Contrairement au mouvement du 17 novembre, le jaune n'a pas toujours été bien accueilli dans les mouvements sociaux HISTOIRE - La symbolique derrière le gilet jaune n'est pas uniquement celle que vous croyez.
Un historien explique au HuffPost pourquoi cet emblème de la lutte contre la hausse des carburants peut surprendre.
Après la décision du gouvernement d'augmenter les taxes sur les carburants au 1er janvier 2019, des collectifs de citoyens ont pris les devants et entendent mener des opérations de blocage partout en France.
Le mouvement des "gilets jaunes", comme il se surnomme, a de quoi interpeller.
Sa signification renvoie à l'utilisation controversée de la couleur jaune dans les luttes sociales, comme le montre la vidéo en tête d'article.
"Le jaune n'a pas bonne réputation dans l'histoire des mouvements sociaux, analyse Michel Pigenet, professeur à l'Université Panthéon-Sorbonne et spécialiste des mouvements sociaux.
Il renvoie à une appellation péjorative -les jaunes- utilisée pour qualifier ceux qui refusaient de faire grève, voire la combattaient."
Le jaune, un symbole "anti-syndical"
Pour comprendre la controverse liée à cette couleur, il faut remonter à l'année 1899.
La ville-usine du Creusot est alors frappée par les grèves.
Les ouvriers des usines Schneider, spécialisées dans la production d'acier, réclament le droit de se syndiquer.
Face à la colère grandissante, les patrons sont contraints d'accepter la requête, mais proposent à leurs employés une alternative aux syndicats revendicatif et soutiennent la création de mouvements opposés à la grève.
Le "Syndicat des corporations ouvrières du Creusot et de ses dépendances" voit le jour en octobre 1899.
Des affrontements éclatent entre les syndicats socialistes (les "rouges") et ceux hostiles aux grévistes.
"Pour remplacer les vitres cassées on met du papier et du carton jaune dans les locaux des syndicats patronaux, explique au HuffPost Michel Pigenet.
À cet instant, le surnom de "jaunes" est donné."
Depuis cet évènement, la symbolique demeure intacte dans le monde syndical.
Être traité de "jaune" est considéré comme une insulte.
Celle-ci est adressée aux syndicats qui décident d'opter pour les négociations avec le patronat plutôt que pour la grève.
Au-delà de cette symbolique, le port du gilet jaune a quant à lui une tout autre signification.
Ce dernier peut incarner un outil de travail.
En 2016, les Dockers du Havre ont bien revêtu leur gilet jaune pour réclamer le retrait de la loi El Khomri.
La symbolique se rapportait davantage à leur tenue de travail qu'à l'histoire de la couleur jaune.
Constat identique pour le mouvement populaire de 2018.
"Se rassembler autour d'un gilet jaune est tactiquement efficace, ajoute le professeur d'Histoire Michel Pigenet.
Cet objet est visible et tous les automobilistes l'ont.
Le jaune péjoratif anti-syndical et anti-gréviste n'a pas ici été pensé par les organisateurs, il s'agit d'un simple concours de circonstances."
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Qu’est-ce que le mouvement des Gilets jaunes ?
Les Gilets jaunes sont un mouvement contestataire spontané et acéphale qui s’est lancé en novembre 2018, en premier lieu sur les réseaux sociaux.
Ce mouvement est devenu un symbole de contestation sociale.
Né d’une opposition à la hausse des taxes sur les carburants, le mouvement des Gilets jaunes incarne des revendications variées autour du pouvoir d’achat, des inégalités sociales et des pratiques politiques.
Les origines du mouvement des Gilets jaunes
L’élément déclencheur initial du mouvement des Gilets jaunes repose sur la croissance de la taxe carbone planifiée par le gouvernement, qui a eu pour effet de faire augmenter le prix des carburants.
Pour les Gilets jaunes, cette hausse est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la fiscalité.
Rapidement, ce sont des états généraux de la fiscalité qui ont été demandés par les manifestants avant de tourner à un mouvement directement orienté contre le Président de la République Emmanuel Macron.
Le symbole de rassemblement du mouvement des Gilets jaunes vient du gilet jaune porté par les automobilistes pour être visibles sur la route dans la nuit.
À travers ce vêtement rassembleur, il s’inscrit par-là dans la continuité de nombreux mouvements de contestation : bonnets rouges contre l’écotaxe, Women’s March contre Donald Trump (bonnets roses avec des oreilles de chats), tentatives de révolution en jean en Biélorussie et des parapluies à Hong-Kong…
En revanche, à la différence de ces autres mouvements, celui des Gilets jaunes se caractérise par son côté hétéroclite.
Cela a pour conséquence la difficulté à le structurer et l'agrégation de groupuscules violents qui font parfois dégénérer les rassemblements.
Les revendications des Gilets jaunes
Le 30 novembre, les Gilets jaunes ont publié un communiqué d’une quarantaine de revendications, présentées comme non-exhaustives.
Elles se rapportent principalement à la fiscalité, au pouvoir d’achat, aux retraites, à une refonte de la vie institutionnelle, ainsi qu’à l’Europe ou encore aux services publics.
À l’égard du pouvoir politique, les demandes sont variées, allant parfois d’une demande de dissolution de l’Assemblée nationale jusqu’à la destitution du Président de la République.
Les impacts sociaux et politiques des Gilets jaunes
Le mouvement des Gilets jaunes a eu des répercussions sur la société française.
Le mouvement des Gilets jaunes - du nom des gilets de haute visibilité de couleur jaune portés par les manifestants - est un mouvement de protestation non structuré et apparu en France en novembre 2018.
À partir du 17 novembre 2018, la contestation s'organise autour de blocages de routes et ronds-points et de manifestations tous les samedis.
Ces protestations mobilisent surtout les habitants des zones rurales et périurbaines, mais s'organisent également dans des métropoles, où se produisent plusieurs épisodes violents, notamment sur l'avenue des Champs-Élysées ou à proximité.
Lors des rassemblements, le plus souvent non déclarés, plusieurs milliers de personnes sont blessées, aussi bien du côté des manifestants que des effectifs de police.
Face à l'ampleur de ce mouvement, le gouvernement renonce à la hausse de la TICPE.
Emmanuel Macron annonce ensuite des mesures, entérinées par la loi portant mesures d'urgence économiques et sociales, puis lance un « grand débat national », à l'issue duquel il annonce notamment une baisse d'impôts pour les classes moyennes et la réindexation des petites retraites.
Le 16 mars 2019, une manifestation particulièrement violente précède l'essoufflement du mouvement et les confinements liés à la pandémie de Covid-19 en 2020 et 2021 le mettent à l'arrêt.
Ce mouvement s'inscrit dans une vague de mouvements sociaux à l'échelle mondiale qui commence à la fin de 2018, en réaction à « des régimes politiques vieillissants et à la montée des inégalités » selon Les Décodeurs du Monde.
Depuis 1990, l'évolution des prix à la pompe en France a fortement augmenté, de façon non linéaire, principalement en raison du cours du pétrole.
Selon le journal Les Échos, « la courbe de l'évolution des prix depuis 1990, date du début de la commercialisation du sans-plomb, montre une nette progression des prix à la pompe : ceux du gazole ont grimpé de près de 300 % et ceux de l'essence de 200 % », soit « une hausse bien supérieure à l'inflation enregistrée par l'Insee sur la même période, qui est d'environ 40 % ».
Au cours des années 2010, le prix du pétrole brut connaît des années difficiles (2010-2014), bénéficie d'une accalmie avant de repartir à la hausse à la fin de la décennie, dans un contexte tendu par la situation géopolitique au Venezuela, en Libye ou encore en Iran, sous la coupe de nouvelles sanctions américaines.
Si le mouvement éclate en novembre 2018 en dénonçant la flambée des prix du carburant, les premières manifestations coïncident avec une nouvelle chute du cours du pétrole.
Radio France internationale relève alors que « les références européenne et américaine de l'or noir ont perdu un tiers de leur valeur en moins de deux mois, pour atterrir à leur plus bas depuis octobre 2017 ».
Selon Les Échos, « les prix affichés à la pompe ont continué à baisser ces derniers jours, le gazole retrouvant […] son niveau d'il y a trois mois et l'essence celui d'il y a huit mois ».
Cette hausse importante des prix des hydrocarbures est d'autant plus sensible que l'étalement urbain, qui se développe à partir des années 1970, fait de l'automobile un mode de transport quasi incontournable pour les personnes habitant en zone périurbaine.
Mais ce sont les ruralaux qui vont manifester le plus fortement leur mécontentement, la voiture étant un objet indispensable pour se rendre sur son lieu de travail et avoir une vie sociale dans des territoires où les classes populaires - hommes ouvriers et femmes précarisées, souvent à temps partiel - sont sur-représentées.
Alors qu'en 2017, le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, n'avait pas eu de difficultés à faire voter les hausses de la fiscalité énergétique, le débat parlementaire est beaucoup plus vif en 2018, La Tribune indiquant que « l'incompréhension d'une partie des citoyens provoque une véritable fronde qui se cristallise sur le prix des carburants ».
D'autres médias soulignent que le « ras-le-bol fiscal » est plus global que la simple question du prix des carburants.
Pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, « le mouvement des Gilets jaunes est la cristallisation d'un mécontentement massif des Français sur le pouvoir d'achat, dont le révélateur est le carburant ».
Olivier Passet, directeur de la recherche de Xerfi, évoque une « baisse du consentement à payer l'impôt », « qui renvoie nécessairement à l'idée que les Français ont le sentiment de ne pas en avoir pour leur argent », et considère que « la crise de l'impôt serait donc indirectement une crise de l'affectation de l'impôt donc de la dépense ».
Le poids des prélèvements obligatoires a crû de manière quasi continue depuis la crise de 2008 pour passer de 41 % du PIB en 2009 à plus de 45 % en 2017.
Selon le cabinet EY, le gouvernement a mis en place huit impôts et taxes supplémentaires entre le début de la présidence d'Emmanuel Macron et la fin de l'année 2018.
De façon plus ponctuelle, la forte médiatisation de l'arrestation du chef d'entreprise Carlos Ghosn pour raisons fiscales au Japon, au tout du début du mouvement, a pu renforcer un sentiment d'iniquité.
Une enquête publiée en novembre 2017 par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie met en avant un sentiment d'abandon par les pouvoirs publics de certaines franges de la population.
Trois personnes sur dix estiment vivre dans un territoire délaissé, un sentiment d’abandon qui est à la fois géographique et social.
Les problèmes liés à l'emploi, aux transports et à l'accès aux soins sont centraux.
Les universitaires Zakaria Bendali et Aldo Rubert relèvent que selon le géographe Aurélien Delpirou, le discours sur l’existence d’une France « à deux vitesses » résultant de politiques publiques privilégant les métropoles au détriment du « désert français » a provoqué des politiques publiques dichotomiques focalisées tantôt sur les centres urbains et tantôt sur les espaces ruraux.
Le géographe rappelle que la « relégation » de ces territoires entraînée par l’étalement urbain a longtemps fait l’objet de politiques publiques conscientes et assumées, à travers la « décentralisation de l’urbanisme » et « la multiplication des dispositifs d’accès à la propriété privée ».
Le géographe Patrick Poncet publie en février 2019 une tribune intitulée « Les « gilets jaunes » sont nos subprimes » dans laquelle il propose une interprétation du mouvement par analogie avec la crise des subprimes.
Selon cette prospective, Poncet considère qu'on a prêté de la distance à ces habitants périurbains, en les autorisant à quitter la ville pour vivre une vie plus agréable, mais en grande partie à leurs frais, tout en subventionnant à l’excès cette prise de distance, par un gazole peu cher et des maisons à 100 000 euros.
La fronde contre la limitation de vitesse sur les routes secondaires à 80 km/h est analysée par certains comme un précurseur du mouvement des Gilets jaunes après le démarrage de celui-ci.
Pour l'analyste Jérôme Fourquet, s'ajoute également la hausse importante du prix du tabac pénalisant le pouvoir d'achat des catégories populaires.
À partir de la fin des années 2000, le taux d'abstention aux élections augmente de façon continue pour atteindre des niveaux record sous la Ve République.
L'étude annuelle OpinionWay-CEVIPOF publiée pendant le mouvement des Gilets jaunes fait état d'un niveau de défiance historique des Français vis-à-vis des acteurs politiques, des institutions politiques, des syndicats et des médias.
Le président de la République, Emmanuel Macron, élu en 2017, perd rapidement en popularité.
Ses déclarations et les mesures économiques qu'il fait prendre le font paraître éloigné de la plupart des Français (notamment ceux qui habitent en zones rurales).
De leur côté, les syndicats professionnels connaissent une erosion continue de leurs adhérents.
C'est ainsi que, fin 2018, certains Gilets jaunes ont la volonté de « renverser les élites », qu’elles soient politiques ou syndicales.
Certains analystes considèrent que le mouvement se situe dans le prolongement de la « disruption » opérée par Emmanuel Macron dans le champ politique français.
Gérard Noiriel affirme : « Ce sont deux illustrations du nouvel âge de la démocratie dans lequel nous sommes entrés, et que Bernard Manin appelle la « démocratie du public ». De même que les électeurs se prononcent en fonction de l'offre politique du moment - et de moins en moins par fidélité à un parti politique -, de même les mouvements sociaux éclatent aujourd'hui en fonction d'une conjoncture et d'une actualité précises ».
À propos de La République en marche et des Gilets jaunes, Rémi Lefebvre écrit : « [Ils sont] le produit tout autant que les ferments d’une dynamique de désintermédiation de la politique qui n’est pas propre à la France, mais ronge l’ensemble des démocraties occidentales.
Ils portent les intérêts de groupes sociaux qui ne se sentaient plus représentés, invisibilisés ou déniés.
Les médiations traditionnelles sont court-circuitées par des organisations ou des mouvements qui surgissent et les déstabilisent en utilisant les réseaux sociaux, les plateformes et des formes à la fois horizontales et verticales de mobilisation.
Porté par les manifestants, il est également placé par des soutiens du mouvement au-dessus du tableau de bord ou sur la plage arrière de leur véhicule.
Faisant suite à des appels d’anonymes sur les réseaux sociaux, le mouvement se traduit par des blocages d'axes routiers et des manifestations chaque samedi - dénommées « actes » -, où les manifestants font usage de la force, notamment à Paris.
Le mouvement n'est pas structuré à l'image d'un mouvement politique, syndical ou d'une association.
Les trois quarts de ces groupes font référence à un département ou à un ensemble de communes, regroupant sur ces deux échelles plus de 1,5 million de membres.
Ceux-ci réunissent de quelques centaines de membres à 1,8 million pour le Compteur officiel de Gilets jaunes.
Il est recensé environ 138 000 membres dans 203 groupes le 10 novembre, à une semaine du premier samedi de mobilisation ; deux semaines plus tard, après l’« acte II » du mouvement, ils sont plus du triple ; un 204e groupe, le Compteur officiel de Gilets jaunes, est ensuite créé le 27 novembre, atteignant rapidement à lui seul 1,7 million de membres dès le 8 décembre.
Le Compteur officiel et deux autres groupes nationaux, le groupe Gilet jaune et le groupe Fly Rider infos blocage créé par Maxime Nicolle, accaparent dès la fin novembre une part prépondérante de l'activité en ligne.
Plusieurs manifestants sont désignés comme porte-parole par des Gilets jaunes ou sont mis en avant par les médias.
Ils sont en général issus d'horizons différents et dans des situations professionnelles diverses.
Mais l'historien Gérard Noiriel souligne que « le combat des Gilets jaunes a été lancé par des gens qui appartenaient plutôt à la petite bourgeoisie indépendante » mais « aucun salarié d'usine ».
En 2020, Jérôme Fourquet de l'IFOP et Chloé Morin estiment que les figures symboliques telles que Maxime Nicolle, Ingrid Levavasseur et Éric Drouet sont représentatives des métiers pâtissant d'un faible degré de reconnaissance salariale et symbolique, fortement mobilisés lors de la pandémie de Covid-19.
Le 26 novembre 2018, un groupe de huit personnes issues de différentes régions où le mouvement est actif s'autoproclament « porte-parole » afin de servir d'interlocuteur avec le gouvernement.
De nombreux Gilets jaunes s'inquiètent alors du risque de récupération politique et d’un manque de représentativité de ces « porte-paroles ».
Dans Libération, l’universitaire Samuel Depraz explique, à propos du blocage des ronds-points : « Les Gilets jaunes se sont d’abord bloqués eux-mêmes en ralentissant leur propre accès aux centres d’agglomération.
Pourtant, le choix de ces lieux n’est pas dû au hasard : cela permet de bloquer assez efficacement les flux économiques des camions de livraison et ralentit la fluidité des échanges routiers entre métropoles, puisqu’on se positionne exactement à la limite des unités urbaines, aux entrées de ville - la carte du 17 novembre montrait cette surreprésentation spatiale.
Le mouvement commence le 17 novembre (premier « acte »), journée durant laquelle plus de 3 000 sites sont occupés en France selon le ministère de l'Intérieur.
Nuit jaune est un ensemble de manifestations lancé par Thierry-Paul Valette à l’issue du Grand débat national et relayé par Éric Drouet, sur la place de la République à Paris, ayant commencé à la onzième semaine de mobilisation du mouvement des gilets jaunes.
Ces manifestations sociales, sur le modèle de Nuit debout, cherchent à construire une « autre forme du mouvement ».
Ces rassemblements fonctionnent sans leader ni porte-parole.
L'objectif est de reprendre la main sur le Grand débat national lancé par l'exécutif, mais aussi élargir le mouvement pour le maintenir dans la durée.
Le comptage des participants est difficile car les parcours lors des rassemblements des samedis ne sont pas connus à l'avance et les manifestants ne font pas tous le même.
Chaque samedi, le ministère de l’Intérieur publie des chiffres du nombre de manifestants qu’il révise parfois par la suite.

France Police - Policiers en colère, un syndicat policier minoritaire proche de l'extrêm...
C'est le jaune de la discorde.
Dans nombre de foyers, les gilets fluorescents se sont invités au dîner de Noël, entre la dinde et le fromage.
En ces fêtes de fin d'année, leur ombre risque de planer encore sur les débats familiaux.
La colère qu'ils expriment est-elle légitime ? Sont-ils comptables des dérives antisémites de certains porteurs de l'habits sans manches ? Sont-ils responsables des casseurs qui ont saccagé tant de vitrines, un peu partout dans le pays ?
Ils ont leurs soutiens, leurs détracteurs, ceux qui les comprennent « mais en même temps » contestent leurs modes d'action...
Reste qu'en moins de trois mois, ils sont devenus des acteurs à part entière de la vie politique.
Un mouvement aux contours troubles, certes.
Un objet politique non identifié, sans doute.
« Et le meilleur coup de communication de l'année », reconnaît un proche d'Emmanuel Macron.
Qui aurait imaginé que la tenue « moche » rendue populaire par le styliste Karl Lagerfeld lors d'une campagne pour la sécurité routière en 2008 connaîtrait son heure de gloire ?
« L'idée est redoutable, applaudissent une source gouvernementale.
Ils ont une marque : le gilet. Un message : la colère. Et un vecteur de communication : les réseaux sociaux.
»«J'espère que ça fera le tour de la Toile au max»
L'idée n'a pas germé dans le cerveau d'un pur produit de la « start-up nation », mais dans celui d'un automobiliste exaspéré par la hausse des prix du carburant.
Comme lui, mi-octobre, d'autres sont très remontés.
Les initiatives se mettent à fleurir sur les réseaux sociaux.

Ses premiers mots : « J'espère que ça fera le tour de la Toile au max ».
Ghislain Coutard, 36 ans, ne se doute pas de l'écho qu'il va rencontrer.
« On a tous un gilet jaune dans la bagnole. Foutez-le en évidence sur le tableau de bord toute la semaine. Un petit code couleur pour montrer que vous êtes d'accord. »
Depuis, son message a été vu... plus de 5 millions de fois.
Le procédé est très efficace.
Conformément au code de la route, les conducteurs français doivent, depuis 2008, disposer d'un « gilet de haute visibilité » : « Il doit être utilisé en cas d'immobilisation du conducteur ou du véhicule sur la chaussée ou ses abords à la suite d'un arrêt d'urgence. »
Un objet rendu obligatoire par l'État qui se retourne contre lui.
Ironie de l'Histoire, c'est un objet rendu obligatoire par l'Etat qui se retourne contre l'exécutif.
La symbolique de Français à l'arrêt, laissés au bord de la route, fait mouche.
Beaucoup s'identifient, d'autres partagent la colère.
Des gilets fluorescents commencent à apparaître à l'avant des voitures.
17 novembre: cette symbolique du gilet jaune que vous ignorez
Un mouvement est en marche.
Dans ses éditions du 5 novembre, le Parisien-Aujourd'hui-en-France est le premier quotidien national à mettre en Une le bras de fer qui se trame entre le chef de l'Etat et ces Gilets jaunes.
Un peu plus d'un mois plus tard, ils contraindront Emmanuel Macron à infléchir sa politique.
« Ce mouvement ne ressemble à rien de ce que l'on a connu », analyse le sociologue Jean-François Amadieu.
Il n'a ni représentant, ni revendication précise.
Raison pour laquelle il y a autant de nuances de Gilets jaunes que de porteurs de l'habit, même s'ils sont majoritairement en colère contre les réformes libérales du gouvernement.
Cette absence de structure a aussi son revers, avec sa cohorte de dérapages antisémites, racistes ou homophobes.
« Mais le mouvement a la capacité de s'implanter », relève Amadieu.
Il pourrait même être présent sur des listes aux élections européennes en mai prochain.
- Les figures de la protestation sont, en effet, très courtisées par le Rassemblement national ou la gauche radicale.
- Un communicant applaudit : « Ces 30 dernières années, il y a eu la main de SOS Racisme, la création d'En Marche !, et les Gilets jaunes. Chapeau.
BFM-AutoPublié le 14/12/2018 à 12h24
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Des manifestants vêtus du gilet jaune, le 8 décembre 2018 à Paris.
- ERIC FEFERBERG / AFP
Avant d'être le vêtement porté par les manifestants à travers toute la France, il a surtout été popularisé par son obligation à bord des voitures depuis 2008.
Retour sur le parcours d'un équipement de sécurité routière transformé en symbole d'opposition et de protestation.
C'est le vêtement incontournable de cette fin d'année 2018, porté ou posé bien visible derrière son pare-brise: le gilet jaune.
Depuis novembre dernier et les premiers rassemblements organisés un peu partout en France, cette veste de sécurité est le dénominateur commun des opposants à la politique d'Emmanuel Macron et de son gouvernement.
Mais quelle est l'histoire derrière la nouvelle tenue de rigueur pour exprimer son mécontentement?
Il y a 10 ans, l'obligation de posséder un gilet jaune.
Le vêtement de haute visibilité est utilisé dans un premier temps par les professionnels, en particulier sur les chantiers, les sites industriels ou encore les travaux publics.
Une norme européenne de 1989 fixe les règles à respecter pour cet équipement de protection individuelle.
Mais le gilet jaune acquiert sa popularité auprès du grand public en 2008.
Cette année-là, il devient obligatoire de disposer d'un exemplaire à bord de son véhicule, en complément du triangle de pré-signalisation.
En cas d'accident, le conducteur doit le revêtir lorsqu'il sort de son véhicule, afin d'être bien visible des autres usagers de la route.
En plus du jaune flashy, le gilet dit "de haute visibilité" s'accompagne de bandes réfléchissantes horizontales.
Emmanuel Macron, avec le député France Insoumise François Ruffin, lors de la visite de l'usine Whirlpool d'Amiens en octobre 2017.
Depuis le 1er octobre 2008, l'absence de cet équipement à bord est passible d'une contravention de quatrième classe (amende forfaitaire de 135 euros, minorée à 90 euros).
Pour sensibiliser le public au respect cette nouvelle mesure, une campagne de communication avait à l'époque marqué les esprits.
Elle mettait en scène le couturier Karl Lagerfeld, accompagné du slogan: "C'est jaune, c'est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie".
Pour la petite histoire, le célèbre couturier allemand n'aurait en réalité jamais porté le fameux gilet, il aurait simplement autorisé l'utilisation de son image, modifiée par un logiciel de retouche.
L'affiche de la campagne mettant en scène Karl Lagerfeld.
C'est également le cas depuis 2011, pour les "usagers de motocyclette et de tricycle de 125 cm3 et plus" qui peuvent aussi adopter "un blouson portant des bandes rétro-réfléchissantes".
Enfin, comme les automobilistes, les conducteurs de deux et trois-roues motorisés doivent depuis 2016 avoir toujours un gilet jaune à disposition pour se signaler en cas de panne ou d'accident.
Un symbole tout trouvé pour une lutte collective
Avec de nombreux ménages équipés du fameux vêtement, pratique et peu coûteux, le gilet jaune devient un symbole idéal pour exprimer son mécontentement.
Surtout chez les automobilistes très remontés contre la mise en place de la taxe carbone et la hausse du prix des carburants, à l'origine du mouvement qui s'est ensuite étendu à d'autres revendications.
Le gilet jaune a déjà servi comme signe de ralliement pour d'autres manifestations par le passé.
En 2014, un article du Parisien se demandait ainsi "Qui sont les gilets jaunes?".
À l'époque, il s'agissait de parents révoltés contre la réforme des rythmes scolaires, menée par le ministre de l'Éducation Vincent Peillon.
La même année, une manifestation de travailleurs frontaliers à Saint-Louis avait également choisi ce vêtement commun.
Des photos de cette marche ont d'ailleurs ressurgi récemment après la manifestation du 17 novembre 2018 pour illustrer la très grande mobilisation.
Mais l'AFP les avait finalement bien identifiées comme plus anciennes.