Elle se nomme Josette-Elise Tatin. Rouennaise de naissance, cette veuve de médecin installée depuis quarante ans à Albertville est la mère de cinq enfants. Quatre -- trois garçons et une fille -- qui lui ont donné neuf petits-enfants, et un cinquième : le Festival baroque de Tarentaise, qu'elle a contribué à fonder en 1992, lors des JO et sous l'impulsion, rappelle-t-elle, de Michel Barnier, à l'époque président du conseil général de Savoie. Cette pianiste voue un culte exclusif à Jean-Sébastien Bach, tombée par la force des choses et de l'histoire régionale dans la marmite à feu doux du baroque.
Depuis vingt-quatre ans, Josette-Elise, entourée d'une équipe de salariés et de bénévoles, se consacre entièrement à ce qui est devenu sans effort « une passion ». Aidée par le conseil général, le département, les communes et la Caisse d'épargne -- citons d'autant plus ce mécène que la Savoie est riche en écureuils --, elle anime l'association Musique et Patrimoine. Son festival fait partie de la Fédération des festivals de France, dont elle fut membre plusieurs années. Il en ressortit notamment une étude, dirigée par le CNRS, qui disait combien la baroque Tarentaise attirait les publics les plus divers.
Jean-Luc Hyvoz, son directeur artistique, un enfant du pays, également pianiste et qui étudia l'écriture musicale au conservatoire de Lyon, n'est pas tombé dans son escarcelle par hasard. Gamin, il allait à l'école avec un de ses fils. Etudiant, il finançait ses études en assurant la régie du festival.
En août 2022, après avoir présenté son dernier Festival Baroque de Tarentaise, Josette-Élise Tatin avait quitté la présidence de l’association Musique et Patrimoine qui porte le Festival Baroque de Tarentaise, après 31 années au service de la musique baroque. C’était une personne généreuse, très attachée à la famille (quatre enfants, neuf petits-enfants, quatre arrière-petits-enfants). Une dame un peu impressionnante, dont la joie était communicative, qui a poursuivi un long compagnonnage tout au long de cette belle aventure musicale qu’elle a portée et qu’elle a transmise.
C’est avec passion qu’elle a souhaité faire découvrir au public de Tarentaise tous les artistes, qui dans les années 1990 puis 2000 ont redonné à la musique ancienne toute la place qu’elle méritait. Servir le patrimoine par la musique, telle est la devise qui a guidé son action et son engagement dans la région.
Cette figure du monde musical local a laissé derrière elle un héritage vivant: un festival qui demeure une référence du genre et un réseau de bénévoles et de professionnels réunis autour d’un même amour de la musique baroque. Josette-Élise Tatin avait cette qualité rare de comprendre sans juger ; elle comprenait que chaque être humain porte une histoire qui mérite d’être entendue, et elle faisait grandir les personnes qui l’entouraient, reliant les êtres, les idées et les sensibilités. Elle a donné de la légèreté à la vie pour servir le patrimoine par la musique.
« Ne pleurez pas pour moi car je vais où la musique est née », telle est la citation de Jean-Sébastien Bach qui résonne aujourd’hui comme un adieu poétique et fidèle à l’esprit de Josette-Élise Tatin.
