Il y a des plantes qui évoquent des souvenirs d’enfance. Je me souviens d’avoir joué au milieu des tiges sèches pendant l’hiver. Le bouillon-blanc est une plante bisannuelle de la famille des scrofulariacées. Elle vit donc deux ans. Son nom scientifique, c’est Verbascum thapsus. Vous allez la trouver dans quasiment toutes les régions de France. Les autres espèces de Verbascum sont en général médicinales aussi : Verbascum sinuatum, V. densiflorum, V. phlomoides, et bien d’autres. Bien que ces dernières ne soient pas appelées « bouillon-blanc ». Pierre Lieutaghi(3) nous rappelle que de toute façon, toutes les espèces s’hybrident facilement entre elles, « et font du genre Verbascum un casse-tête pour le botaniste : l’herboriste, heureusement, n’a cure de ces subtilités ». Conclusion : si c’est une molène, elle sera fort probablement médicinale.
Reconnaître la molène et comprendre son cycle de vie
La première année, pendant le printemps et l’été, elle développe une rosette de feuilles qui reste au ras du sol. Les feuilles sont de forme ovale et pointue, relativement grandes (atteignant 40 à 50 cm) parfois sinuées (dans le cas de Verbascum sinuatum). Les feuilles sont d’un vert tendre, assez robustes et épaisses tout en étant souples et douces au toucher. Les parties aériennes du bouillon-blanc sont très résistantes aux froideurs de l’hiver. Le printemps suivant, une tige centrale unique apparait, qui donnera lieu au fameux « cierge de Notre-Dame ». Les feuilles sont plus grandes au ras du sol, et deviennent de plus en plus petites en se rapprochant de la tige fleurie. Certaines espèces comme Verbascum sinuatum ont de nombreuses tiges fleuries, donc la plante est très ramifiée, ce qui lui donne une forme tout à fait différente de V. Toutes les fleurs ne s’ouvrent pas en même temps sur le bouillon-blanc, ce qui complique la tâche du cueilleur. Elles s’ouvrent en suivant une logique qui est propre à la plante. Quelques fleurs s’ouvrent puis se fanent, alors que la majorité des fleurs de la tige n’ont soit pas encore fleuri, soit a déjà fleuri. La fleur est jaune vif et présente une corolle à 5 pétales, 5 étamines, 3 supérieures plus courtes avec des poils sur leur filament, et 2 inférieures plus longues. Le bouillon-blanc va ensuite progressivement sécher en fin de vie pour laisser place à des tiges droites et marron pendant l’hiver de sa deuxième année, tige qui va persister encore plusieurs mois pour éparpiller ses graines. Les tiges sèches seront plus ou moins grande, selon l’espèce de molène et la région dans laquelle vous vivez. Les capsules de graines sont très dures et s’ouvrent grâce à deux petites valves qui répandent les graines minuscules près de la plante mère. Les fleurs, une fois sèches, ont tendance à pomper l’humidité, car elles sont riches en mucilages.

Variétés et récolte: pourquoi privilégier Verbascum sinuatum
Pour la récolte, certaines espèces comme Verbascum sinuatum présentent des tiges fleuries fines et multiples, avec des fleurs espacées qui permettent de prélever les fleurs sans abîmer la plante. La fleur est la partie la plus connue dans notre tradition. La tisane des fleurs ou des feuilles calme l’inflammation et les picotements au niveau du larynx et de la trachée. Ces picotements commencent parfois d’une façon nerveuse, mais au bout d’un moment un cercle vicieux s’installe. La gorge est rouge et enflammée et les picotements, exacerbés par l’inflammation, font à nouveau tousser la personne. C’est un cercle vicieux. Donc on est dans une situation de toux sèche. Les enfants sont particulièrement susceptibles à ces picotements, car ils ont beaucoup de mal à se contrôler et n’arrêteront pas de tousser, aggravant la situation. Ces toux nerveuses et inflammatoires arrivent souvent la nuit, au grand désarroi des parents.

Récolte des feuilles et des racines: faire durer la plante et exploiter ses constituants
Pour les feuilles, cueillez-les sur la plante pendant sa première année. La deuxième année, une grande partie de l’énergie de la plante (et donc de ses constituants) s’élève dans la tige fleurie. Cueillez quelques belles feuilles par rosette, cela suffira pour votre récolte, tout en préservant la plante. Si la feuille commence à s’assombrir au fil des mois, il se peut qu’elle ait pris un peu trop l’humidité, la couleur sombre étant un signe de vieillissement prématuré. Le compost les attend. Pour la racine, qui est utilisée en herboristerie américaine (on en reparlera dans quelques minutes); ramassez-la sur les plantes pendant l’automne et l’hiver de la première année, lorsque toute l’énergie est repartie vers les racines. Il vaut mieux attendre le jour après une bonne pluie, à un moment où la terre est souple. Certaines racines seront mangées en partie par des larves. Une fois brossée et nettoyée, on peut couper la racine dans le sens de la longueur afin d’exposer les larves éventuelles et les retirer. Si la racine est trop mangée, compostez-la directement. Une fois nettoyée, vous pouvez la faire sécher pour la teinturer plus tard ou pour faire une décoction. Vous ne trouverez pas de produits à base de racine de bouillon-blanc dans le commerce. Vous ne trouverez pas non plus la racine en vrac dans les herboristeries.

Utilisations médicinales et recettes traditionnelles
La fleur est la partie la plus connue dans notre tradition. La tisane des fleurs ou des feuilles calme l’inflammation et les picotements au niveau du larynx et de la trachée. Les toux nerveuses et inflammatoires arrivent souvent la nuit. On peut ajouter des feuilles de plantain ou d’autres plantes comme le thym, l’hysope ou l’eucalyptus pour renforcer l’action mucolytique et émolliente. Le bouillon-blanc est souvent mentionné pour les problématiques d’asthme. La fleur, ou mieux, la feuille, est employée selon Maud Grieve et Leclerc comme venue à l’apaisement et à une action sédative légère. On peut aussi composer des tisanes pectorales historiques, comme la tisane des 4 ou des 7 fleurs. Pour fabriquer une tisane: macérât huileux à partir des fleurs récemment séchées, puis infusions et mélanges avec d’autres plantes pour des usages spécifiques.
Recettes et préparations typiques citées: infusion de fleurs dans les affections de poitrine; décoction concentrée pour l’urinaire; décoctions et tisanes pour toux et infections des voies respiratoires; cataplasmes et applications locales pour douleurs et inflammations. Attention: les petits poils irritants de la plante nécessitent un filtrage minutieux pour éviter l’irritation de la gorge ou de la peau.

Préparations simples à domicile
- Infusion de fleurs pour laryngite et trachéite: 2-3 cuillères à café de fleurs pour 250 ml d’eau à 80-90°C; infuser 10-15 minutes puis filtrer.
- Décoction pour mal de gorge et irritations: feuilles ou fleurs 2-3 cuillères à café pour 250 ml; frémir 10-15 minutes et filtrer.
- Comporte rituel pour toux nocturne et bronchite: association avec thym, hysope ou eucalyptus; racine d’Inula helenium en décoction peut renforcer l’action mucolytique.
- Cataplasme de feuilles sur hémorroïdes et plaies douloureuses: feuilles bouillies dans du lait puis appliquées en cataplasme.
Le bouillon blanc, pour la toux !
Conseils de cueillette et de conservation
Choisissez des plantes éloignées des routes très passantes, des champs traités et des zones polluées. Ne prélevez jamais plus d’un tiers d’une plante. Cueillez les fleurs le matin, quand elles viennent juste de s’ouvrir, par temps sec et ensoleillé. Conservation: faites sécher les fleurs et les feuilles à l’ombre, dans un endroit chaud et bien ventilé, étalées sur un linge propre. Les fleurs sèches se conservent dans des bocaux en verre hermétiques, à l’abri de la lumière. Le bouillon-blanc est une plante robuste originaire d’Eurasie qui se développe principalement dans les zones non cultivées et en bordure de routes. La tige peut atteindre jusqu’à 2 mètres et est densément couverte d’un duvet blanc. Les fleurs, irrégulières, présentent cinq pétales et une composition de deux pétales supérieurs, deux latéraux et un inférieur plus grand.

Réflexions et précautions
Important: aucune information médicale dans ce texte ne remplace un avis professionnel. Le bouillon-blanc peut irriter si les poils de la plante ne sont pas correctement filtrés. Les usages ailleurs, comme les liqueurs ou les préparations alcooliques, étaient des pratiques traditionnelles; elles doivent être abordées avec prudence et, idéalement, encadrées par un spécialiste. L’usage des plantes pour se soigner doit se faire après conseils d’un médecin, pharmacien ou herboriste.
Récapitulatif pratique
- Nom: bouillon-blanc, molène commune, Verbascum thapsus
- Cycle de vie: rosette année 1, tige florale année 2
- Partie utilisée: fleurs et feuilles surtout; racine selon certaines traditions
- Principales vertus: émolliente, anti-inflammatoire, mucilagineux, adoucissant des muqueuses
- Récolte responsable: ne prélevez qu’un tiers de la plante; privilégier Verbascum sinuatum pour les récoltes de fleurs