La cuisine de La Réunion est une mosaïque de saveurs, un carrefour d'influences où chaque plat raconte une histoire. Parmi ses joyaux gastronomiques, le cari de porc, aussi appelé "cari cochon", se distingue comme un plat emblématique, à la fois rustique et profondément apprécié. Ce mets, simple en apparence, recèle une richesse aromatique qui transporte directement sous le soleil généreux de l'île intense. Il fait partie de mes nombreux plats préférés de la cuisine de La Réunion, un véritable réconfort gustatif aux saveurs exotiques.

L'Essence du Cari : Plus qu'une Simple Recette
Le terme "cari" désigne des plats de la cuisine réunionnaise et mauricienne. Ce sont des plats en sauce, riches en épices, et surtout caractérisés par une base aromatique essentielle : un mélange d'ail, d'oignon et de gingembre. Sans entrer dans un débat d'origine ou de recette "authentique", il semblerait selon la littérature que le cari ne contienne pas de tomates, contrairement au rougail. Le rougail est également un plat de l'océan indien que l'on retrouve à Madagascar, la version la plus célèbre étant le fameux rougail saucisse. J'avoue m'y perdre un peu car selon mes souvenirs, la plupart des plats en sauce que j’ai mangés à La Réunion s’appelaient cari quelque chose (porc, poisson, cabri .. ) sauf le rougail saucisse.
Il est important de noter que si le mot "cari" est un dérivé du mot indien "curry", le mode de préparation et les ingrédients utilisés diffèrent sur certains points fondamentaux. Les cuisines indiennes font souvent usage de lait de coco dans leurs préparations, une pratique qui n'est pas commune dans la cuisine réunionnaise traditionnelle. C'est pourquoi, dans la préparation du cari cochon que nous allons explorer, le lait de coco n'est pas utilisé. Chaque famille, chaque cuisinier, apporte sa touche personnelle, faisant exister des dizaines de façons de le préparer. C'est une question de famille, une transmission de savoir-faire et de goût !
Choisir la Viande : La Clé de la Tendreté
Pour un cari de porc réussi, le choix des morceaux de viande est primordial. Les morceaux avec un peu de gras, comme l'épaule, l'échine ou la poitrine, sont les plus adaptés. Ces parties, riches en tissu conjonctif et en persillage, ont l'avantage de rester tendres et moelleuses après une longue cuisson mijotée. C'est cette lente transformation qui permet aux saveurs de se développer pleinement et à la viande de devenir fondante, presque désirable. Chez nous à La Réunion, on aime bien quand notre viande est bien dorée et bien fondante. Parfois, on découpe la rouelle en tranches ou en morceaux et on remet dans la marmite pour laisser les morceaux mijoter sur tout petit feu dans la sauce restante. Le goût est alors bien meilleur : un régal ! Mon rôti de porc, bien moelleux, bien tendre avec une couenne bien fondante…
La Base Aromatique : L'Âme du Plat
La préparation du cari commence par la constitution de sa base aromatique, le pilier de sa saveur. Cette étape demande patience et savoir-faire. Il est essentiel de préparer un mélange frais et parfumé. À l'aide d'un mortier, on écrase ensemble l'ail et le gingembre. L'ajout d'une pincée de sel facilite grandement ce travail, permettant d'obtenir une pâte homogène et puissante en arômes. On peut aussi utiliser un zesteur Microplane pour râper finement l'ail et le gingembre.

Dans une cocotte, on fait chauffer une quantité d'huile végétale. C'est dans cette huile que l'on va faire suer les aromates. On y ajoute l'ail et les oignons, coupés en morceaux ou hachés finement. Il faut laisser cuire pendant environ 5 minutes, en remuant régulièrement, jusqu'à ce qu'ils deviennent translucides et dégagent leurs parfums sans brûler. C'est le moment d'ajouter le thym, qui apporte sa note herbacée caractéristique.
L'Épice et la Tomate : La Construction de la Sauce
Une fois la base aromatique bien développée, on passe à l'ajout des autres ingrédients qui vont construire la sauce du cari. Le curcuma, avec sa couleur jaune éclatante et sa saveur légèrement terreuse, est souvent utilisé pour colorer et parfumer le plat. On poivre copieusement, car le piquant est une composante importante de nombreux plats réunionnais, et on sale généreusement pour exalter toutes les saveurs.
La tomate joue un rôle crucial, bien que sa présence puisse varier. La version la plus courante inclut deux tomates bien mûres, coupées en dés, qui vont compoter avec les épices pour former une sauce onctueuse. En saison, on prendra de belles tomates juteuses, mais pour continuer à se régaler de ce délicieux plat toute l'année, une boîte de pulpe de tomate fait très bien l'affaire. Cette compote de tomates apporte une légère acidité et une douceur qui équilibre la richesse du porc. L'ajout des tomates et le laisser cuire jusqu'à ce qu'elles compotent est une étape clé pour obtenir une sauce savoureuse.
Pour encore plus de parfum, on peut ajouter une cuillère à café de massalé. Mais qu'est-ce que le massalé ? C'est un mélange d'épices torréfiées et réduites en poudre, typique de la cuisine de l'Océan Indien. On y trouve notamment de la coriandre, de la cannelle, de la cardamome, de la muscade, du cumin, de l'origan et des clous de girofle. Il est souvent de couleur marron car il contient peu ou pas de curcuma. L'ajout de massalé confère au cari une profondeur et une complexité d'arômes exceptionnelles.
Le Mijotage : Le Secret de la Tendreté et des Saveurs
Après avoir ajouté les tomates et les épices, le plat est prêt pour la phase la plus importante : le mijotage. On couvre la cocotte et on laisse cuire à feu moyen pendant environ 25 minutes. C'est durant cette période que les saveurs vont se marier et que la viande va commencer à s'attendrir.
Pour une version plus consistante et gourmande, il est possible d'ajouter des pommes de terre en milieu de cuisson. Il faut alors les peler, les couper en morceaux et les incorporer au cari. Laissez cuire pendant encore 15 minutes environ, en remuant de temps en temps. L'objectif est qu'il reste un peu de sauce, juste assez pour napper le riz, mais que les pommes de terre soient tendres et absorbées par les arômes du plat. Si le cari a cuit 35 minutes avant l'ajout des pommes de terre, l'ensemble du processus de cuisson atteint ainsi une durée idéale.
Variations et Accompagnements : La Touche Personnelle
Comme pour toutes les recettes, il existe des variations populaires à La Réunion. Certaines familles préfèrent un cari sec, sans tomates, plus concentré en épices. D'autres aiment apporter une note sucrée-salée, comme en l'agrémentant de morceaux d'ananas. Bien que ce plat à l'ananas ne soit pas strictement traditionnel, ses saveurs vont transporter vers un voyage culinaire chaud et parfumé, à la fois parfumé mais non pimenté.
Le cari de porc est traditionnellement accompagné de riz blanc, qui sert de toile neutre pour absorber la sauce riche et parfumée. Mais les accompagnements ne s'arrêtent pas là. Chez nous, on accompagne le rôti de porc de riz blanc et d'un rougail de tomate bien pimenté, avec un carry de pois du cap ou haricot rouge et une salade verte ou un achard de légumes. L'achard de légumes, une préparation de légumes marinés et épicés, apporte une fraîcheur et un croquant qui contrastent agréablement avec la douceur du cari. Préparer un achard de légumes, comme à La Réunion, est une excellente façon de compléter ce repas.
RECETTE FACILE ACHARD DE LÉGUMES
Le Civet de Tangue : Un Lointain Cousin
Il est intéressant de noter que dans la tradition culinaire réunionnaise, on retrouve également le civet de tangue. Bien qu'il s'agisse d'un plat différent, il partage certaines similitudes dans l'approche des saveurs. Le tangue, une petite boule épineuse qui n'est autre qu'un petit mammifère de la famille des tenrecs, possède une chair très fine et délicate, dont le goût rappelle celui du lièvre ou du lapin. La préparation du civet de tangue est un processus qui demande patience et savoir-faire. Le tangue est d'abord coupé en morceaux puis mis à mariner pendant plusieurs heures dans une préparation à base de vin rouge, d'oignons, d'ail, de gingembre, de thym et de diverses épices. Cette marinade, similaire dans ses composants aromatiques à celle du cari, prépare la viande à une cuisson lente et savoureuse, démontrant l'ingéniosité des cuisiniers réunionnais à utiliser au mieux les ressources disponibles pour créer des plats emblématiques.
L'Art de la Cuisine Réunionnaise : Savoir-Faire et Passion
La cuisine réunionnaise, et le cari cochon en particulier, est une invitation à la découverte. C'est une cuisine qui se veut généreuse, chaleureuse et pleine de saveurs. Si il y a bien une chose qui me rend heureux chaque jour, c'est de manger. Et ça, depuis tout petit. À vrai dire, toute ma famille partage cette même passion. Ce plat est une célébration de cette passion, une rencontre entre des ingrédients simples transformés par le temps et les épices en un mets d'exception.
Il est possible de prolonger le temps de cuisson pour obtenir une viande encore plus fondante. L'accompagnement de riz, de lentilles vertes, et surtout la préparation d'un achard de légumes, subliment l'expérience gustative. C'est un plat qui demande un peu de temps, mais le résultat est toujours à la hauteur de l'attente. Allez, enfilez votre tablier et c'est parti en cuisine pour un voyage culinaire inoubliable !
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