En 1970, le couturier André Courrèges et son épouse Jacqueline avaient fait scandale en voulant prénommer leur fille Clafoutis. Ce qui avait motivé leur choix ? « Le hasard, répond Jacqueline Courrèges ; je pensais attendre un garçon et je n'avais aucun prénom féminin en tête. C'est l'un de nos neveux, âgé de sept ans, qui nous a suggéré d'appeler cet enfant Clafoutis, et la sonorité nous a séduits. »
Ce choix ne fut pas du goût du procureur de la République, pour qui on ne mélangeait pas cuisine et état civil. Le clafoutis, sujet polémique ? Celui-ci aurait déjà fait trembler l'Académie. En effet, d'après le Larousse gastronomique, « l'Académie française, qui avait défini le mot comme «sorte de flan au fruit», dut céder devant les protestations des Limousins, dont elle adopta la définition : «gâteau aux cerises noires». »
Après enquête, il semble que la victoire des régionaux fut de courte durée. Dans la neuvième et dernière édition du Dictionnaire de l'Académie, les Immortels traitent impitoyablement le clafoutis de flan. Loin d'être déshonorante, la définition est assez juste. Un flan est une crème à base de lait, d'oeufs et de farine, que l'on fait prendre au four, et cet « appareil » est bien celui de ce dessert, clouté ensuite (claufir en ancien français, clafir en dialecte limousin) des fameuses cerises.
Le patronyme de clafoutis est assez récent, il n'est apparu que dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce qui n'empêche pas un certain nombre de becs sucrés de défendre la recette originelle comme une relique intouchable. Selon eux, il n'y a de clafoutis qu'aux cerises, et l'idée qu'on puisse dénoyauter l'objet pour le cuisiner les fait frémir.
Pour Christophe Felder il en va tout autrement. Le chef pâtissier de l'hôtel Crillon ne s'est pas embarrassé de préjugés quand il a publié il y a quelques mois Les clafoutis de Christophe (éditions Minerva, 160 p., 157 F, 23,93 ). Parmi les 80 recettes qu'il propose, non seulement Christophe s'est permis de faire des clafoutis aux cerises dénoyautées, mais, beaucoup plus audacieux, il a mis au point avec Marielle, son épouse, toute une série de clafoutis salés.

Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement pour lire la suite de cet article, réservée aux abonnés. Cet extrait souligne une tension entre héritage culinaire et normes civiles, où une appellation née d'un jeu de sonorité devient sujet de controverse institutionnelle et régionale.
Recette du Vrai Clafoutis qui n’est pas celui que tu imagines 🍒 | L’Histoire dans l’assiette
| Événement | Année | Description |
|---|---|---|
| Nominer sa fille Clafoutis | 1970 | Scandale médiatique et intervention du procureur |
| Définition Académie | Premières éditions | Clafoutis défini comme flan; contestations régionales |
| Révision Dictionnaire | Version moderne | Clafoutis considéré comme gâteau aux cerises noires |
Le débat autour du clafoutis se prolonge dans les pratiques culinaires: certains défenseurs estiment que le dénoyautage n’altère pas l’essence du dessert, tandis que d’autres insistent sur l’authenticité des cerises entières. Christophe Felder et Marielle Felder démontrent une approche plus permissive en intégrant des clafoutis dénoyautés et des versions salées, élargissant ainsi les horizons de cette préparation. Ce glissement reflète une dynamique plus large entre tradition et modernité dans la cuisine française.