d'une statue de Saint-Jacques dans l'église de Sauvelade. Le temps de sa restauration, elle a dû être retirée de l'église, au grand dam des fidèles.

diagramme des acteurs et leur rôle dans l'ouverture d'églises

Sécuriser : rappel des bases simples

Maintenir les églises ouvertes : c'est le thème d'une journée de travail qui s'est déroulée récemment à Morlàas et qui a permis à toutes les parties de discuter. Le major Dominique Coste de la gendarmerie nationale a rappelé quelques règles essentielles. Il faut « évidemment sécuriser les vitraux avec des grilles » et « vérifier » les équipements présents sur toutes les portes. Il est nécessaire de garder « un seul jeu de clés » pour ne pas créer de confusions. Sur les presque 43 000 églises de France, 1 679 sont fermées toute l’année. Il n’y survit plus aucun culte, même le soir de Noël - pourtant la seule messe encore (un peu) courue par les catholiques non pratiquants.

Un chiffre en hausse, tout comme le nombre de celles qui sont désaffectées, c’est-à-dire dont l’utilité n’est plus cultuelle : 326, soit 186 de plus qu’en 2015. Et pas moins de 4 000 édifices sont dits « en péril ». Ces données collectées par une vaste enquête de quinze mois, pilotée par la Conférence des évêques de France viennent d’être rendues publiques. Les églises sont des lieux publics tant pour le droit administratif que pour le droit canonique. Elles relèvent du domaine public et, à ce titre, elles se doivent d'être ouvertes à tous.

Une église ne vaut pas seulement en raison de sa fonction liturgique. Si importante et si nécessaire qu’elle soit, sa fonction est beaucoup plus large et répond à des besoins profonds. Affectées au culte catholique, les églises ne sont pas réservées aux catholiques et encore moins aux catholiques pratiquants. On aboutit à cette situation lorsque l’on ferme les églises. La vocation des édifices religieux ne peut d’aucune façon être restreinte à la seule célébration eucharistique.

La mission des responsables de ce patrimoine est d’ouvrir les églises et non de les fermer. Pourquoi ferme-t-on les églises ? Par crainte du vandalisme et du vol. L’essentiel de ces vols est pourtant effectué dans des églises fermées. Une église fermée sécurise les voleurs plus que le bâtiment. On ferme les églises, parce qu'on n’a pas les moyens financiers, dit-on, pour y installer un système de protection efficace et adapté. On ferme également les églises parce que la police le demande.

Fermer une église, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu’on réduit sa signification à celle d’un local qui contient un patrimoine. Fermer une église, c’est privilégier l’accessoire, au détriment de l’essentiel. C’est faire de l’église un musée, un lieu mort. Au nom de la protection d'un patrimoine mobilier, on laisse mourir tout un patrimoine spirituel, à mes yeux plus important, puisque l'autre n'avait été réalisé que pour lui.

carte des églises fermées en europe

« FERMMÉE. S’adresser au prêtre de la paroisse. » Tel était le titre d’un article publié par la revue catholique Jesus. Les chiffres précis portant sur le nombre d’églises fermées ces dernières années ne sont pas disponibles. Au nombre des églises fermées, on compte plusieurs grandes cathédrales. On les avait bâties pour répondre aux besoins de milliers de fidèles.

D’après la revue Jesus, « la cathédrale de Turin n’est plus qu’une simple attraction destinée aux touristes étrangers » qui s’y pressent pour y voir le “Suaire de Turin”. Que dire des autres lieux de culte? « Pour beaucoup d’églises (parmi lesquelles figurent de véritables monuments artistiques), on n’est parvenu à aucune solution. Des églises ferment aussi bien dans les villes que dans les campagnes et les villages de montagne. Un exemple typique est Rogliano, dans la province de Cosenza. »

Une église, Saint-Hippolyte, est devenue un atelier de mécanique automobile. Une autre, Notre-Dame de Constantinople, a été convertie en étable il y a déjà plusieurs années. Des cinq églises restantes, celle de Saint-Georges n’est employée que de temps en temps. Et il n’y a à Rogliano que deux prêtres qui servent de façon régulière.

À Rome et dans d’autres grandes villes, nombre d’églises et de couvents ont été soit abandonnés, soit transformés en hôtels, en entrepôts, en pizzerias, en gymnases, en hôpitaux et en musées. Selon des statistiques officielles, les séminaires, qui préparent les jeunes gens à la prêtrise, sont passés de 375 en 1970 à 259 en 1979 - soit une diminution de 116 établissements en moins de dix ans.

Ces observations montrent que la fermeture des églises est un phénomène multiforme, né de facteurs économiques, démographiques et culturels, et que les solutions nécessitent une coordination entre communes, éparchies et autorités culturelles pour préserver à la fois le patrimoine et la vie spirituelle des communautés.

06. Église désaffectées : un patrimoine à réinventer. Part. 2

Tableau récapitulatif des enjeux

FacteursConséquences sur l’ouvertureSolutions proposées
Vandalisme et volFermeture pour sécuritéInstallations, systèmes de sécurité, gestion des clés
Manque de bénévolesRondes et surveillance réduitesBénévolat communautaire, partenariats
Coûts d’entretienÉglise fermée ou partiellement utiliséeAides publiques, subventions, restauration
Finition juridique et patrimonialeÉtat des lieux et statut de Monument historiqueConseil du ministère de la Culture

tags: #a #quelle #ferment #les #eglises