Histoire complexe et mouvante de la Corse sous l’emprise génoise

Gênes emporte la Corse et la gère à sa façon. Elle présente son emprise sur l’Île comme légitime par l’éviction des Musulmans, arguant ainsi d’une sorte de « Droit de Conquête ». Ports, citadelles et tours littorales y sont construits pour défendre la population et les intérêts génois. La noblesse médiévale corse parait toujours turbulente, anarchique et désunie. Elle ruine son pays et est prête à le vendre au plus offrant, « ne sachant ni se passer de maîtres, ni leur obéir » (R. P. de Singlande, « Mémoires et Voyages »). Gênes, république « aristocratique » alliant anciens et nouveaux nobles, doit constamment réguler la noblesse ilienne sanglante, fatiguée de ses crimes internes.

Au XVIème siècle, la métallurgie corse connait une expansion notable grâce au minerai de fer local (Cap-Corse principalement) et en provenance de l’Île d’Elbe, mais également à la faveur des denses forets corses fournissant le charbon de bois nécessaire et à l’abondante présence de l’eau. Les Corses quittent le littoral pour s’installer sur les hauteurs afin d’échapper aux razzias. Pise perd la majorité de son emprise au profit de Gênes lors de la bataille navale de la Meloria (haut-fond rocheux au large de Livourne) en 1284. Peu à peu, les Génois s’approprient l’Île et en 1310, Pise signe un traité avec Gênes qui devient ainsi la nouvelle maîtresse de la Corse. Mais la paix reste fragile. De nos jours, cinq siècles d’occupation génoise s’emblent encore d’actualité à travers la présence des tours de guet bordant les rivages.

Carte montrant l’emprise génoise sur la Corse et les tours littorales

Apparition de la peste noire. Un tiers de la population corse disparait ! Un bateau Génois l’aurait apportée. C’est la version courte. En réalité… c’est un peu plus compliqué. La peste réapparaît en 1320 en Mongolie et voyage jusqu’à la mer Noire que sillonnent des bateaux génois. La ville de Caffa (Crimée) est assiégée par les Mongols qui jettent par-dessus les murailles des cadavres infectés. Des Génois parviennent à fuir, emportant avec eux la terrible maladie. La Corse est touchée un mois plus tard. Trente millions de morts en Europe.

  • Une windbourne d’anecdotes et de peuplement se mêlent alors: un petit groupe d’hommes et de femmes prônant dans la chrétienté le don de soi, le rejet du luxe et la mise en commun des richesses villageoises, les Giovannali sont exterminés par le pape Innocent VI (1359) excepté une femme nommée Annunziata.
  • La Corse voit émerger des mouvements révoltés contre les seigneurs locaux; Sambucuccio d’Alando dirige une révolte paysanne qui déstabilise la féodalité et pousse à des destructions de fortifications.

La Corse se donne contractuellement à Gênes par dédition, à la suite d’accords passés entre les Corses et les Génois (un genre de partenariat). C’est la conséquence directe des révoltes populaires menées par Sambucuccio d’Alando contre les seigneurs de la Cirnarca vassaux du roi d'Aragon. Gênes s’impose alors en Corse, contrant ainsi les objectifs papaux qui soutiennent Pise, et tente d’étouffer l’anarchie qui y règne en exploitant des liens commerciaux à son avantage. Les caporali, sorte de juges de paix et chefs de guerre locaux s’entredéchirent tout en feignant de rester fidèles à Gênes. Biguglia est alors la capitale de la Corse (depuis la domination pisane et ensuite génoise).

Gênes, écrasée de dettes et déstabilisée en interne, confie la gestion de la Corse à une société privée, la Maona. La construction de sa citadelle signe la naissance de Bastia. La Corse est alors gérée économiquement par une compagnie privée de notables Génois, la « Maona ». Tentative de la part du roi d'Aragon (Espagne) de reprendre la Corse aux Génois. Déjà roi de Sardaigne il devient roi de Corse, pour quelques temps. Pendant 150 ans, au XIV et XV siècle, la Corse est plus ou moins sous monarchie aragonaise qui ne parvient pas à s’implanter. La ville de Biguglia devient la capitale. Le corse Vincentello d’Istria combat pour le roi d’Aragon de 1406 à 1420 et devient vice-roi de Corse. Palazzo San Giorgio (Gênes) est bien plus qu’un lieu: ce nom officiel constitue la Casa delle Compere di San Giorgio, une puissante institution financière de Gênes possédant son armée et son propre trésor, qui va gérer la Corse durant de nombreuses décennies à partir de 1453.

Leur omnipotents oligarques exercent une grande influence sur Gênes et sur les rois catholiques d’Europe qui y ont comptes ouverts au XVe et XVIe siècle. Au XVIIe siècle, l’Office de Saint-Georges, destinataire des affaires corses, se pique de transport maritime et arrive à rivaliser avec les meilleures compagnies de l’époque. Vincentello d'Istria, allié des Aragonais et nommé Vice-roi de Corse, érige le château de Corte. L’emplacement stratégique de Bonifacio aiguise les passions: Alphonse V, roi d’Aragon et de Sicile, lance 400 vaisseaux pour s’emparer de la Corse, mais la résistance des Bonifaciens, soutenus par une flotte génoise, triomphe en partie et Calvi, Bastia et Ajaccio tombent ou restent sous contrôle différé.

Vincentello d’Istria augmente les impôts en 1433; le peuple se révolte et tente de fuir vers la Sardaigne mais est arraisonné et décapité à Gênes en 1434 lorsque les Génois retrouvent la souveraineté sur l'île. Des centaines de soldats du pape Eugène IV affrontent sur l’Île ceux de Gênes et tentent d’y lever des impôts. Les Corses restent neutres. Puis la Corse devient terre pontificale pour quelques temps. Le pape Nicolas V s’accorde avec les Génois qui recouvrent ainsi la souveraineté de l’Île. L’histoire occidentale bascule ce jour-là: Constantinople devient Istamboul et l’empire grec meurt sur le champ de bataille, tandis que la Corse n’est plus qu’un comptoir marchand protégé par quelques Mers et soldats.

Note: La Donnée historique précise peut varier selon les sources; les passages ci-dessus synthétisent un ensemble de descriptions historiques présentes dans les documents fournis.

À la demande de Gênes, l’Office de Saint-Georges est chargé de gérer administrativement et financièrement la Corse « contre les tyrans très cruels et les hommes pervers ». En pratique, les seigneurs locaux fomentent des révoltes et éloignent l’Office qui détruit leurs châteaux en représailles. Le Niolo est durement frappé et les habitations sont détruites. Le commerce demeure entièrement entre les mains de l’Office, et les Corses participent peu aux échanges, sauf comme domestique des familles romaines fortunées. Sampiero Corso, figure emblématique de la résistance corses, lutte pour la France et son roi Henri II contre Gênes, libère Bastia, Calvi, Corte et Ajaccio et incarne l’idéal d’une Corse résistante.

SAMPIERU CORSU : Mercenaire et héros Corse

Les raids et les guerres impliquent de nombreuses tragédies: destruction des fortifications, massacres de villageois et exil de seigneurs. Des monuments forts comme Bastia et Ajaccio témoignent encore des période de conflit et de régulation génoise sur l’île. Sampiero Corso voit son combat se poursuivre jusqu’au Traité de Cateau-Cambrésis en 1559 qui réoriente temporairement les alliances européennes et redessine la possession de l’île.

tags: #marine #genoise #jean