Une polémique secoue Lindt & Sprüngli aux Etats-Unis, où le chocolatier suisse est accusé de ne pas avoir mentionné la présence de métaux lourds dans certains produits. Alors qu'elle fait face à une action collective, la marque a dû atténuer ses propres promesses de qualité. Les risques pour la santé resteraient toutefois peu importants.
Lindt & Sprüngli a récemment tenté sans succès de mettre un terme à une plainte collective aux Etats-Unis, lancée en février 2023 à la suite d'un article d'une association américaine de consommateurs mettant en cause la présence de métaux lourds dans les plaques de chocolat noir de plusieurs fabricants, dont deux produits par Lindt.
Les avocats du chocolatier ont affirmé que les mentions "excellence" et "fabriqué avec nos meilleurs ingrédients" apposées sur les emballages n'étaient que de "la publicité exagérée", inexploitable pour engager sa responsabilité, selon une décision en première instance d'une cour du district Est de New York, datant de début septembre. La cour new-yorkaise a rejeté les arguments du groupe suisse.
Des consommateurs en Alabama, Californie, Floride, Illinois, Nevada et à New York avaient saisi la justice aux Etats-Unis à la suite de la publication fin 2022 d'un article de l'association américaine de consommateurs Consumer Reports concernant la présence de plomb et de cadmium dans des plaques de chocolat noir. Cette association avait testé 28 plaques commercialisées aux Etats-Unis. Une des plaques de Lindt figurait parmi les huit présentant un taux élevé de cadmium, une autre parmi les dix présentant un taux élevé de plomb, sans pour autant obtenir la plus mauvaise note. Deux des produits de Lindt, commercialisés par sa marque américaine Ghirardelli, étaient même classés parmi les plus sûrs.
Mais de quel risque parle-t-on exactement? Et surtout comment le cadmium et le plomb arrivent-ils dans le chocolat? "Le cadmium se retrouve par voie naturelle, via les cacaoyers, dans le chocolat. En particulier si le cacaoyer est cultivé sur les terres volcaniques, spécifiquement en Amérique du Sud et en Amérique centrale", a expliqué mercredi dans le 19h30 de la RTS le directeur de Chocosuisse Roger Wehrli. Le cadmium a une toxicité essentiellement rénale et osseuse. Quant au plomb, c’est une toxicité essentiellement neurologique.
Caroline Buechler, co-fondatrice d'Orfève Manufacture Suisse de Cacao & Chocolat, souligne également l’importance des contrôles dans la filière: "Si le cacao contient plus que la norme légale, nous allons adapter nos recettes. Les recettes vont donc varier en fonction du pourcentage de cacao contenu dans le chocolat. On ne va pas aller vers du 100% ou du 90%, par exemple, mais plutôt descendre vers du 80% à 70%", explique-t-elle au micro de la RTS.
Le chocolat noir a donc plus de risque de contenir des métaux lourds, car le cacao est moins dilué avec du lait et du sucre. "Le cadmium a une toxicité essentiellement rénale et osseuse. Quant au plomb, c’est une toxicité essentiellement neurologique", précise de son côté Jean Terrier, chef de clinique du Service de toxicologique aux HUG.
À quelques semaines des fêtes, il n'y a toutefois pas de quoi s'alarmer. En effet, selon les seuils fixés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), un adulte pourrait consommer jusqu’à une plaque de chocolat par jour pour le cadmium, et jusqu’à deux pour le plomb, sans risque notable.
Si des plaques d'autres fabricants présentaient des concentrations de métaux lourds plus élevées, y compris des marques bio, les consommateurs ont insisté dans cette plainte collective sur le fait qu'ils avaient payé plus cher pour des produits de Lindt afin de s'offrir des produits de qualité.
Les tablettes et autres confiseries à base de cacao peuvent afficher des teneurs élevées en cadmium, un élément métallique nocif pour la santé. Une consommation régulière de chocolat peut donc contribuer notablement à notre contamination. Si l’alerte récente des médecins a remis le cadmium sur le devant de la scène, cela fait des années que les autorités sanitaires mettent en garde contre ce polluant.
L’alimentation est, de loin, la principale source d'exposition des consommateurs au cadmium, du moins pour les non-fumeurs : elle y participe à hauteur de 90 % ! Les plus gros contributeurs sont les produits à base de céréales, les pommes de terre, les fruits de mer, certains légumes verts tels que les épinards… et le chocolat.
Les tests réalisés en 2021 sur des tablettes de chocolat noir confirmaient une contamination généralisée, dans des proportions qui variaient de 1 à 20 : les teneurs mesurées allaient de 0,022 à 0,458 mg de cadmium par kg de chocolat. Les références bios ou provenant d’Amérique latine affichaient les plus mauvais résultats - tout en respectant les normes.
Les agences sanitaires française et européenne, l’Anses et l’Efsa, ont retenu une dose maximale tolérable de 0,35 μg par kg de poids corporel et par jour pour les humains, soit par exemple 10,5 μg par jour pour un enfant de 10 ans pesant 30 kg, et 26,25 μg pour un adulte de 75 kg. À raison d’une barre de chocolat par jour (soit environ 20 g), ce sont jusqu’à 9 μg de cadmium qui sont potentiellement ingurgités quotidiennement. Cette portion apporte 85 % de la dose maximale chez l’enfant, et le tiers chez l’adulte. Quant à la tablette entière, elle apporterait, au-delà de la crise de foie, entre trois et neuf fois la dose maximale !
Parmi les ingrédients d’une tablette, c’est le cacao qui est la source de cette contamination. Et c’est la géologie qui est responsable : ce métal est naturellement présent dans la croûte terrestre, dans des concentrations plus élevées dans certaines régions du globe, comme le Maroc ou l’Amérique latine. En se dégradant, la roche libère le cadmium, qui est ensuite absorbé par les plantes. C’est le cas dans de vastes zones de culture de cacao au Pérou, en Équateur ou en Colombie.
Comble d’ironie, ces pays ont davantage développé la production de cacao bio, et les filières équitables y sont beaucoup plus implantées qu’en Afrique de l’Ouest ou en Asie du Sud-Est, les autres zones majeures de production. Ce qui explique les mauvais résultats, sur ce critère, des références bios et équitables. D’autres facteurs peuvent contribuer à cette contamination, tels que l’acidité des sols, les pratiques agricoles locales (épandages d’engrais, de pesticides, utilisation des cabosses et des feuilles comme source d’humus, etc.), énumère le Syndicat du chocolat, qui représente les fabricants du secteur.
Les derniers éléments montrent que les acheteurs imposent des limites sur les fèves de cacao pour s'assurer que les produits finaux se situent en dessous des niveaux maximums autorisés. Avec une grande interrogation: les limites fixées par la réglementation européenne sont-elles assez protectrices, dès lors que l’on parle de substance cancérogène ou ayant un effet perturbateur endocrinien ?
En 2012, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé le cadmium cancérogène certain. Il est également suspecté d’être mutagène sur les cellules germinales, toxique pour la reproduction et perturbateur endocrinien, et il peut aussi altérer la fonction rénale et favoriser l’ostéoporose. Son élimination par l’organisme est possible, mais difficile et très lente. Ses effets délétères sont liés à son accumulation dans l’organisme au fil du temps, en particulier dans les reins, le foie et les muscles.

Du chocolat, équitable et durable | ARTE Regards
- Conflit entre communications commerciales et exigences de transparence chez Lindt & Sprüngli.
- Cadmium et plomb présentent des risques toxicologiques distincts: rénale et osseuse vs neurologique.
- Règles EFSA et exposures estimées pour la population générale.
- Impact de la géologie et des pratiques agricoles sur les teneurs en métaux.
| Toxine | Source principale | Toxicité | Limites EFSA (indicatives) |
|---|---|---|---|
| Cadmium | Cacao; sols volcaniques | Rénale, osseuse | 0,35 μg/kg poids/jour |
| Plomb | Sols contaminés; cacao | Neurologique | 0,35 μg/kg poids/jour |
Les auteurs et experts cités rappellent que le chocolat noir porte un risque plus élevé de concentration en métaux lourds en raison de sa plus faible dilution par le lait et le sucre, et que des contrôles plus stricts dans la chaîne d’approvisionnement restent essentiels pour limiter les teneurs dans les produits finis.