Géo Fourrier, gravure, voyages et faïence : histoire et contexte

Georges Nicolas « Géo » Fourrier (1898-1966) est un artiste touche-à-tout dont l’œuvre recense gravures, peintures, illustrations, céramiques et cartes postales. Sa production, marquée par une pluralité de techniques plastiques et une double influence - la Bretagne et les arts japonais - mérite une attention renouvelée.

Parcours biographique et formation

Géo Fourrier, de son vrai nom Georges Nicolas Fourrier, naît à Lyon en 1898. Alité à cause d’une pneumonie entre 1914 et 1917, il se passionne pour les arts, et particulièrement les arts japonais qui auront une grande influence sur la production artistique bretonne qu’il laissera aux générations futures. C’est en 1913, vers l’âge de 15 ans, que Geo Fourrier découvre l’art japonais, alors qu’il se retrouve immobilisé par une pleurésie. À travers ses lectures, il est séduit par cette culture lointaine et commence alors à dessiner des œuvres exposées au musée Guimet avant de poursuivre sa formation à l’école des arts décoratifs.

Il se forme à la gravure sur bois auprès du japonais Urishibara et de Prosper-Alphonse Isaac avant d’entrer à l’École Nationale des Arts Décoratifs de Paris, en 1921. De cette expérience universitaire naissent des amitiés avec des artistes tels que Mathurin Méheut et Jean-Julien Lemordant, le folkloriste Anatole Le Braz, le poète et romancier Charles Le Goffic ou encore l’écrivain et officier de marine Pierre Loti.

Influences japonaises et signature esthétique

Fortement influencé par les arts japonais découverts durant sa maladie, il va faire de la Bretagne un champ d’expérimentation où il croise regard ethnologue et esthétique japonaise sans pour autant faire perdre à ces œuvres l’authenticité de leur caractère breton. Passionné des méthodes de gravures ancestrales japonaises, Géo Fourrier souhaitait conserver cette authenticité du ukiyo-e (estampe japonaise) en l’adaptant au paysage breton. Grâce à son amitié avec Prosper-Alphonse Isaac, Géo Fourrier entretient des relations avec des ateliers de gravure au Japon. Il enverra des gouaches à l’atelier de Takamizawa Mokuhansha à Tokyo pour qu’elles soient gravées sur bois directement au Japon.

Pour la série des Costumes de fêtes, il souhaite réaliser un fond mica, une manière de travailler l’estampe connue des Japonais seuls. Cet amour pour le pays du soleil levant poussera Géo Fourrier à adopter pour signature un monogramme où ses initiales G et F entremêlées évoquent un kanji, type de caractère japonais.

Voyages en Afrique et regard ethnographique

Il voyage en Afrique et se passionne pour les paysages et portraits des habitants. Entre 1927 et 1931, il parcourt entre autres Maroc, Tchad et Congo dont il ramène des dessins, croquis et études colorés par centaines qu’il transforme ensuite en gravures, cartes, céramiques, pastels et illustrations. De ce périple en Afrique il ramène des croquis qui serviront d’illustrations au livre Les hommes nouveaux de Claude Farrère.

En 1929, lauréat du prix Bernheim de la Société coloniale des artistes français pour l’ensemble de son œuvre marocaine et second prix de l’Afrique équatoriale française, il est récompensé d’un second voyage Afrique centrale, notamment en Oubangui Chari et au Tchad. Grand observateur, il réalise des photographies, conscient de cette richesse qui l’entoure et qui risque la disparition sans structures destinées à leur conservation. Au-delà d’une simple recherche exotique, l’artiste se présente comme ethnologue et africaniste, une démarche qu’il appuie de ses photographies, croquis, pastels et céramiques.

Installation en Bretagne et thèmes récurrents

Bien qu’il soit né à Lyon et ait grandi à Paris, la Bretagne devient sa région d’adoption dès sa découverte de Pont-Aven et du pays bigouden en 1919. Loin d’être sa terre natale, la Bretagne devient cependant son havre de paix et sa principale source d’inspiration. En attestent l’ensemble des œuvres qu’il réalisera entre 1929 et jusqu’à sa mort, en 1966. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1966, il passera la plupart de son temps entre Penmarc’h et Quimper.

Un des motifs qui le fascinent particulièrement : le rôle et la figure féminine dans la société bigoudène. Son œuvre présente un grand nombre de croquis, cartes postales, dessins de femmes aux traits marqués. L’exactitude brutale accusant le caractère de ces visages est une des principales caractéristiques de son trait. Les femmes qu’il représente sont tantôt dans des costumes de fêtes, au travail ou inscrites dans le paysage traditionnel bigouden.

Activités éditoriales et production de cartes postales

Sa carrière est ensuite marquée par la production de cartes postales pour les Établissements Artistiques Parisiens. Une première série de cartes postales est éditée par Les Établissements Artistiques Parisiens, entre 1933 et 1940. Une deuxième est éditée après-guerre aux éditions La Civette, à Quimper. En 1950, il lance sa propre maison d’édition, les Éditions d’Art Georges Géo-Fourrier, ce qui lui permet de publier de nouvelles séries de cartes postales telles que : trois séries Visages bretons, une série Pays Breton, une série Visages paysans regroupant des costumes de diverses régions dont la Bretagne.

Entre 1950 et 1960, il créé de nombreuses pièces en céramique pour la maison HB et Henriot à Quimper ainsi que des publicités pour les cartonnages Autrou de Quimper. Une manière de subvenir à ses besoins, là où sa pratique artistique faillait à lui rapporter suffisamment de quoi vivre. Il s’amuse à illustrer lui‑même des livres, et crée des couvertures où l’on retrouve des motifs de masques de théâtre No ou de kimonos.

Relations avec la faïence de Quimper et mémoire locale

Geo-Fourrier (1898-1966) était un artiste touche-à-tout qui avait une prédilection pour la faïence de Quimper (Finistère). Bernard Jules Verlingue, conservateur du musée de la faïence à Quimper, rappelle que tout jeune il est atteint d’une maladie pulmonaire qui le cloue au lit durant trois ans ; durant cette période, il se passionne pour l’art japonais. La bibliothèque Forney nous offre l’occasion de découvrir un artiste qui s’est illustré de façon unique dans les arts décoratifs de par son style graphique et la pluralité des techniques qu’il emploie.

La majorité des œuvres de Géo Fourrier ont été aujourd’hui réparties chez trois collectionneurs, dont André Soubigou qui a acquis il y a 17 ans l’exclusivité des droits de reproduction auprès de la famille. Il a créé les éditions ASIA grâce auxquelles il a largement contribué à la visibilité de cet artiste, par le biais de la publication de livres et le montage de plusieurs expositions en Bretagne. La reconnaissance de Géo Fourrier se fera notamment avec l’exposition au Musée de Pont Aven en 2002 et celle de Pont l’Abbé en 2003. D’autres villes lui accorderont de petites rétrospectives telles que Penmarc’h, Douarnenez, Trégastel, Nantes et au-delà des frontières bretonnes Rambouillet.

Expositions et redécouverte

La bibliothèque Forney à Paris, expose à compter du 22 mars 2022 les œuvres du peintre Nicolas Georges Fourrier. La bibliothèque municipale Forney, le musée de la faïence de Quimper et le musée de Bretagne à Rennes conservent des pièces qui permettent de reconstituer son univers et son travail si particulier. La bibliothèque Forney nous offre l’occasion de découvrir un artiste qui s’est illustré de façon unique dans les arts décoratifs de par son style graphique et la pluralité des techniques qu’il emploie.

Portrait de Géo Fourrier et gravures sur bois

Œuvres majeures et exemples iconographiques

Il s’agit d’une œuvre plurielle : Géo Fourrier exécute 14 gouaches devant illustrer un ouvrage Les Bigoudens, jamais édité de son vivant. Cependant, il utilisera ces 14 œuvres comme sources d’inspirations dans lesquelles il reviendra sans cesse puiser. C’est à cette période qu’il exécute 14 gouaches devant illustrer un ouvrage Les Bigoudens, jamais édité de son vivant.

Géo Fourrier, Brûleur de goémon à Notre-Dame de la Joie, gravure sur bois, 1935, illustre la finesse de son travail gravé. Le rendu final de ces œuvres est d’une très grande finesse et élégance, et rappelle ce que l’artiste aimait à rappeler de son vivant, à propos du dessin : « Rien que l’essentiel, supprimer tout ce qui n’est pas indispensable. »

Paysages bigoudens et femmes en costumes traditionnels

Méthodes et techniques

Grand observateur, il réalise des photographies, conscient de cette richesse qui l’entoure et qui risque la disparition sans structures destinées à leur conservation. Lors de son voyage au Tchad, la photo devient pour lui un support privilégié. Il se découvre un intérêt pour le travail des hommes et souhaite immortaliser des scènes de labeur. Cette démarche scientifique d’ethnographe influencera sa manière de travailler et sera perceptible dans toute son œuvre bretonne.

Il envoie des gouaches à l’atelier de Takamizawa Mokuhansha à Tokyo pour qu’elles soient gravées sur bois directement au Japon. Pour cette dernière, il souhaite réaliser un fond mica (minéral friable, caractérisé par une structure feuilletée, son éclat métallique et donnant forme à des paillettes), une manière de travailler l’estampe connu des japonais seuls. Le rendu final de ces œuvres est d’une très grande finesse et élégance.

Vie quotidienne, images et témoignages

Sa fille adoptive, Éliane, témoignait à ce propos : « Papa avait fait construire une remorque, sorte de roulotte où il était à la fois possible de faire du camping, comme dans une caravane, et dans la journée, de vendre des souvenirs en ouvrant l’un des côtés : l’auvent vers le dessus afin de se protéger de la pluie ou du soleil, et vers le bas, un second panneau où était disposé un éventaire disparate offert à la vente. […] Des napperons brodés, des poupées bretonnes, et bien sûr des cartes postales (celles de Jos Le Doaré et les nôtres). C’était au pied du phare d’Eckmühl. »

Réception critique et place dans l’histoire de l’art

Bien connu des salons à ses débuts, Géo Fourrier va tomber peu à peu dans l’oubli. Loin de ses mentors Auguste Matisse, Claude Farrère et Charles Le Goffic, la mémoire volatile des amateurs d’art parisiens va le reléguer au second plan jusqu’à la fin de sa vie. Il décède à Quimper en 1966 en laissant derrière lui une œuvre méconnue du public.

La bibliothèque Forney, le musée de la faïence de Quimper et le musée de Bretagne à Rennes conservent aujourd’hui des éléments indispensables à la redécouverte de son travail. La majorité des œuvres de Géo Fourrier ont été aujourd’hui réparties chez trois collectionneurs, dont André Soubigou qui a acquis il y a 17 ans l’exclusivité des droits de reproduction auprès de la famille. Grâce aux éditions ASIA et à plusieurs expositions en Bretagne, la visibilité de l’artiste a été renforcée.

Tableau récapitulatif : étapes et réalisations

AnnéesÉvénements / Réalisations
1913-1917Découverte de l’art japonais pendant sa maladie, premières œuvres
1921Entrée à l’École Nationale des Arts Décoratifs (Paris)
1927-1931Voyages au Maroc, Tchad, Congo ; productions africaines et prix Bernheim (1929)
1933-1940Cartes postales éditées par Les Établissements Artistiques Parisiens
1950Création des Éditions d’Art Georges Géo-Fourrier ; production de céramiques pour HB et Henriot
1966Décès à Quimper ; postérité et rétrospectives ultérieures

À travers photographies, gravures, gouaches, céramiques et cartes postales, Géo Fourrier a laissé un corpus où se croisent ethnographie, influences japonaises et attachement profond à la Bretagne. Les expositions récentes et les efforts de collectionneurs et d’institutions permettent aujourd’hui de reconsidérer sa place dans l’histoire des arts décoratifs et dans la mémoire artistique bretonne.

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