Guillaume Fédou et Jean: biographie d’un « surfer social » né à Albi et voix singulière de la chanson contemporaine

APOCALYPSE SURFER. Né à 19h45 en access prime-time à Albi, le « surfer social » (ainsi qu’il se définit) Guillaume Fédou prépare un nouvel album, plus dark et moins scout romantique aux vrais airs innocents. Il troque la chemise fleurie, le pass VIP autour du cou pour un habit monochrome et durable. Seul son vieux synthétiseur survit au cap, du - véritable - autre monde (dirait le messie). Pour célébrer la non-fin du monde, et son dernier clip vidéo L’Apocalypse (réalisé par Xavier Magot, sur une musique de Benjamin Cohen & Aysam Rahmania et bien sûr lui-même, ndlr), Saywho a intercepté l’électron aux influences divines pour parler le coup - après Noël, après sa dernière rencontre mondaine avec Ardisson.

Inscrivons pour de bon ses origines patoises dans la postérité, il le mérite. Ton premier flirt t’aurait offert un joujou dont tu ne te sépares plus: un Yamaha PSS 570. Le clavier de tous les possibles, ma prothèse romantique, mon bras armé contre tous les Syndicats du Crime Non-Passionnel… J’ai déjà beaucoup parlé de cet objet, qui m’a été offert par le père de mon « premier flirt », à Noël, et je ne le remercierais jamais assez. Il est décédé récemment et c’était un deuxième père pour moi. Le clavier était à sa fille, la première à qui j’ai fait un smack, à 11 ans… Et qui est comme une sœur. Ce clavier a donc une charge émotionnelle énorme pour moi. Je sais que ça fait moins chic qu’une guitare sèche pour démarrer, mais ce synthé est ma vie, et d’ailleurs je le possède en double - un ami me l’a retrouvé sur eBay. Je cherche encore à vrai dire.

Sur l’album d’avant c’était de la cutty french pop dans le genre de La Fossette de Dominique A, en beaucoup moins bien évidemment puisque A est un maître ; et maintenant c’est vraiment de la chanson west coast, entre french touch et chanson réaliste (LOL). J’essaie juste de prendre les meilleurs comme j’ai toujours fait et de faire une chanson nouvelle. Il y a une différence entre la chanson et la musique. Aucun chanteur français ne fera jamais ce qu’a fait Bowie ou Mac Cartney. Ce n’est pas une injure, simplement c’est différent. Ce n’est que ça. L’histoire de la pop n’est faite que de rencontres. Lennon et Mac Cartney sur le golf de Liverpool, Jagger et Richards dans une station de métro, Bowie et Mick Ronson, Bowie et Visconti, Bowie et Nile Rodgers, et maintenant les Daft Punk avec le génie de Chic… C’est un long ruban adhésif toute cette histoire.

En France on a plutôt l’habitude de voir des solitaires, Brel Ferré Brassens Gainsbourg Ferrer Polnareff Christophe Dutronc Johny Eddy Antoine Florent Marchet Arnaud Fleurent-Didier et tous les autres… C’est tellement pas un pays de groupes, la France. Dès qu’un groupe marche, comme Noir Désir Téléphone ou même la Mano ça finit dans le mur ! Deux ans après “Action ou vérité”, tu prépares un nouvel album dont un extrait vidéo est déjà disponible, “L’Apocalypse”.

« C’est gentil pour tout le monde ! » Je ne sais pas trop quoi dire suite à de telles comparaisons, c’est un peu impressionnant… Mais sur Daho on aura toujours quelque chose à trouver, il a tellement épousé son époque, je veux dire les swinging 80’s, que je n’oublierai jamais la Dahomania et toutes les rumeurs à la con qui ont suivi, son exil à Londres, son retour avec Saint-Etienne (le groupe hein, pas le club de foot) … On peut parler des heures de Daho. Son nom est déjà tellement agréable à dire… Quant à Mockasin c’est surtout le mix d’Alan Braxe qui a amené ça dans les refrains. Au début ça nous a fait bizarre avec Aysam et Benjamin mais ça renforce la dimension onirique du morceau.

J’ai rencontré Xavier Magot dans un milk bar de Bordeaux en 1988. Il venait de se faire larguer par la nana la plus en vue du lycée et terrorisait tout le monde. C’était le Joe Strummer de la bourgeoisie bordelaise. Un héros personnel si tu préfères ! Il a bossé justement sur la tournée de Charlotte Gainsbourg et Connan Mockasin, pour lesquels il a signé la lumière - après avoir créé les vidéos scéniques de SebastiAn. Le clip de L’Apocalypse est super beau, assez Dario Argento, comme une relecture gothisante du spleen minable qui nous submerge en permanence. Si t’enlèves ma tronche le clip est parfait ! Et il y a cette actrice évidemment, Julia Nefedova, que l’on surnomme « Fédou » à Moscou.

Alors premièrement, le cataclysme est en cours. C’est une reconfiguration, certes, mais une reconfiguration douloureuse. Nos âmes sont fermées pour travaux. On virtualise à tout va, et en même temps de vraies choses éclosent… L’époque est très dérangeante. Mais on en reparlera pour mon deuxième single, La Vie normale. Le meilleur morceau que j’aie jamais écrit, chanté et composé. Les arrangements tuent aussi. Ce serait de finir dans la queue de la Trésorerie Principale de Paris-Belleville avec dix kilos d’amendes dans le pantalon. Ou au Pôle Emploi du Bas-Montmartre avec 30 chômeurs du quartier devant moi… Ou dans une préfourrière pour deux-roues en lointaine banlieue… Ou dans le frigo de Cauet… Sa fin du monde à lui en est vraiment une !

Tu chantes, et tu écris. Ton phrasé est espiègle, et élastique. Espiègle et élastique… Well ! C’est seulement que j’ai envie de m’amuser à travers le langage. Il faut que les mots sonnent sinon ils ne servent à rien. Autant se parler Anglais à ce prix-là. La force de la langue française est qu’elle s’est débarrassée ex ante de tout utilitarisme… Enfin je parle pas de l’Anglais de Shakespeare ou Bowie mais plutôt de l’airport english que tout le monde croit maîtriser. Mais tu peux mettre tout Hunky Dory (album de Bowie de 1971, ndlr) dans Google trad t’auras toujours rien pigé ! Il faut se méfier des british. Même Love me do des Beatles est à double, voire triple sens. Mais pour la bonne bouche française, je prends Paul Valéry pour « Narcisse parle », Aragon pour le « Crève-cœur » et Daniel Pennac pour « la Fée carabine ».

Yves Mourousi, sur lequel j’écris une biographie non-télévisée. Cet homme a révolutionné l’information, il était un catalyseur de son temps, de tout son temps, du Concorde à Béjart, d’Iggy Pop à Giscard, de Mitterrand à Mitterrand (qui lui doit totalement sa réélection de 1988) … Un être complexe, à la fois raffiné et d’une énergie brutale limite sarkozienne, mais sans jamais juger personne, en gardant jusqu’au bout son regard de petit garçon surgi dans l’après-guerre. J’ai rencontré Ardisson récemment pour évoquer son souvenir et il m’a confirmé qu’Yves avait bien dynamité avant lui les codes télévisuels français. Donc je le recevrais lui mais sans sa bande de motards et de politiciens. J’inviterais aussi Edouard Baer pour qu’il récite encore une fois le discours du transfert au Panthéon des cendres de Jean Moulin par André Malraux qu’il connaît par cœur.

Propos recueillis par Alexandra S. Guillaume Fédou est un auteur compositeur et interprète originaire de Bordeaux. Marqué par les textes de Thiéfaine, Higelin et Noir Désir, Guillaume Fédou fait ses armes au lycée en montant un premier groupe, Stan of the Flashers, en hommage au film de Serge Gainsbourg. Arrivé à Paris, il se lance dans la vie associative et crée le label de musique Pop Earth, par l’intermédiaire duquel il fait la connaissance du chanteur et musicien Arnaud Fleurent-Didier. Après « Garçon moderne » et « Ce job est pour moi » en 2003, il se fait connaître avec l’album « Action ou Vérité » (2010), produit par Junesex. A l’aide d’un vieux Yamaha vintage, Guillaume Fédou raconte - au travers de comptines électro-minimalistes - sa sensation d'être né à une mauvaise époque.

Guillaume Fédou est un auteur compositeur et interprète né à Albi et qui a rapidement fait de Bordeaux son antre. Marqué par les textes de Thiéfaine, Higelin et Noir Désir, Guillaume Fédou fait ses armes au lycée en montant un premier groupe, Stan of the Flashers, en hommage au film de Serge Gainsbourg. Arrivé à Paris, il se lance dans la vie associative et crée le label de musique Pop Earth. Après « Garçon moderne » et « Ce job est pour moi » en 2003, il se fait connaître avec l’album « Action ou Vérité » (2010), produit par Junesex. IciÉmissions culturellesVidéo13 min 2 sFrançaisTous publicsDisponible jusqu'au 26/05/2027Guillaume Fédou-Bordeaux Ce garçon moderne est aussi nostalgique, et avec sa pop intelligente il nous emporte dans les années de son adolescence, celles où l'on jouait du synthé et où l'on écoutait des cassettes. 1/ S'agit-il de l'Open Bar de feu le "Nautilus" ou celui des "Bains", où le bordelais était parti s'encanailler quelques années avant de revenir à la terre mère et rebrancher son synthé? 2/ Rédacteur en chef, réalisateur, romancier, les casquettes de ce garçon moderne sont multiples! 3/ A une époque, aucune playlist ne pouvait se terminer sans un titre de Téléphone, avec Guillaume Fedou, c'est NoaPop qui ne peut se terminer sans "Un autre monde".

  1. Définir le parcours initial: naissance à Albi, premier groupe au lycée et passage à Paris.
  2. Évolution musicale: de la cutty french pop à une esthétique west coast mêlant french touch et chanson réaliste.
  3. Collaborations et influences: Ardisson, Xavier Magot, Arnaud Fleurent-Didier, Dominique A, Bowie, Daft Punk, Chic.
  4. Processus créatif: l’importance des objets (Yamaha PSS 570) et du langage dans l’écriture.
  5. Projet actuel et clips: L’Apocalypse, métaphore du monde en reconfiguration, et perspectives sur La Vie normale.
Infographie chronologique de la carrière de Guillaume Fédou et des collaborations clés

Parcours et influences artistiques

Proposé comme figure du « surfer social », Guillaume Fédou se définit dans les interviews comme un artiste travaillant à l’intersection de la pop, du romantisme et d’un minimalisme électronique. Ses débuts, marqués par Stan of the Flashers et le label Pop Earth, l’ont conduit à Paris où il croise Arnaud Fleurent-DDidier et alimente une discographie narrative et poétique. Son œuvre passée, notamment Action ou Vérité (2010), est décrite comme une porte d’entrée vers une sensibilité nostalgique et synthétique.

Une esthétique musicale en continuité

La voix et les arrangements de Fédou cherchent toujours à capter une atmosphère, à traduire un temps révolu tout en restant ancré dans une modernité électro-minimaliste. Le clip L’Apocalypse, pensé comme une relecture gothisante, illustre cette tension entre passé et présent, entre réalité et monde intérieur.

Des rencontres qui font l’histoire

Les références croisées - Bowie, les Beatles, Valéry, Aragon, Pennac - servent de jalons pour comprendre l’orientation linguistique et thématique de l’artiste. Cette visée littéraire se retrouve dans le choix des figures historiques et culturelles évoquées, et dans la tentative de dépasser les clichés de la chanson française par une approche plus universelle et symbolique.

La création et l’identité de l’album en devenir

Le projet discographique évoque une mutation: un album « plus dark et moins scout romantique », où le synthétiseur et le timbre vocal prennent le pas sur les textures plus légères du passé. L’artiste poursuit une quête personnelle autour des objets qui l’ont marqué et des rencontres qui ont façonné son univers.

Éléments biographiques et significatifs

Guillaume Fédou est bien connu pour son attache à Bordeaux et sa résistance à s’inscrire dans les clichés d’un pays de groupes. Cette posture se reflète dans sa biographie non seulement comme récit personnel mais aussi comme positionnement culturel face à l’histoire de la musique populaire française.

HEARTS OF DARKNESS - Bande-annonce officielle restaurée en 4K - Réalisé par Eleanor Coppola

En marge des aspects musicaux, l’artiste propose une réflexion sur le langage et son pouvoir, préférant parfois l’anglais pour libérer la musicalité des mots, tout en valorisant la richesse expressive du français par la référence à des auteurs et des poètes. Le parcours de Fédou est ainsi aussi une réflexion sur la langue et sa capacité à porter des visions personnelles et collectives.

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