Église baroque genevoise et patrimoine religieux de Genève

Genève, souvent associée à la diplomatie et aux organisations internationales, cache également un riche patrimoine spirituel et historique. Au détour des ruelles pavées de la vieille ville ou au cœur de quartiers plus modernes, ses monuments religieux racontent une histoire fascinante de foi, de luttes et de réconciliations.

Genève au XIXe siècle: émergence d’une présence catholique et vestiges baroques

Ce XIXe siècle est souvent méconnu à cause de la complexité des événements qui s’y sont déroulés. Ce sera Saint-Germain et le curé de Genève sera l’abbé Jean-François VUARIN, un Savoyard qui aura une grande influence dans l’histoire du catholicisme à Genève. Loin de cesser ses revendications au départ des troupes françaises, cet ecclésiastique agit beaucoup pour sauvegarder la présence catholique en nos murs. Au Congrès de Vienne on négocie le rattachement de Genève à la Suisse. Cela aboutit à la création d’un canton qui devra respecter le culte et les coutumes des catholiques qui dépendront alors de l’Evêché de Chambéry. Mais le Pape Léon XII enlève le nouveau canton au diocèse de Chambéry et le rattache à celui de Lausanne, au grand désespoir du curé VUARIN qui aurait souhaité voir un évêque à Genève; l’abbé meurt en 1843 sans avoir vu son rêve se réaliser.

En 1850, après bien des tractations, l’Etat de Genève, sur proposition d’un de ses conseillers : James FAZY, fait don de terrains pour ériger des lieux de cultes pour les religions minoritaires. De 1851 à 1857, l’abbé Gaspard MERMILLOD, prédicateur de grand talent, part à Paris, à Rome, puis dans toute l’Europe afin de recueillir des fonds pour l’édification de Notre-Dame. L'abbé RINDERKNECHT fait de même dans les pays germanophones d’Europe. Le Pape Pie IX souhaite rencontrer l’abbé Mermillod à plusieurs reprises et le Saint-Père est le premier souscripteur sur la liste des donateurs en faveur de notre église. Il remet 1’000 écus en janvier 1851. Notre abbé est, en cette période troublée, un ultramontain convaincu. L’architecte Alexandre GRIGNY, d’Arras, est chargé de réaliser des plans pour notre église; le bâtiment serait de style néo-gothique. Grigny dessine aussi le mobilier, la chaire et les stalles conçues en plein bois et d’une facture remarquable. Le 8 septembre 1852, fête de la Nativité de la Vierge Marie: bénédiction de la première pierre. Le 4 octobre 1857, après bien des épreuves et des difficultés, Notre-Dame, qui est loin de son achèvement, voit l’abbé DUNOYER célébrer la première messe lors de la bénédiction de l’édifice.

L’abbé Gaspard MERMILLOD est nommé premier recteur, puis administrateur de la nouvelle paroisse. Il y avait 322 ans que la messe n’avait pas été célébrée sur la rive droite de Genève. Le jeune recteur de Notre-Dame, retourne prêcher l’Avent à Rome en décembre 1859. Il obtient des audiences auprès du Pape Pie IX: il est accueilli à bras ouverts. L’abbé Mermillod apporte une photo de sa nouvelle église au Saint-Père. Ce dernier souhaite faire un cadeau et notre abbé suggère le don d’une statue. Alors Pie IX offre à notre abbé la statue de Notre-Dame, statue qu’il aime beaucoup et qu’il prie chaque jour dans sa bibliothèque particulière. Le Pape dit: « J’y tiens beaucoup, cependant par elle, je veux prendre possession de Genève. Les premiers vitraux, de Claudius LAVERGNE sont posés de 1857 à 1875, les autres après le retour de l’église à la communauté catholique romaine dès 1912.

Le 25 septembre 1864, le Pape Pie IX, à Castel Gandolfo, sacre le curé Gaspard Mermillod évêque d’Hébron et auxiliaire de Genève. Au début, le Conseil d’Etat de Genève ne s’émeut guère, mais peu à peu la situation se détériore et dès 1870, c’est l’affrontement entre Mgr Mermillod et le politicien Antoine Carteret. Le 2 février 1873, un bref pontifical nomme Mgr Mermillod vicaire apostolique de Genève. Dès 1876, une chapelle provisoire, dite de la persécution, abrite les offices catholiques romains. Les travaux de restauration peuvent commencer et vont durer jusqu’en 1925 sous la responsabilité de l’abbé DUSSEILLER puis de l’abbé VOGT, curés.

Les premières étapes du chantier mènent à la bénédiction de la statue et à l’installation des vitraux. Le 23 mai 1937, en la fête de la Trinité: couronnement solennel de la statue de Notre-Dame de Genève. En 1954, on décide de demander au pape Pie XII le titre de basilique pour Notre-Dame; cette supplique signale que l’église a été l’une des premières à être dédiée officiellement à l’Immaculée Conception après le dogme. Le 5 décembre 1954: journée mémorable de l’érection de l’église Notre-Dame en basilique mineure. “L’ombrellino” et le “tintinnabulum” insignes de toute basilique prennent place dans le choeur et la devise est choisie: « Nuntia Pacis » - Messagère de Paix.

En 1966, le presbytère est vendu à la Ville de Genève et la paroisse acquiert un immeuble à la rue Argand, servant de cure et de salles paroissiales. Dès 1978, la réfection extérieure puis intérieure de la basilique se poursuit selon les plans de Jacques MALNATI. La restauration est financée en partie par les autorités et par des fondations privées. En septembre 1980, les Parvis de Notre-Dame rassemblent les Genevois en faveur de la restauration. La consécration du nouvel autel marque l’achèvement des travaux le 1er novembre 1986. En 2007, lors du 150e anniversaire de l’édification, la messe solennelle est célébrée en présence du cardinal Georges COTTIER. Genève demeure ainsi un foyer vivant de patrimoine baroque et néo-gothique, mêlant mémoire et culte vivant.

Autres lieux religieux emblématiques de Genève et de la région

  1. La Cathédrale Saint-Pierre de Genève, située dans le cœur historique, est un véritable symbole: bâtie au XIIe siècle, son destin a été bouleversé par la Réforme et la chaire de Calvin y demeure un témoin du passé.

  2. Dominant la place Cornavin, la Basilique Notre-Dame est le principal lieu de culte catholique à Genève; érigée au XIXe siècle dans un style néo-gothique, ses vitraux et son architecture évoquent les cathédrales médiévales.

  3. L’Église orthodoxe russe de Genève, avec ses coupoles dorées, est un joyau architectural du quartier des Tranchées, construite à partir de 1866 sous le patronage de Dieux architectes et mécènes impériaux.

  4. Le temple protestant de 1715, situé sur la place de la Fusterie, illustre l’architecture sobre de la Réforme et demeure un exemple marquant de la coexistence religieuse genevoise.

  5. L’Église de la Sainte-Trinité, inaugurée en 1994 dans le quartier des Pâquis, allie architecture moderne et symbolisme trinitaire, avec une forme sphérique distinctive.

  6. À Plainpalais, l’Église du Sacré-Cœur, reconstruite après un incendie, associe désormais liturgie et espaces culturels, avec des vitraux récents et des fresques restaurées.

Focus sur l’église russe de Genève et son itinéraire historique

L’église russe de Genève, déplacée en 1864-1866 et conçue par David Grimm dans un style byzantin-orthodoxe, témoigne d’un empire religieux et culturel asiatique-fluvial, avec des icônes exceptionnelles et une iconostase en marbre. Sa restauration décennale et ses ajouts reflètent l’histoire mouvante des communautés russes en exil et leurs liens avec Genève et la Russie.

Autour de Notre-Dame et de son vitrail

Notre-Dame de Genève déploie un parcours du vitrail riche et varié, avec des œuvres de Monnier, Stravinski, Cingria, Lavergne, Brünner, Moro, Denis, Morend et bien d’autres, témoignant d’une continuité artistique allant du milieu du XIXe siècle au tournant du XXIe siècle.

vitraux et architecture gothique genevoise

Patrimoine et continuité urbaine

La destruction partielle des fortifications genevoises au XIXe siècle a permis une transformation urbaine majeure, favorisant l’essor des lieux de culte et l’essor démographique de la ville, tout en préservant les monastères et églises qui constituent aujourd’hui le mosaïque spirituelle de Genève.

En parallèle, l’histoire de la chartreuse et des monastères régionaux, comme Saint-Laurent d’Ittingen et la bibliothèque Saint-Gall, illustre la diversité des expressions baroques et classiques dans le paysage suisse et montre comment Genève s’insère dans une culture religieuse plus vaste.

Tableau récapitulatif des lieux et périodes clés

LieuPériode principaleCaractéristiques
Notre-Dame de Genève1852-1857Basilique mineure, néo-gothique, vitraux variés
Église russe de Genève1864-1910Style byzantin, icônes, campanile
Cathédrale Saint-PierreXIIe siècle - RéformeChaîne calviniste, vestiges médiévaux
Église de la Sainte-Trinité1990sArchitecture moderne, symbole trinitaire

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