Pas facile d’introduire un groupe comme Sexy Sushi. Le duo est né en 2001 à Nantes, composé de Rebeka Warrior (Julia Lanoë) et de Mitch Silver (David Grellier), deux étudiants bien décidés à secouer la paisible ville portuaire. Ce projet unique, insolent, un chouïa polémique, a écumé les salles de concert et les festivals pendant une quinzaine d’années avant de se mettre en sommeil, projets solo des deux DJ obligent.
Naissance, identité et premiers pas scéniques
Sexy Sushi est un groupe d'electroclash français, composé de Rebeka Warrior (de son vrai nom Julia Lanoë, également chanteuse des groupes Mansfield.TYA et Kompromat) et Mitch Silver (de son vrai nom David Grellier). Rebeka Warrior et Mitch Silver se rencontrent à Nantes en 2001. Pour leurs premiers concerts, ils achètent des perruques et portent des lunettes à verres fumés, accessoires garantissant leur anonymat. Ce code vestimentaire et scénique ne les quittera plus.
Les premiers concerts se font déguisés, visages masqués, une façon d’aller loin tout en restant anonyme. Les perruques, les lunettes, tout est resté un peu comme à l’époque… Pas lassés ? Rebek a répondu : Non. Et puis je n’ai plus de cheveux, et Mitch n’a pas de perruque, ce sont ses vrais cheveux (Faux ! ndlr) donc non.

Style musical et thèmes
La musique de Sexy Sushi ? De l’electro-clash ou du techno-punk, soit finalement du gros son, des slogans hurlés avec colère et un live relevant autant de la performance scénique que du concert. Leur style musical, qualifié d'electroclash ou de techno-punk, évoque avant tout des thèmes sexuels mais aussi politico-sociaux, portés par des textes crus, proches d'une certaine forme d'anarchisme et de dadaïsme.
Les morceaux abordent une large palette de thèmes, allant de la sexualité à la politique, en passant par le star-system, de manière crue, parfois vulgaire, mais toujours d’une grande lucidité sur les rapports sociaux et économiques qui nous régissent. Ils se font un malin plaisir d’épingler les personnalités du moment dans leurs morceaux comme Carla Bruni, Rachida Dati ou encore Jean-Pierre Pernault.
Scène, performance et rituels
Leurs concerts sont de grands moments d’apothéose. Dans un esprit très punk, ils cultivent un live comme on en voit rarement. Les premières années sont marquées par la présence sur scène de la Roue de l’Infortune imposant l’ordre des morceaux. Un titre peut ainsi être joué plusieurs fois de suite et des surprises arrivent vite, comme la case banqueroute qui sonne la fin du concert. Les deux compères occupent la scène avec des tenues improbables, barbouillés de maquillage et harcèlent sans cesse le public.
Leur jeu favori est de provoquer le public par des comportements inattendus, grossiers, criards. Toute enceinte ou caisson présent sur scène peut à tout moment devenir un terrain de parkour, et attention bien sûr au slam de Rebeka Warrior ! Leurs t-shirts s’envolent en même temps que leurs bières, atterrissant directement sur les premiers rangs.
Vertige – Virginie Remillieux | Official Teaser | Contemporary Art - Performance
Discographie clé et trajectoire
Sexy Sushi distribue ses premières productions sur CD gravés, comme J’en veux, j’en veux des coups de poings dans les yeux (2003), Défonce ton ampli (2004) et Ça m’aurait fait chier d’exploser (2005). Le groupe sort son premier album Marre Marre Marre en 2008, suivi de Tu l’as bien mérité ! en 2009 et de Cyril en 2010.
| Année | Sortie | Notes |
|---|---|---|
| 2003 | J’en veux, j’en veux des coups de poings dans les yeux | Premières productions CD gravés |
| 2008 | Marre Marre Marre | Premier album officiel |
| 2009 | Tu l’as bien mérité ! | Sorti sur Scandale Records, tournée avec roue de l'infortune |
| 2010 | Cyril | Sorti le 21 juin chez Label maison; clips pour Marin et Love les tartes |
| 2013 | Vous n'allez pas repartir les mains vides ? | Double album, single J'aime mon pays, tournée Coucou toi Tour |
| 2026 | Réédition numérique de Ça m’aurait fait chier d’exploser | Disponible enfin sur les plateformes de streaming |
En 2009, Tu l'as bien mérité ! sort sur le label Scandale Records. Le groupe entame une tournée accompagnée d'une « roue de l'infortune » qui dicte l'ordre des morceaux. L'album Cyril sort le 21 juin 2010 chez Label maison (L'autre distribution). Deux titres sont accompagnés d'un clip : Marin et Love les tartes. Leur album Marre Marre Marre est également réédité, enrichi d'un livret. La même année, le groupe joue dans Au bord du monde, court-métrage de Cécile Bicler et Hervé Coqueret.
Projets, pauses et retours
Depuis 2013, le groupe n'officie plus, Rebeka Warrior et Mitch Silver font une carrière solo chacun de leur côté. À l'occasion de la sortie de J'aime mon pays, le groupe propose à ses fans de réaliser leur propre clip de la chanson sous la forme d'un concours : « Le Farandole Contest ».
Vingt ans après la sortie de son premier projet, Ça m’aurait fait chier d’exploser, le duo français a finalement décidé de le rendre disponible sur les plateformes de streaming. Le duo revient avec Ça m’aurait fait chier d’exploser, leur tout premier album sorti en 2006 uniquement en version physique. Jusqu'à présent, cet album n'était pas disponible en numérique, ce qui empêchait les nouvelles générations d'y accéder et de découvrir leur discographie complète.
Lors d'une interview en 2022, Rebeka Warrior n'exclut pas un retour de Sexy Sushi mais dans un horizon lointain car « c'est un truc très jeune ou très vieux. » En 2025, Rebeka Warrior a été très productive, sortant, par exemple, deux albums. C’est également cette année-là que le groupe a fait son retour avec le single « La Politesse ». La même année, ils ont aussi réédité les vinyles de leur projet de 2009, Tu l’as bien mérité.
Image publique, interviews et humour
L’indocilité est au cœur de leur ADN, ce qui rend leurs interviews complètement loufoques, dans lesquelles l’ironie déforme la vérité, sans qu’on ne sache plus démêler le vrai du faux de la blague. Forts du potentiel provoc’ et délirant de Sexy Sushi, ils sont en interview comme ils sont à la scène : sur une dimension pas très loin de la nôtre… Mais un peu ailleurs quand même.
Il est compliqué de démêler le vrai du faux dans vos déclarations. C’est quelque chose que vous aimez faire, les interviews ? Mitch : Non, je déteste. Mais c’est une expérience. Rebeka : Il y a des interviews que je ne peux pas blairer : celles qui commencent par « Sexy Sushi, pourquoi votre nom ? » ou « Mais vous trouvez vraiment qu’un sushi c’est sexy ? ».
Anecdotes de tournée et moments marquants
Votre meilleur souvenir du coup ? Mitch : Les Eurocks, un des premiers gros festivals qu’on ait fait. Rebeka : J’ai fait un de mes plus grands slams… Le pire ? Pour Rebeka il n'y a eu que des pires… Sûrement la fois, à Morlaix, où j’ai renversé du liquide sur l’ordinateur, et j’ai pété l’ordinateur, au début du concert. En attendant que ça remarche, j’ai comblé le vide en chantant « Il est venu le temps des cathédrales » pendant peut-être un quart d’heure…
Les premières années sont marquées par la présence sur scène de la Roue de l'Infortune imposant l'ordre des morceaux. Aujourd'hui, on n'utilise plus la roue, on l'a revendue plaque par plaque. Mais bien pire que « banqueroute », il y avait la case Olivia Ruiz : il fallait l'écouter pendant 2 minutes. C'est le jeu !

Esthétique, photographie et "gastronomie" visuelle
Le groupe, à l’humour kitsch et décalé, et qui ne se prend absolument pas au sérieux, construit une imagerie visuelle forte : perruques, lunettes fumées, maquillage outrancier, tenues improbables. Toute captation photographique de Sexy Sushi témoigne d’une mise en scène où la provocation se conjugue à la théâtralité punk. La photographie scénique sert autant à documenter qu'à prolonger l'expérience : images brutes, cadrages serrés, mouvements volés, éclaboussures de bière et t-shirts en vol créent une "gastronomie" visuelle, un festin pour l'oeil qui accompagne la crudité des textes.
Leur live relevant autant de la performance scénique que du concert, la photographie de leurs concerts capture l'énergie brute et le chaos ordonné d'un rituel moderne : répétitions de mots, transe, slams, parkour sur scène et interactions directes avec le public.
Héritage et place dans la culture musicale
Aujourd’hui, la scène française connait bien Sexy Sushi et pour cause : le groupe cumule pas moins de dix albums et trois EP. Leur musique prend toute sa mesure sur scène lors de concerts particulièrement agités dans la plus pure tradition punk. L’indocilité, la provocation et l’humour font d’eux un repère dans la culture alternative francophone.
Ils ont su alterner albums, rééditions, clips, courtes apparitions filmiques (comme Au bord du monde) et dispositifs participatifs avec leurs fans (Le Farandole Contest). Leur manière de mêler performance artistique et chanson corrosive a marqué une génération d’auditeurs et d’amateurs de scène punk-électronique.