Actuellement moulin des couleurs de Prix les Mézières et propriétés privéesUn moulin à farine, construit en 1517 par le prieuré local dépendant de l’abbaye de Saint-Hubert, évolue au fil des siècles. En 1603, une batterie de cuivre est installée, reprise par des marchands parisiens. En 1702, le moulin est loué à la Manufacture d'armes de Charleville, et un moulin à tan (d'En-Haut) est construit à proximité. Devenu Bien National à la Révolution, le site est transformé en platinerie pour la Manufacture.
En 1832, Lelorain achète les moulins d’En-Bas et du Milieu, reconstruit ce dernier en 1834, mais fait faillite en 1847. En 1861, Honoré-Victor Colin les convertit en moulin à couleurs. Le Grand Moulin cesse ses activités à la Première Guerre mondiale, et le moulin du Milieu ferme en 1955. Le Grand Moulin, en pierre de taille côté rue et moellon pour les autres façades, disposait d’une roue hydraulique et d’un toit en pavillon. Le moulin du Milieu, doté de trois paires de meules et de silos, présente un toit à pans brisés partiellement refait.
Agro-industrie et transmission familiale
Le Moulin de Signy-L’abbaye est exploité depuis sept générations par la même famille. Au fil du temps, il s’est agrandi, modernisé, automatisé, jusqu’à produire aujourd’hui 31 000 tonnes de farine de blé par an. Jean-Nicolas et Jean-Philippe Javelaud, co-dirigeants du Moulin de Signy-l’Abbaye, mènent une trajectoire qui s’inscrit dans un paysage ardennais typique, au creux d’un vallon entouré de villages aux maisons centenaires. À leur tête, la 7e génération de meuniers.
Et là où leurs ancêtres se sont formés sur le tas, Jean-Philippe et Jean-Nicolas Javelaud sortent respectivement d’école d’ingénieur et d’école de commerce. Des trajectoires qui expliquent la forte progression de l’activité du Moulin, ce dernier n’ayant plus grand chose à voir avec celui des débuts de l’histoire familiale. « À l’origine, c’était un moulin en bois qui a brûlé après la Seconde Guerre mondiale, en 1953. À l’époque, la famille vivait dans le moulin. C’est d’ailleurs notre grand-mère qui avait réussi à faire sortir tout le monde lors de l’incendie alors qu’elle était encore enfant », raconte Jean-Nicolas Javelaud, arrivé en 2019 dans l’entreprise. »
« En 1955, le moulin a été reconstruit en béton armé. C’est un bâtiment assez compact. À ce moment-là, nous sommes passés à l’énergie électrique. Depuis septembre 2024, le moulin fonctionne même partiellement à l’énergie solaire puisqu’un parc de panneaux photovoltaïques a été installé avec le soutien de l’Ademe et de la Région Grand Est dans le cadre du programme Climaxion. »
« Avec la guerre en Ukraine, nos coûts ont été multipliés par trois. L’installation solaire vise justement à réduire cette dépendance. Nous avons une puissance installée de 650 kW, ce qui nous permet d’être autosuffisants dans certaines conditions, notamment l’été. Le surplus est redistribué localement dans le cadre d’une boucle d’autoconsommation collective. Cela nous permet de produire environ 30 % de notre consommation annuelle d’électricité », indique Jean-Philippe Javelaud. Le moulin qui transforme 40 000 tonnes de blé par an, soit une production de 31 000 tonnes de farine, a en effet beaucoup investi dans son outil de production ces dernières années. « Aujourd’hui, nous sommes probablement l’un des plus modernes de France et les seuls à travailler exclusivement en variétés pures. Comme un vigneron sélectionne ses cépages, nous sélectionnons les variétés de blé et réalisons nous-mêmes les assemblages », poursuit celui qui a une double formation d’ingénieur, en management des industries agroalimentaires et qui a également effectué une formation à l’école suisse de meunerie.
Capacité, diversité et savoir-faire
Le Moulin de Signy-L’abbaye est ainsi en capacité de proposer 140 types de farines différentes, en bio et en conventionnel pour toute une gamme de produits boulangers (pain, viennoiseries, pâtes jaunes - cookies, muffins, madeleines, etc. - ou encore le snacking). « Nous avons récemment lancé une farine de type italien, adaptée aux pizzas, focaccias et clubs sandwichs pour suivre la demande. Nous proposons aussi des farines spéciales pour les pains artisanaux ainsi que des farines sur mesure selon le cahier des charges de nos clients, artisans ou industriels. »
Car les récents investissements de la PME permettent désormais de répondre aux besoins de l’industrie agroalimentaire, grâce à l’obtention de la certification FSSC 22 000, reconnue internationalement en matière de sécurité alimentaire. « Notre moulin est entièrement automatisé, de la réception du blé jusqu’à la mouture. Il fonctionne en continu, même la nuit et le week-end, avec une personne d’astreinte en cas d’alerte. Les équipes travaillent aussi sur la qualité des protéines pour limiter voire supprimer les intrants et privilégient des blés locaux, dans un rayon de 150 km grâce à un partenariat avec l’entreprise Vivescia, qui, avec un réseau de 150 agriculteurs coopératifs leur propose une quarantaine de variétés de blé cultivés sur 5 000 hectares. Cette stratégie a conduit à la forte croissance du Moulin, guidée par une volonté de réappropriation du métier et du savoir-faire, notamment avec la création d’un laboratoire de panification et avec comme point d’orgue, la création d’une farine spécifique, puis d’un produit : La Pétrisane. La marque est mise à disposition des artisans boulangers, qui peuvent l’utiliser en respectant un certain cahier des charges. La farine bien sûr, mais aussi certains aspects marketing, commerciaux et de gestion. »
« Aujourd’hui, nous accompagnons environ 300 artisans boulangers, principalement dans le quart nord-est, mais aussi ailleurs en France. Tous ne travaillent pas avec la farine La Pétrie... Nous avons aussi d’autres gammes de farine pour la panification. »
Pour garantir le bon respect du cahier des charges, le moulin a même ouvert en 2017 son propre centre de formation où il reçoit les boulangers partenaires. « Le centre de formation sert d’abord à former nos équipes, mais aussi nos clients et prospects. C’est une étape quasi obligatoire avant toute collaboration. Un positionnement stratégique, à l’heure où le nombre de meuniers est passé en 30 ans d’environ 1 300 à 350 aujourd’hui. »
« Les meuniers les plus réputés restent français, mais la concurrence européenne, notamment belge et allemande, est de plus en plus forte avec des unités de production cinq à sept fois plus importantes que les nôtres. Ces acteurs investissent massivement et deviennent très compétitifs », livre Jean-Nicolas Javelaud. Le Moulin de Signy a franchi un cap en 2023 avec un investissement de 10 M€ dans de nouveaux équipements industriels automatisés. D’où la politique volontariste d’investissement du moulin ardennais. Le plus marquant de ces dernières années est la construction, en 2023, d’un nouvel ensemble industriel pour un montant de 10 millions d’euros. Une nouvelle fosse permet dorénavant de réceptionner 90 tonnes de blé à l’heure, 22 silos stockent jusqu’à 4 000 tonnes de blé là où auparavant la capacité était de 350. La nouvelle tour de nettoyage de six étages assure quant à elle un processus particulièrement rigoureux. »
« Cette installation nous permet d’isoler les blés, de les travailler de la meilleure des façons, grâce notamment à l’installation d’un trieur optique, véritable garde-fou du process, capable d’éliminer toute graine étrangère ou défectueuse. Sur le plan logistique, le Moulin de Signy dispose d’une flotte interne pour livrer les clients artisans et certains industriels dans le quart nord-est. »
« Nous travaillons aussi avec des partenaires locaux, notamment les Transports Simon, dans une logique de proximité et de réactivité. » Parfaitement ancrée dans son époque, la nouvelle génération a aussi des préoccupations en termes de RSE. Et outre l’installation des panneaux photovoltaïques, les deux frères ont développé un volet QHSE. « Historiquement, l’entreprise a été gérée avec une approche de bon sens. Aujourd’hui, nous structurons cette démarche : bilan carbone, recrutement d’une responsable QHSE, formalisation des actions. Le Moulin de Signy a franchi un cap en 2023 avec un investissement de 10 M€ dans de nouveaux équipements industriels automatisés. »
Côté projets, le Moulin de Signy vise le marché industriel mais aussi l’international. « Aujourd’hui, l’export représente environ 5 % du chiffre d’affaires », dévoile Jean-Nicolas Javelaud. « Nous ciblons principalement le Moyen-Orient et l’Asie, où il existe un réel attrait pour le savoir-faire français. Nos clients peuvent être des distributeurs, des industriels ou encore des expatriés français. »
Là où elle employait quatre collaborateurs à l’arrivée de Jean-Jérôme Javelaud, le père, en 1998, l’entreprise en compte aujourd’hui une soixantaine. « Nous affichons clairement l’ambition de nous renforcer sur le marché de la boulangerie artisanale, tout en développant les marchés exports et industriels. Notre outil est aujourd’hui équipé et dimensionné pour cela », insiste Jean-Nicolas.

Architecture et logistique
Le Grand Moulin combine pierre de taille côté rue et moellon sur les façades annexes, avec roue hydraulique autrefois et toit en pavillon, tandis que le moulin du Milieu présente un toit à pans brisés et trois paires de meules avec silos. Ces détails architecturaux témoignent d’un héritage industriel riche et d’une adaptation continue aux exigences modernes de production et de sécurité alimentaire.

Formation et réseau
Le centre de formation ouvert en 2017 forme non seulement les équipes internes mais aussi les boulangers partenaires, garantissant le respect des cahiers des charges et le transfert du savoir-faire. La panification, les Farines La Pétrie et autres gammes répondent à des cahiers des charges stricts et à une demande diversifiée des artisans et industriels.
Moulin Signy-l'Abbaye, de la récolte à la mise en vitrine
Tableau illustratif des capacités de production et des gammes
| Élément | Capacité | Description |
|---|---|---|
| Blé traité par an | 40 000 tonnes | Base de production farine |
| Farine produite | 31 000 tonnes | Variétés pures et assemblages |
| Silos | 22 | Stockage jusqu’à 4 000 tonnes |
| Puissance solaire | 650 kW | Autosuffisance partielle |