Pays où l’on mange le dessert avant le repas: exploration interculturelle et pratiques culinaires

Ah, nous Français et notre obsession de la gastronomie ! Et des dîners en ville. Assis, à table, à 20h30. Il faut dire que nous avons ça dans le sang. Mais qu’en est-il des autres cultures ? Ces « petits-plats-dans-les-grands » que nous Françaises considérons comme un geste d’accueil et de convivialité est-il partagé dans les autres cultures ? Pas toujours ! L’anticiper, c’est déjà s’ouvrir un peu. Et en cela, l’expatriation est une formidable école de l’interculturel. A peine arrivé en expatriation, le Français invite à dîner. Les codes sont là, et même à des milliers de kilomètres de son chez soi : apéro (enfants tolérés, mais plus après), entrée-plat (accompagné de vin), fromage (même si on ne trouve que du Kiri en ville, cette étape est indispensable) et dessert maison. On invite les Français d’abord, les copains des copains ensuite, les bi-nationaux, et enfin on se lance, un peu anxieux, mais avec plein d’attentes, dans le dîner des voisins « pas français ». Parce qu’à nos yeux un peu neufs dans ces questions d’interculturel, l’intégration dans ce nouveau pays, passera forcément par ce moment autour d’un bon repas. (On invite pour être réinvité, n’est-ce pas ?)

Le problème, c’est que ce n’est pas aussi simple qu’une daube provençale. Pourquoi ? Parce qu’un bon dîner bien mijoté à la française vous paraît à vous naturellement convivial et accueillant mais peut être reçu de façon tout à fait étrange pour bien des cultures. Ainsi cette Espagnole qui ne reçoit jamais, mais qui pour « rendre » une invitation à cette expat française aux Pays-Bas s’est mis une pression incroyable pour préparer un bon rôti à la française, mais qui n’a profité ni de ses invités ni de sa soirée. On passe à table pour un diner bien français, et là un des convives écossais attrape la bouteille de whisky laissée sur la table d’apéro pour l’apporter à table. J’ai là un grand choc culturel ! Inutile de vous dire que la bouteille est descendue pendant le dîner !

Les plats se succèdent, et plus ils arrivent sur la table, plus l’assistance se paralyse : too much is too much, ils nous complimentent non pas sur la qualité des mets mais sur notre « générosité » ! Ceci dit ils en profitent à fond. Comme tout bon Français, nous mettons la conversation sur la cuisine des uns et des autres, et là cela fait plouf ! En écosse il n’est pas de bon ton de parler d’une autre « table » et on ne parle pas cuisine à table, c’est comme ça fallait le savoir, et nous ne le savions pas. Moralité : les prochaines fois, on fera signe pour l’apéro ou le goûter, ou on cuisinera des choses vraiment simples, ou en tout cas qui en ont l’air. Aussi, dans un coin de la tête, on se promet d’être, et d’avoir l’air, simples.

Alors oui, c’est un peu décevant, on vous l’accorde. Mais elle est là, aussi, la richesse de l’expérience que nous vivons en expatriation. Nous ouvrir à d’autres habitudes, tâtonner, apprendre. Commence une lente valse à trois temps. Action. Echo. Analyse des différences culturelles. Que faire alors ? Comme sempre, la solution se trouve dans l’expérience accumulée par nos prédécesseurs. On peut y avoir accès de façon empirique en discutant avec les expatriés de longue date.

En Asie sans doute mieux vaut-il proposer d’aller au restaurant ? Aux Pays-Bas, un goûter avec les enfants. En Ecosse, aller au pub, simplement. Et si vous êtes invités ? Finir son assiette ou pas ? Mettre ses mains sur ou sous la table ? Manger avec ses couverts ou ses doigts ? Et qu’en est-il du rot ? On connaît (a priori) le savoir-vivre à la française… mais comment bien se comporter ?

Beaucoup de conseils pratiques émergent. Soyez à l’heure ! Plus de 15 minutes de retard pour un dîner est mal vu. Si vous apportez de l’alcool, évitez la bière. A table, ne coupez pas vos pommes de terre ! Cela pourrait suggérer qu’elles ne sont pas cuites. Si vous entrez dans une maison avec de la moquette, enlevez vos chaussures. Apportez assez d’alcool pour votre propre consommation et celle de votre hôte. Si on vous sert des asperges, mangez-les avec vos doigts. Si des Australiens vous convient à un barbecue, réjouissez-vous… mais n’oubliez pas d’amener votre pack de bières ainsi que la viande que vous souhaitez mettre à griller.

Les Brésiliens ne dînent pas avant 22h - 23h. Même si votre hôte vous dit de venir les mains vides, il est plus que conseillé malgré tout d’arriver avec un petit cadeau en guise de remerciement. Proposez votre aide pour débarrasser, même si votre hôte décline. A table, attention ; il est très mal vu de retourner le poisson dans son assiette pour entamer la seconde moitié, en particulier en Chine du Sud et à Hong-Kong. C’est une pratique superstitieuse due à la ressemblance phonétique du mot « malchance » avec l’expression « dao yue », décrivant le fait de retourner le poisson. Roter montre votre degré de satisfaction et est donc un compliment envers la cuisine du chef.

Comme chez ses homologues d’Amérique latine, la ponctualité n’est pas importante à Cuba. Pas d’invitation avant 21h ou plus. Faites attention à ne pas arriver en avance. Surtout ne quittez pas la table, une fois le repas achevé. Ne vous invitez jamais à l’improviste. Passez toujours un coup de fil au préalable. Les Américains dînent vers 18h - 18h30 et terminent assez tôt en général… ce qui vous laisse le temps d’arriver au diner espagnol qui suit ☺

Si vous êtes au restaurant, laisser un pourboire est la norme aux États-Unis : comptez 15 et 25% de la note finale, dans TOUS les cas, selon votre degré de satisfaction. Tout le monde mange dans le même plat avec les mains. Comme cadeau, il est conseillé d’apporter de l’alcool, un dessert (les gâteaux sont très appréciés) ou des plantes. Les plantes en pot sont préférables car votre hôte pourra les faire pousser sur son balcon ou dans un jardin. Soyez prêt à attendre tous les invités avant de passer à table. Embrasser sur la joue n’est pas toujours bienvenu. Les Indiens préfèrent un salut plus formel.

Quand la nourriture est servie, il ne faut pas s’attendre à l’accompagner d’alcool. Si vous mangez avec votre main gauche, on pourrait bien vous regarder de travers puisqu’il s’agit de celle que l’on utilise traditionnellement pour se laver. Ne refusez aucun plat et goûtez à tout, même en petite quantité. Par contre, ne pas finir son assiette signifie que l’on a terminé, et que l’on ne souhaite pas être resservi(e) ! Si c’est le cas, un « non » n’est pas une réponse acceptable. Pour manger des pâtes, ne demandez pas de fromage si ce n’est pas explicitement proposé ni de cuillère, sauf pour un minestrone. Commander un cappuccino passé midi vous fera définitivement passer pour un touriste.

Les Japonais dînent vers 21h. Avant de manger on vous servira une serviette chaude pour vous laver les mains. Faites du bruit en mangeant vos nouilles ou votre soupe. Plus vous en faites, mieux c’est ! Cela montre que vous appréciez la nourriture du chef. Vous pouvez également boire directement au bol, les cuillères étant de toute manière rarement proposées. A table, les baguettes sont la règle et vous devez vous exercer à les manier. Ne les croisez ou ne les plantez jamais à la verticale dans un bol de riz (qui réfère à la manière dont est présentée la nourriture aux morts dans les cérémonies funéraires bouddhistes et on dit que cela porte malheur).

Que vous soyez invité au Maroc ou en Tunisie, évitez d’apporter du vin, à moins que vous ne soyez certain que votre hôte boit de l’alcool. Apporter un met sucré de votre pays est une valeur sûre. Vous serez peut-être amené à manger avec les mains : servez-vous de la main droite et félicitez vos hôtes pour la qualité du repas. Si une personne vous offre un thé ou si elle vous invite à venir rompre le jeûne chez elle, acceptez. Si le sel et le poivre ne sont pas sur la table, évitez de les demander. Pas d’inquiétudes si vous buvez votre thé bruyamment. La cuillère est l’ustensile principal pour manger. Au cours d’un dîner, ne vous mouchez pas en public. Préparez-vous aussi à boire du thé, beaucoup de thé. Le Cay, comme on l’appelle là-bas, est servi à toute heure de la journée lorsque vous êtes invité par un Turc. Et si vous reposez votre tasse vide sur la table, on vous la remplira immédiatement.

Traditionnellement, un repas français, c'est souvent entrée-plat-dessert ou plat-dessert : en tout cas, le salé avant le sucré. Mais n'est-ce pas juste une convention, une habitude culturelle ? J’étais fasciné par l’idée de commencer le repas par le dessert, et cette réflexion nourrit les discussions sur la commensalité et les règles qui régissent les repas dans le monde.

Pour conclure, il est intéressant de noter qu'avec les déplacements des personnes, les habitudes alimentaires se déplacent avec les voyageurs. Ainsi, les personnes qui voyagent emportent avec elles leurs habitudes alimentaires, qu'elles diffusent dans différentes parties du monde. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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