L'amorce est le plus vaste sujet de fantasmes et d'histoires plus ou moins réelles. Qui n'a jamais entendu parler des secrets de X ou Y ? Qui n'a jamais été obnubilé par un détail, tel le spectateur trompé par le magicien ? On a tous cru à la petite poudre blanche, dont le sachet était vidé dans le mélange, à la vue de tous, puis enfoncé bien profondément dans la poche du pêcheur qui se savait espionné. Je vais essayer de démystifier tout ça en passant en revue le b.a.-ba de la confection d'une bonne amorce. Une bonne amorce doit répondre à quelques exigences, ne doit pas être excessivement compliquée sous peine d'être incontrôlable et doit être facile à mettre en œuvre, à mouiller, à adapter aux conditions.
Fondements et choix des composants
Pour ce qui est des composants, certains seront collants (chapelure blanche, BC collant et TTX de maïs, PV1, bentonite, etc.), d'autres neutres (chapelure rousse, terre de Somme, ...) au encore dispersants (coco, galette, chanvre moulu, etc.). Une amorce peut travailler de bien des manières. Les particules peuvent être relâchées soit verticalement, à la descente comme à partir du fond (plutôt pour les petits poissons ou pour faire un appel important), soit horizontalement, donc près du fond (sélection des gros poissons). L'action mécanique est d'abord contrôlée par la mouille de l'amorce, mais aussi par le choix des composants. Et, encore beaucoup plus mouillée, donc quasiment en soupe (en fait sous forme de pâte molle), la quantité d'eau va diminuer la cohésion et rendre l'amorce inerte.
La terre peut représenter de 20 à 100% du mélange en volume. La terre est un composant fondamental pour une série de poissons, tels que la brème et les gros poissons fouilleurs. Elle conserve également bien vivant le fouillis de vers de vase, est dense et résiste donc bien au courant. Je suis pour ne pas trop chipoter en matière de mouille de terre. S'il existe quelques techniques assez compliquées (comme le journal posé sur la terre, sur lequel on verse un peu d'eau : Il faut laisser l'eau percoler la nuit et, le matin, on obtient une terre parfaitement mouillée ... ou non), je préfère la bonne vieille technique utilisée pour l'amorce ! Il suffit d'y aller moins vite et plus progressivement, en ajoutant peu d'eau à chaque fois et en terminant la mouille au pulvérisateur. Bon, pas de secrets ici, mais des compositions qui fonctionnent bien et que j'utilise depuis longtemps.
Types de produits et leur rôle
Les produits de base :
- Le pain et ses dérivés, qui forment la base de l'amorce et peuvent représenter jusqu'à 50% du mélange.
- Les chapelures et biscottes, qui apportent collant et capacité d'absorption d'eau selon leur couleur et leur procédé de fabrication.
- Les biscuits et les fruits secs apportent du sucre et des matières grasses, aidant à lier et à nourrir les poissons.
- Les composés d'arachide, riches et gras, utiles pour attirer certaines espèces et pour leur capacité à diffuser des arômes.
- Le PV1, un tourteau riche en matières nutritives et collante centrale pour les amorces de fond.
- Les graines moulues et entières, qui influent sur le travail vertical ou horizontal et sur la vitesse de diffusion des goûts.
- La terre, qui sert de base et peut contenir des additifs sucrants ou des graines entières pour divers poissons.
Les produits dispersants :
- Ceux qui améliorent le volume et dissocient les amorces en surface ou en fond sans apporter beaucoup de nutriments.
- La farine de maïs, les purées et les poly-dispersants qui aident à créer des boules qui se désagrègent ou qui libèrent progressivement leur contenu.
Les produits collants :
- Utilisés pour fabriquer des boules d'amorce fermes et peu dissoutes rapidement, ils nécessitent souvent des dispersants pour éviter un trop fort épaississement.
- La farine de froment, l'orge, le seigle, le sarrazin, le millet et d'autres farines apportent des textures et des goûts variables selon les poissons ciblés.
Conseils pratiques et recettes-types
La meilleure amorce du monde ne vaudra rien si elle est mal préparée. C'est une étape essentielle, même si elle semble simple. Je pars du principe que je connais l'eau que je vais pêcher (fond, courant, population piscicole). J'arrive au bord de l'eau, je débarque mon matériel et, avant de placer quoi que ce soit, je mouille une première fois l'amorce avec l'eau, une soupe de TTX ou de BC, etc. (2/3 à 3/4 du liquide nécessaire) et de l'additif si nécessaire. Je reviens à mon amorce qui a pompé beaucoup d'eau, paraît presque sèche et doit être remouillée. Il faut rajouter très progressivement et par petites quantités de l'eau, sous peine de rater la rectification. Je vérifie une dernière fois la mouille de mon amorce. Enfin, je tamise mon amorce pour éliminer les grumeaux et bien l’aérer.
La règle générale est qu'on doit toujours ramener un feeder vide avec un poisson, sinon, il ne distribue pas l'amorce assez vite. J'apprécie utiliser ce mode de mouillage. Il donne une bonne densité à l'amorce et permet une diffusion des goûts plus lente et durable. Je prépare ma "soupe" le soir avant la pêche et je mouille l'amorce avec le matin. Versez de l'eau très chaude (= 3 fois le volume du sec) avec jusqu'à 10% de volume d'additif liquide.
La terre est un complément crucial pour les appâts: elle permet de conserver vivant le fouillis de vers de vase et d'offrir une résistance au courant. Pour éviter les complications, on peut préférer une technique progressive d'ajout d'eau et terminer la mouille au pulvérisateur. Une bonne base est plus importante que des ingrédients exotiques; privilégier des composants frais et bien choisis et éviter de tester sans fin de nouvelles amorces. Si la confiance manque, on peut revenir à des amorces industrielles éprouvées comme VDE G5, Evezet Teammix Brasem Bruin, Mondial-F Turbo, etc., et gagner des concours avec des amorces toutes faites.
Tactiques de mélange et précision
Les chapelures de pain, base de la base, peuvent représenter jusqu'à 50%. Plus elles sont claires, plus elles collent et nourrissent. Les biscuits apportent du sucre et peuvent être très attrayants. Les composants de maïs apportent des variations de douceur et de texture, et les arômes peuvent être modulés selon les espèces visées. Le PV1 augmente le pouvoir collant et le taux de sucre. La terre et les graines entières permettent d'obtenir des effets différents selon le mode de diffusion et le sens de travail (vertical ou horizontal).
La préparation peut être illustrée par ces grandes étapes :
- Choisir une base (pain, chapelures, terre).
- Ajouter un ou plusieurs éléments nourrissants et gras (biscuits, arachide, PV1).
- Incorporer des dispersants pour la faible valeur nutritive mais important pour la texture et la diffusion.
- Réajuster l’humidité progressivement et tamiser.
Variantes et discussion autour des vers à farine
Vers à farine et leur utilisation font partie des discussions entre pêcheurs. Des échanges récents abordent l'idée d'incorporer des vers à farine dans les billes et leur impact sur la flottabilité et la durabilité de l'effet d'appât. Des discussions techniques indiquent qu'il faut privilégier des vers déshydratés pour éviter les moisissures et faciliter l'intégration dans le mélange, tout en contrôlant les protéines et lipides que cela apporte. Des exemples de dosage autour de 50 g par kilo de mélange sec sont mentionnés pour enrichir la recette, tout en restant prudent sur le danger de dégradation rapide.

En résumé, une amorce repose sur trois ingrédients: la base, le produit nourrissant et le produit dispersant. Le choix des matières et leur proportion dépendent du poisson visé, du courant et de la température de l'eau. L'objectif est d'obtenir une boule d'amorce qui diffuse lentement ses goûts et attire les poissons sans les sur-nourrir inutilement.
Tableau récapitulatif des composants et dosages
| Catégorie | Exemples | Dosage typique | Rôle |
|---|---|---|---|
| Base | Pain, chapelure blanche, chapelure rousse | 10-50% | Support et texture |
| Nourrissant | Biscuits, arachide, PV1 | 5-30% | Nourrit et attire |
| Dispersant | Maïs, gluten, coprah, algues | 5-20% | Désagrégation et diffusion |
| Autres | Terre, graines moulues | 5-50% (terre 20-100% du mélange) | Texture, densité et ancrage |
Cours de manœuvre - Le mouillage
La pratique montre qu'il est crucial d’adapter les recettes selon le type d’eau et l’espèce ciblée, tout en restant simple et fidèle à des bases éprouvées. N’oubliez pas que l’amorce est avant tout le véhicule de vos esches, et que votre précision, votre rythme et le choix des esches sont parfois plus déterminants que le type de farine utilisé.