Maria Schneider, Marlon Brando et la scène du beurre : une controverse qui traverse le temps

Ce mercredi 19 juin 2024 sort le film "Maria", biopic réalisé par Jessica Palud sur l’actrice Maria Schneider devenue célèbre en tournant dans le film "Le dernier tango à Paris". Près de 52 ans plus tard, une scène du film, particulièrement violente continue de choquer. Il faudra attendre l’année 2016 et un article du magazine Elle pour comprendre la dure réalité de cette scène.

« La séquence du beurre est une idée que j’ai eue avec Marlon le matin même », a expliqué Bertolucci, ajoutant qu’il voulait la réaction d’une femme et non d’une actrice. Le réalisateur italien affirmait qu’il fallait être « complètement libre » pour obtenir quelque chose et que Maria ne devait pas jouer son humiliation et sa rage, mais la ressentir. Maria Schneider a déclaré que ses larmes dans la scène étaient bien réelles et que ce traumatisme l’avait plongée durant sept ans dans le monde de la drogue, du désamour de soi et des tentatives de suicides.

Sur le tournage du sulfureux « Dernier tango à Paris », Bernardo Bertolucci a fait simuler le viol de Maria Schneider par Marlon Brando, sans prévenir l’actrice de l’emploi du beurre comme lubrifiant. « La séquence du beurre » est devenue une scène culte qui, après la sortie du film en 1972, a suscité polémiques et interdits dans plusieurs pays. La justice italienne ordonnera même en 1978 de brûler toutes les copies existantes du film, bien que les Italiens puissent le revoir en 1988.

À l’époque, le film a été salué comme un chef-d’œuvre par certains, tout en étant dénoncé par d’autres comme une démonstration de violence et d’abus. Le cinéma de Bertolucci était alors, comme le rappelle Antoine Guillot, profondément marqué par une expérience de pensée où violence et désir coexistent dans un espace symbolique. Maria Schneider, jugeant avoir été « violée à la fois par Bertolucci et Brando », a évoqué publiquement les effets durables de cette scène sur sa vie et sa carrière.

« Maria m’a dit : 'Maria, ne t’en fais pas, c’est juste un film' », mais durant la scène elle pleurait de vraies larmes. L’actrice a toujours insisté sur le fait qu’elle se sentait humiliée et que le tournage avait été une épreuve personnelle majeure, accentuant des années plus tard son éloignement de certains aspects de la vie publique et artistique. Le récit d’archives évoque également que Maria Schneider était prévenue que la scène incluait des éléments intimes, mais pas l’usage du beurre.

Le récit historique propose une vision nuancée: Le Dernier tango à Paris montre une relation complexe où l’identité sociale, la classe et le passé réapparaissent progressivement, et où l’amour finit par s’effondrer sous le poids des violences et des enjeux dramaturgiques. Le film, bien que controversé, est aussi interprété comme une exploration de la puissance féminine face à un homme apparemment tout-puissant et manipulateur. La jeune femme, incarnée par Maria Schneider, est parfois vue comme portant le film dans son ensemble et dans son héritage, malgré les blessures qu’elle a subies.

Contexte et réception

Le Dernier tango à Paris, tourné à une époque de libération des moeurs, a connu une réception polarisée: interdictions et censure dans plusieurs pays, accusations de pornographie et débats sur les limites de l’expérimentation artistique. Après le scandale autour de la scène de la « passe-moi le beurre », le film est resté l’objet de discussions récurrentes sur la violence, la réalité des sentiments et les méthodes utilisées par les réalisateurs pour obtenir de vraies réactions de leurs acteurs.

Aujourd’hui, certains analyses tentent de réconcilier l’esthétique cinématographique et les mesures éthiques contemporaines, en considérant Le Dernier tango comme une œuvre où violence et désir interagissent sans nécessairement annuler l’autre. La scène demeure un point d’ancrage dans l’histoire du cinéma, à la fois pour son audace et pour les conséquences humaines sur Maria Schneider et Marlon Brando.

Le biopic Maria fait émerger ces questions autour de la création artistique et des limites imposées par le tournage: comment représenter la réalité sans instrumentaliser les personnes impliquées, et comment les traumatismes passés influencent une interprétation et une carrière entière. L’histoire de Maria Schneider dans le cadre de ce film continue d’alimenter les débats sur le pouvoir du réalisateur, la responsabilité des acteurs et les enjeux éthiques du cinéma.

Parcours et héritage

Maria Schneider a été ensuite associée à d’autres productions, notamment Profession Reporter d’Antonioni, et a dû composer avec l’étiquette longtemps attachée à la scène controversée. Bertolucci, complexe et torturé, a peu à peu reconnu la nécessité de parler de ce tournage avec transparence, tout en restant fidèle à son expression artistique. La controverse autour de la scène du beurre demeure un sujet d’étude pour comprendre les mécanismes du cinéma engagé et les dynamiques du pouvoir sur le plateau.

image d’archives tournage du Dernier tango

Le destin brisé de Maria Schneider : la vérité derrière Le Dernier Tango à Paris

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